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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MOIS DE.
le chat-tigre , infestent aussi les forêts ; les sin-ges, les cerfs s’y trouvent en variétés nom-breuses, L’éléphant ne s’y rencontre nullepart.
Parmi les oiseaux, on retrouve presque tousceux qui vivent en Europe en état de domesti-cité. La famille des perroquets y offre une fouled’individus inconnus aux autres contrées de lazone torride. Dans le nombre se fout remarquer,et pour leur beauté et pour leur intelligence, lelorirouge, aux ailes irisées en violet, et le cata-coua blanc, à l’aigrette jaunâtre. Le lori bleu etnoir est célèbre pour avoir fourni le sujet d’undes plus jolis contes des Mille et u.ne Nuits. Lecasoar, ce haut gallinacé dont les pennes desailes n’ont pas de barbules , espèce d’autruchepar la taille, de sanglier par les plumes, dechèvre par le crâne, est naturalisé à Java. Maisl’un des oiseaux les plus intéressans de la con-trée est sans contredit l’hirondelle salangane/hirundo esculenla'), dont nous avons déjà parléplusieurs fois. C’est une petite hirondelle bleuâ-tre, qui habite par milliers les cavernes pro-fondes et ténébreuses de la côte du sud. Onsait quel prix les Lucullus chinois attachent àces nids de salanganes, dont la forme est exacte-ment celle d’une écorce d’orange. Détrempésdans l’eau et ramollis de manière à se partager enlibres mucilagiueuscs, ces nuis entrent commeassaisonnement dans les ragoûts, dans les sou-pes, dans les pâtés faits avec soin. Leurs vertusaphrodisiaques ou supposées telles n’ont pas peucontribué à les élever fort haut dans l’estimedes Chinois et à en renchérir le prix.
La matière blanchâtre dont se composent cesnids n’a pas été encore bien analysée. Les unsout parlé d’écume de la mer, d’autres, et c’estla version la plus admissible, du résidu d’in-sectes dont se nourrissent les hirondelles. M. Ilo-gendorp a soigneusement examiné une cavernedes plus riches située dans la terre de Klappa-Noungal, à quelques lieues de Builenzoorg. Leshirondelles ne semblaient pas s’écarter beau-coup de i’ouverture de la caverne; elles en-traient et sortaient par myriades comme lesabeilles dans une ruche. Il paraissait donc im-possible que ces oiseaux allassent chercher auxbords de la nier des matériaux pour venir en-suite construire leurs nids dans une anfrac-tuosité située tout-à-fait au centre des terres' Les nids de salanganes, si recherchés et d’unedéfaite si prompte, ont été pour les propriétairesde Java l’occasion de fortunes rapides. Cetteterre et cette caverne de Klappa-Noungal dontnous venons de parler rendent annuellement
à leur propriétaire de 70 à 80,000 piastres (350à 400,000 li anes). Il y a quarante ans, cette ri-chesse dormait ignorée. Un petit marchandportugais aperçut par hasard l’ouverture dela caverne autour de laquelle tourbillonnaientdes nuées d’oiseaux. Il comprit la valeur dece diamant brut. Il acheta du gouvernementquelques terres incultes, qui s’étendaient aupied de la montagne, en y comprenant la pro-priété de la précieuse caverne. Aujourd’hui lefils de ce petit marchand portugais est le plusriche nabab de l’ile, le plus fort contribuable, leproprietaire de trois districts. Il doit tout celaaux hirondelles.
Pour recueillir les nids, les indigènes ont delongues échelles en bambous, au moyen des-quelles ils arrivent à toutes les parties escar-pées du rocher; grimpant ainsi d’une grotte àl’autre, d’une anfractuosité à une anfractuosité.Quelquefois le rocher n’a qu’un seul souter-rain ; d’autres fois il y en a plusieurs de super-posés, Pour que les naturels chargés de la ré-colte ne soient pas tentés d’en prélever la duneà leur profit, on ne les laisse monter que nus.Avant de mettre le pied sur l’échelle, ils sontbénis par le prêtre mahomélau qui doit aussi lesbénir au retour; formalité religieuse, qui est sim-plement une surveillance ; car les prêtres, chère-ment payés pour cela , sont les inspecteurs de larécolte. Quand la bénédiction est donnée, le Ja-vanais pénètre dans les souterrains ; il tient à lamain une bougie de gomme élastique {Jicns clas-tica) sur laquelle est un éteignoir. Lorsqu’ilcroit toucher un nid, il lève l’éleignoir, et laflamme reparaÎL, tant la combustibilité de lagomme est prompte. Ainsi, il peut recueillir lesnids facilement, sans effrayer les nombreuseshabitantes de ces profondeurs. Les soins decelle récolte se bornent à observer l’époque dela ponte et celle où les jeunes oiseaux quittentleurs nids. Pendant ce temps, on les laisse tran-quilles. Une portion des nids est recueillie tou-tefois avant que les œufs y aient été déposés. Cesnids plus nets et plus blancs sont ce qu’onnomme dans ce commerce des nids de premièrequalité. Les nids de seconde et de troisième qua-lité sont ceux que l’oiseau - construit à la bâtepour la seconde fois et ceux dans lesquels lespetits ont été élevés. Moins beaux et bien moinspropres, ils sont couverts de petites plumes quine s’en détachent qu’avec peine, même avec lesecours de l’eau. Le prix des nids est ordinaire-ment pour la première qualité de 3,000 piastres,le pickle de 125 livres; chaque livre de seizeonces pouvant contenir de cinquante à soixante