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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
tiou. Les peuples de ces îles, qu’on nommaitBoughis, comptaient les années par les règnesde leurs princes. Suivant eux , et d’après lachronologie historique qu’ils suivent encore,trente-neuf rois ont régné à Goa-Macassar de-puis l’origine de la dynastie actuelle jusqu’en1809. Ce royaume, en mettant à treize ans lamoyenne d’un règne, n’aurait donc que cinqcents neuf ans d’existence, et aurait commencévers 1302 de notre ère. En 1610, les Macassa-rais, devenus mahométans et animés de l’espritde conquête, forcèrent les peuples de Boni etde Wadjou à adopter leurs croyances. En 1640,Lamaderama, roi de Boni, ayant persécuté sessujets pour les convertir, ceux-ci appelèrent lesMacassarais, qui vainquirent le roi de Boni etgardèrent ses Etats sous leur vasselage. Dès-lorsleurs triomphes continuant, les Macassarais sou-mirent encore Sumhawa en 1650, Xoulla etBouton en 1655, et ruinèrent sur cette, der-nière île l’établissement hollandais. Leurs suc-cès durèrent jusqu’au jôur où l’amiral Speelmanrencontra leur Hotte de sept cents navires mon-tée par 20,000 hommes, et l’anéantit. De cetteépoque date la puissance des Hollandais. Elleremonte à 1672, et au règne du rajah Palaka,empereur de Macassar.
CHAPITRE XXIV.
Le Siva , capitaine Norbott, était un joli brickde guerre, comme les Hollandais en ont dansces parages pour le service de leurs colonies.Parti le 24 août de Manadô , il doubla, par unejolie brise de terre, les îles qui terminent Célèbes au N. E. ; puis, quand il se trouva à une hauteursuffisante, il prit la bordée du sud qui devait leconduire à Ternate. Cette traversée sur unemer unie, parun béau ciel et une brise favorable,avec un excellent voilier, se passa sans incidentremarquable. Le 27 , le Siva mouillait sur la radede Ternate, ayant en vue sa jumelle, l’île deTidor.
Tèksaté et Tidor sa sœur, quoique petites îlesl’une et l’autre, sont les points les plus impor-tans du groupé Guilolo, connu sous le nom deMoluqueS propres. Toutes les deux sont surmon-tées de sommets coniques élevés de 6,000 piedsau-dessus du niveau de la mer et offrant entreeux une grande analogie. Quelques petites îles,comme Banjân, Motif qu’un ancien voyageurnomme l’île de la Volupté, Balchian et Maldanqui a un cratère ouvert le long des flancs d’unemontagne, sont des annexes de ces deux îles;
leurs sultans Ont même des colonies vassales surla grande île de Guilolo.
Située par 0° 52’ de lat. sept, et 1250 12’ delong, à l’E. de Paris , Ternate a dix lieues detour. Elle appartient à un sultan mahométandont le magnifique tfalem (palais) est bâti entre laville et le fort néerlandais d’Orange. Ce sultan,que des traités politiques et commerciaux lient à laHollande, s’était résigné, dans les temps de mo-nopole, à l’extirpation de tous les arbres à épices,mesure désastreuse et absurde que le baronYan-der-Capellen a fait cesser depuis peu. Au-jourd’hui , le monopole a fait place au régimedu tarif. On paie aux cultivateurs de Teriiale etde Tidor dix sous pour une livre de clous, douzesous pour une livre de macis, huit souS pourune livre de muscade.
Bâtie en amphithéâtre sur les bords de la mer,Ternate est une jolie ville peuplée d’environ5,000 âmes. Le sol de cette île fertile et boncomporte toutes les cultures intertropicales.Toutl’intérieur est peuplé d’habitans tranquilles etdoux, indolens parce qu’ils ont peu de besoinset que rien ne stimule leur paresse. Les insu-laires de Motir fabriquent d’assez jolies poteriesqu’ils exportent sur toutes les îles environnantes.De tout temps, Ternate a été considéré p ir lesHollandais comme un poste très-essentiel, tantôtsous le point de vue commercial, tantôt sous lepoint de vue militaire. C’est l’uné des frontièresde la Malaisie néerlandaise. Aussi, attaqué àdiverses reprises pendant la dernière guerre, leposte se défendit-il vigoureusement. Commemarché d’échanges, Ternate offrirait une fouled'avantages'', si on savait mieux en apprécierl’importance. L’administration néerlandaise yest composée d’un résident assisté d’un secré-taire et de deux employés. On y compte aussiune magistrature, un conseil de justice et unechambre des orphelins.
Tidor, plus peuplée encore que Ternate, avecune ville du même nom , obéit comme sa voisineà un sultan vassal des Hollandais. Le sol, lescultures y sont à peu près les mêmes.
Ces deux sultans ont, comme on l’a dit, l’unet l’autre un pied à terre sur la grande île deGuilolo, la plus vaste des Moluques , reprodui-sant en petit dans sa forme les quatre péninsulesde Celèbes , avec ses grands golfes tournés éga-lement du côté de l’E. La partie centrale de l’îlecibéit à des chefs indépendans. Bitjoue est lapartie soumise au sultan de Ternate; Galela ,celle qui dépend du sultan de Tidor. L’une etl’autre ont aujourd’hui des résidens hollandais.
Parmi les autres îles qui appartiennent aux