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VOYAGÉ PITTORESQUE AUTOUR I)U MONDE.
d’Olinama. Olinama est une réunion de cabanesspacieuses et charmantes, percées à jour et om-bragées par de grands arbres. Là des familles vi-vaient sous l’autorité de quelques vieillards demœurs tout-à fait patriarcales ; les femmes filaientle coton ; les hommes confectionnaient de petitsouvrages de vannerie ; les enfans déjà forts s’é-battaient sous le feuillage, tandis que les plusjeunes, couchés sur des cordes en bambou,étaient balancés à l’ombre des arbres.
Ce fut à Olinama que Pérou et ses compagnonstuèrent un crocodile, dont la dépouille existe auMuséum du Jardin-des-Plantes . Le crocodile est,à Timor comme en Egypte , un animal sacré. Lesrois de Timor descendent du crocodile ; les grandsdu pays sont tous plus ou moins pareils du croco-dile. Eu montant sur le trône, un souverain vafaire son offrande à cet amphibie. On dépose dansun certain lieu des vivres dont le crocodile estfriand , et l’animal, sur un certain son, se renddans l’endroit voulu pour y prendre sa pâture.On dit alors qu’il obéit à l’appel, et qu’il se mon-tre au peuple. Jusque-là c’est un divertissementfort innocent; mais ce qui l’est moins , c’est lesacrifice d’une jeune vierge, que l’on donne cejour-là à dévorer aux crocoddes du rivage. Pa-rée de fleurs et vêtue de ses plus beaux habits ,on la dépose de force ou de gré sur le kaïbla ,endroit fatal, et les amphibies viennent la saisiret l’entraîner sous les eaux. On prétend que lavirginité est une condition de rigueur pour lavictime, les crocodiles ayant une fois rapportéintacte une jeune fille qui n’était pas vierge. Pen-dant la fêle, on sacrifie un porc dont les soiessont rouges.
Avec une telle vénération pour les croco-diles, on conçoit la répugnance des indigènesà la vue de hardis chasseurs qui venaient tuerces animaux jusque dans leurs retraites maré-cageuses. Pérou raconte qu’après leur expé-dition, tous les habit ans de Babao les fuyaientcomme impurs. « Le roi nous attendait, dit-il , et du plus loin qu’il nous vit, il envoya unde ses officiers pour nous faire déposer sous unarbre , assez loin de son habitation, le far.deau sacnicge que nous escortions. Nous fûmessurpris devoir tous les curieux dont nous avionsété entourés les deux jours précédens s’éloignerde nous avec précipitation : le rajah lui-méme,quoiqu’il nous accueillit avec sa bonté ordinaire,ne voulut pas nous approcher que préalablementnous ne fussions purifiés : il nous le fit entendre,en nous montrant du doigt une auge creuséedans un tronc d’arbre, où nous devions entrerpour recevoir les ablutions d’usage. Cette cé-
rémonie ne nous plaisait guère ; mais il n’y eutpas moyen de l'éviter. Tous les Malais, hommes,femmes et enfans, formaient un cercle autour denous; et, malgré les règles de la bienséance euro-péenne, il fallut nous déshabiller tout-à-fait.L’auge ne pouvant contenir qu’une seule per-sonne, nous y passâmes, M. Lesueur et moi, suc-cessivement : deux esclaves apportèrent degrands vases remplis d’eau, et nous les vidèrentsur la tète : nous reçûmes ainsi chacun vingtablutions. Pendant que tout cela s’exécutait, unMalais se servit d’un long bambou pour enlevernos hardes et les porter, sans y toucher autre-ment, dans le bassin d’une fontaine voisine.Lorsque nous fûmes ainsi suffisamment purifiés ,le rajah nous fil donner de grands pagnes dupays dont nous nous vêtîmes. Dès ce moment,tout le monde nous approcha sans crainte, etchacun plaisantant sur notre nouveau costume,se faisait un plaisir de nous appeler oran ma-layo ( hommes malais ). »
Après un court séjour à Olinama et. à Babao,Péronet ses compagnons rentrèrent à Coupang.Depuis lors, des documens plus sûrs et plus nom-breux sont venus compléter ce que celle recon-naissance avait de tronqué et d’inexact.
Située entre les 8° et 11° de lat. méridionale ,et entre les 121° et 124° long. E., en la mesu-rant dans la partie centrale , Timor a soixante-quinze milles de long sur seize à dix-sept delarge. Aeore et élevée, elle offre peu de mouil-lages, l’eau demeurant profonde presque jusqu’àterre. La côte O., la mieux connue, a quelques ra-des, comme Coupang, Lifao ou Delly , et la côte S.le pott d’Amacary, d’où les Hollandais tirentleurs bois de construction. A l’opposé des autresîles de la chaîne sumatrienne qui courent N. O.et S. E., elle court S. O. et N. E. dans toutesa longueur. Son territoire est une successionde hautes montagnes boisées, entrecoupées degorges ondulées et régulières. Dans sa partieméridionale, cette chaîne qui porte le nom d’An-foa et de Faleleou paraît entièrement calcaire etmadréporique. Des flancs de ces montagnes des-cendent des torrens aurifères. Le sol , fertilepresque partout, offre çà et là des plateauxcrayeux eL blanchâtres, entremêlés de terreglaise comme les Karrous du cap de Bonne-Espérance.
Comme toutes les régions intertropicales, Ti-mor a deux saisons qui varient suivant les mous-sons ; la saison sèche de mai en novembre, lasaison pluvieuse de novembre en mai. De tempsà autre, quelques tremblemens de terre se fontsentir, quoique saris danger pour les habitans.