OCEANIE. — ILE TIMOR.
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marchaient à la découverte de l’ennemi; puistout-à-coup, comme s’ils l’eussent découvert, ilss’élancaient en poussant des cris confus et pro-longés.
Le soir venu , la fête continua aux lumières.Cent torches furent allumées et portées pardes esclaves qui figuraient comme des candé-labres autour de l’enceinte du bal. La musiquerenforcée se composa de cinquante ou soixantegoum-goums et tam-tams qui faisaient retentirau loin leur épouvantable harmonie. Les dan-seurs reparurent avec des pagnes très-courts,sans armes, sans boucliers, les bras, la cheve-lure, les jambes ornées de feuilles de latanief etde fleurs de malaty. Ils exécutèrent différentesdanses au bruit de l’orchestre et aux chants del’assistance. Une sorte de maître de ballets ré-glait les pas, et pressait ou ralentissait la mesure.Ces nouvelles danses représentaient des chasses,des exercices gymnastiques. Le mouvement enétait lent, mais tant de contorsions les accompa-gnaient que bientôt les danseurs devinrent ha-letans et couverts de sueur. Dans les intermèdes,les jeunes esclaves, vêtues de pagnes bleus etrouges, venaient nous offrir sur des plateaux desfruits, des pâtisseries, du thé, des liqueurs,rangés avec élégance dans des corbeilles.
Conviés à la fête, les rajahs des environs n’yarrivèrent qu’assez tard avec leurs compagnes ,parmi lesquelles on pouvait remarquer de ra-vissantes figures. Ces rajahs étaient tous dejolis hommes, portant avec une gravité fort digneleur robe d’indienne à fleurs et à ramages. Assissur des fauteuils de cannes, chacun avait devantsoi une petite table sur laquelle on mit une boiterenfermant du bétel et des noix d’arec ; derrièreeux se tenaient leurs sujets bien vêtus, armés delongues piques, commandés par le majordome,facile à reconnaître au jonc à pomme d’argent,attribut de l’autorité du maître ; enfin à leurscôtés, sur des sièges beaucoup plus bas, étaientles femmes à demi-voilées, sorties en celte occa-sion du harem. Ces femmes de distinction étaientbeaucoup plus couvertes que les simples esclaves.Un pagne leur descendant jusqu'aux pieds étaitrecouvert encore d’une longue robe, qui nes’arrêtait qu’à mi-jambe, et qui était fermée surle sein par des épingles en or. Toutes étaientparfumées d’essences et d’huiles odorantes.Leurs habillemens exhalaient le benjoin et lebois de sandal. Elles mâchaient même du ka -kioudel qui donne à l’haleine une odeur suave.Cette passion pour les parfums est poussée si loinparmi ces femmes, qu’elles jonchent leurs litsde fleurs odorantes ; elles en ont des guirlandes,
des colliers etdes bracelets. Les fleurs ne sont passeulement un ornement pour ces Malaises ; ellesdeviennent aussi un langage. La manière de plierune fleur ou des feuilles de bétel y a une valeur,une signification dans la langue des amans.
Nous ne quittâmes ce théâtre de féeries quefort avant dans la nuit. Quand le moment futvenu de faire nos adieux à la veuve du rajah,trente de ses serviteurs se détachèrent pour allerchercher de nouvelles torches de résilie, et for-mant deux haies lumineuses sur notre route, ilsnous accompagnèrent ainsi jusqu’à Coupang.
Ce fut le seul incident de notre relâche danscette baie. Nous ne pûmes, comme nous l’au-rions voulu, suivre l’itinéraire de Pérou dansl’intérieur de Timor et vérifier l’exactitude deses observations qui ont un caractère tant soitpeu romanesque. Voici le résumé de cette re-connaissance dans ce qu’elle a de plus positif.
Au N. O. de Timor est l’établissement portu gais de Delly , port situé au sud de l’île Cambi,et dont les passes sont assez dangereuses. Ma-nataty, à vingt - quatre milles de Delly , estun poste portugais , et sans doute le même queDampier désigna sous le nom de Coupang. Leport de Sicacole est encore une station de cettecôte, exposée aux vents du nord et d’une entréedifficile.
A un mille à l’E. de Coupang, et dansle circuitde sa vaste baie , on rencontre Oba, joli villageau-delà duquel se trouve une plaine de sablefort étendue nommée Passer Panguian, se pro-longeant jusqu’à l’embouchure de la rivièreOsapa. Ensuite paraissent Calapra, Lima ; puisOsapa-Kitkil, village important, en face duquels’étendent deux îles basses couvertes de palétu-viers. La route continue ensuite au milieu debeaux cocotiers festonnés de lianes jusqu’àOsapa-Bessas, bourgade peuplée de 4 00 habitans,parmi lesquels on compte quelques Chinois.Passé ce point, la route est moins inégale. On ftrouve alors Nonsouis, où l’on élève les plusbeaux, les plus agiles chevaux de la contrée.Paissant en liberté, ces animaux regagnent l’é-curie le soir à la seule voix de leurs conducteurs,véritables centaures qui les montent sans morset sans bride. Plus loin sont Meniki avec 300habitans , puis les ruisseaux de Tarousse etPannefenoï ; ce dernier sacré à cause des croco-diles qui le peuplent ; Nobaki, Panamoutti, p e -lits hameaux ; Cebello, où commence une vasteplaine qui s’étend jusqu’aux montagnes d’Amfoa,chaîne septentrionale de la baie de Coupang;enfin Babao après lequel commencent des ma-récages qui ne finissent, qu’à la petite ville