2J6
Moluques propres, il faut citer Motir, Makian,Batchian, dont il a été question; puis les dépen-dances de cette dernière, Typa, Mya, Mandolly,Tawally et Dammer ; enfin Ceramlaut et Goramqui semblent former encqre une principauté indé-pendante. La Gr^nde-Oby , vassale de Batchian ;Mysol, vassale de Tidor; Popo avec son annexedu groupe Bo ; Mortay, l’une des plus vastes decet archipel, mais presque dépeuplée, et vassaledu sultan de Ternale; Salibabo, groupe partagéentre plusieurs chefs et comportant les îles deTolury, Salihaho et Kabroang ; enfin Mengis ,formé de trois îles Namusa , Karolta et Kar-karlang, qui semblent plutôt tenir aux Phi lippines qu’aux Moluques , puisqu’elles recon-naissent le patronage du sultan de Mindanao .
Le Siva ne séjourna que. quelques heures àTernate pour y prendre des dépêches du Rési-dent. Il reconnut tour à tour les sommets deTawally, de Xoulla-Maiigola, de Xoulla-Bessy. Ala hauteur de eette dernière île, un koro-koropassa à quelques encablures du brick. Deux outrois individus en costume malais, debout sur laplate-forme, semblaient donner des ordres à unefoule d’hommes nus au corps bronzé, à la che-velure buissonneuse, pauvres journaliers qui s’é-puisaient à agir sur les pagaies. Sur l’avant etsur l’arrière flottaient des pavillons bleus avecun triangle rouge entouré de figures bleues sem-blables aux carreaux des jeux de cartes. Dans l’in-térieur du triangle étaient encore trois ou quatrede ces carreaux. Enfin sur le milieu du koro-koro flottait un troisième pavillon blanc beau-coup plus grand que les autres, et portant vers lecentre une sorte de double coutelas dont lestranebans se regardaient. C'était sans doute lesarmoiries du rajah ( te double parmi g , nom ducouperet parmi ces peuples). Pour charmer lesennuis du maître et pour animer les rameurs,la navigation se faisait aux sous des tam-tams etdes goum-goums.
Dans la journée du 31 août, le Siva parut de-vant le détroit de Bourou, gouverna sur lapointe Rouba , et laissa tomber l’ancre dans labaie de Caïeli, par trente brasses, devant le fortDéfense. Le canot du brick ayant été mis à lamer, je m’y embarquai, et accompagnai chez leRésident le capitaine Norbolt, qui déjà s’inté-ressait à moi, et dont je m’étais fait un ami. LeRésident, M. Jansens , nous reçut fort bien, etnous passâmes à terre quelques heures. La mai-son du Résident, couverte en chaume, et com-posée d’un, simple rez-de-chaussée, avait uneespèce de galerie extérieure, sous laquelle on se
trouvait à l’abri du soleil (Pl. XXIII — 1). Urijardin richement planté continuait cette habita-tion. Non loin de là se trouvaient quatre à cinqmosquées d’un style moins simple , surmontéesde pyramides quadrangulaires avec deux toi-tures l’une au-dessus de l’autre : une espèce defrise régnait tout autour, et un perron de sixou sept marches conduisait dans l’intérieur dela mosquée. Sur le sommet d’un cône aigu étaitun ornement en forme d’olive ( Pl. XXIII— 3).
Caïeli offre une suite de jolis points de vue.La rade est vaste et belle, pouvant contenir desescadres , quoiqu’à poine quelques caboteursviennent de temps à autre y mouiller. Le fortDéfense, en assez bon état, commande la rade.Situé au centre, il a, à sa droite et à sa gau-che , les cases de bambou qu’occupent les Ma-lais. Grand et assez peuplé , ce village formeainsi un demi - cercle d’habitations , coupé çàet là de ruisseaux, et ombragé de magnifi-ques aréquiers, l’un des arbres les plus élégansdes Tropiques. Les montagnes qui couronnentCaïeli sont assez reculées dans les terres pourqu’on puisse facilement pénétrer dans la cam-pagne. Eu suivant un sentier qui longe la droitedu fort, on peut marcher pendant une lieuesous une allée de jacquiers, d’arbres à pain etd’autres grands végétaux d’une hauteur prodi-gieuse. Les perroquets volent dans ces forêtspar troupes éclatantes et nombreuses. L’ile, dontle nom malais Bourau signifie oiseau , a des oi-seaux de toutes les grosseurs et de toutes lessortes. On y cite surtout le km, si recherché parnos amateurs d’objets d’histoire naturelle à causede la variété et du lustre de ses nuances, oiseaufrêle, oiseau délicat, qu’on ne réussit pas à accli-mater sous nos latitudes froides. Les habitans deBourou en élèvent pourtant qu’ils font passer àAmboine et à Java. Les volailles sont très-commu-nes dans l’île, et les œufs presque pour rien. Cebon marché vient du faux calcul des Hollandais,qui interdisent aux pavillons étrangers l’abord deleurs possessions dans les Moluques . Dans lesjoursoù régnait le monopole, quanti on craignait quela perspective d’un débouché maritime ne don-nât la pensée de cultures défendues, cette pré-caution , toujours absurde , pouvait être utile ;mais aujourd’hui que l’interdiction semble avoircessé, et que la Hollande paraît revenir aux er-remens d’une meilleure économie coloniale , àquoi lion maintenir cette espèce de blocus quilaisse une contrée fertile sans écoulement pourles produits de son sol ?
Pendant notre court séjour, le résident vou-lut nous procurer le spectacle de quelques fêles.