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216 VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
Le divertissement principal fut une danse guer-rière exécutée sur la place de Caïeli par des insu-laires d’Amblou, île voisine de Bourou et son an-nexe. Des deux champions, l’un, nu jusqu’à laceinture, n’avait qu’une espècede caleçon collantet court comme celui de nos baigneurs, avecune simple calotte sur la tète; l’autre avait unpagne descendant de la ceinture jusqu’au des-sous du genou, une camisole ouverte et unecalotte surmontée d’un ornement en métal(Pl. XXIII — 2). L’un et l’autre, armés de hou-eliei s et d’une espèce de sabre, portaient et pa-raient des coups, pendant qu’un musicien, frap-pant sur un goum-goum, semblait les exciter etrégler la mesure du combat. Cette lutte avaitlieu au milieu des rires de l’assemblée ; car leschampions accompagnaient leurs mouvemensdes gestes les plus comiques et de la plus expres-sive pantomime. Après celle danse des insulairesd’Amblou, vinrent des danses nationales desMalais, des Papous et des Harfours. Un enfantque MAJansens , le Résident, avait eu d’unefemnye.maldise , se distingua dans ces exercices.Cès daiises, par leur caractère, et leurs détails,rappelaient à nos yeux leur double origine, asia-tique et polynésieime, comme le pays lui-mème.
L’ile dé Bourou, très-haute et très-acore, s’é-lève'du milieu'de.la merdes Moluques commeune muraille. Montueuse et inégale, elle est, àl'intérieur, peuplée d’Harfours moins souplesel moins doux que ceux de Manado . Accoutu-més dès l’enfance aux jeux guerriers, ces indi-gènes ne se sont jamais livrés-.qu’avec défianceaux avances des Hollandais.'Us n’attaquent,sans doute, ni le poste littoral, ni le châteauqui le défend; mais plus d’un poste isolé dela", garnison a eu à souffrir de leurs agrès-,sious. ^La. population , de la côte se compose,dé: Malais et de Chinois assez misérables. Les.Malais professent le mahométisme, hantent lesmosquées, ont des imans qüi les prêchent etpratiquent la circoncision. Les sépultures sontplacées d’ordinaire dans quelque site agresteet reculé;,là s’élèvent des tombeaux en boisque le climat.humide a bientôt rongés. A Bou-rou, comme dans tous les pays mahométans, lesfemmes se montrent très - réservées et fuientl’approche des hommes. Avec des traits agréa-bles, des cheveux longs, noirs et soyeux, desyeux vils, des pieds et des mains d’une formedélicate, elles ont encore un certain goût et unecertaine coquetterie dans leur costume. Unejupe et tin manteau d’étoffe, telles eu sont lespièces essentielles. Elles aiment les ornemensel les colliers- Sans la hideuse habitude du
bétel, qui noircit leurs dents et donne à leurslèvres une teinte sanguinoh nte, les femmes deBourou seraient d’assez belles créatures.
Parmi les liabitans , les plus pauvres s’adon-nent à la pèche ; les plus riches élèvent desbœufs javanais de petite taille, qu’on exporte en-suite pour Amboine où ils sont consommés. L’ileBourou nourril encore d’autres bœufs à l’étal sau-vage, des sangliers, des cerfs, des buffles etdes babiroussas. Des serpens communs et veni-meux infestent les bois de l’intérieur, où se ren-contrent de belles essences d’ébénier vert, ducayou-pouli des Malais dont les feuilles donnentle cajeput, de bois de fer et de tek. Sans doute,dans ces sombres profondeurs , le giroflier et lemuscadier croissent, depuis des siècles, malgrél’inlerdit hollandais. L’air de Bourou est très-humide : la mousse y tapisse les arbres et formeautour des fontaines et des Ruisseaux une mar-gelle de verdure. La nature y est luxuriantecomme dans toutes les contrées équatoriales,belle avec ces reflets de pourpre et d’or que lesoleil y verse.
Le Sivti ne s’arrêtait pas long-temps sur lamême rade. Par sa destination, ce brick étaitune espèce d’estafette entre les îles de la Sonde et les Moluques , stationnant à peine sur chaqueéchelle secondaire pondant tout le temps voulupour remettre et recevoir des dépêches. Cettemission étant remplie auprès des résideus deCaïeli, il remit à la voile le 1 er septembre. Nousdoublâmes la pointe Pela, et louvoyâmes dansle détroit contre les vents de S. S. E. et de S.Parvenu le soir à la hauteur de la petite île Am-blou, satellite de la grande île, nous prîmes lebord à l’E., serrant le vent autant que possiblepour attaquer la rade d’Amboine. Contrariépar les vents, le Siva ne se présenta à l’en-trée de la baie que le 4 septembre. A huitheures du matin, nous avions déjà rangé, àune demi - encâblure de distance, les rochersde Noessa-Niva, après quoi le capitaine Nor-bott fit gouverner sur le fort Vittoria. A ce mo-ment l’île presque tout entière d’Amboine s’é-panouissait devant nous , envoyant jusqu’aularge les parfums de ses girofliers. Sur laplage toute verte et basse, se groupaient lesmaisons, les cases, qui semblaient aller s’ados-ser à un morne élevé sur lequel les habitationsétaient plus rares et les plantations plus clair-semées (Pl. XXIII — 4). Le fort, avec son pa-villon au haut d’un mât elles embrâsures de sesbouches à feu ; la rade en fer à cheval, peupléede navires à l’ancre , de pirogues, de koro-koros en mouvement; la vide encadrée dans ce