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beaucoup de cette singulière erreur; mais iln’en fut pas ainsi d’un enlèvement que le vieil-lard nous fit un inslaut après d’une bouteilleremplie d’arack. Comme elle contenait unegrande partie de notre boisson, nous fûmesobfgés de la lui faire rendre, ce dont il parutconserver quelque ressentiment , car il netarda pas à partir avec sa famille , malgré toutesles instances que je pus faire pour le retenirplus long-temps. »
Pérou eut avec les sauvages une seconde en-trevue qui n’olire pas moins d’inlérét.
« Nous rencontrâmes bientôt une case denaturels. Ce n’était qu’un seul abat-vent d'é-corces disposées en demi-cercle et appuyéescontre quelques branches sèches : un aussi frêleabri ne pouvant avoir d’autre objet que de pré-server l’homme de l’action des vents trop froids,j’observai que sa convexité se trouvait en effetopposée à ceux du S. O., qui sont les plus glacés,les plus conslans, les plus impétueux de eesparages. En avant du pauvre njoupa que nousvenions de découvrir se trouvaient les débrisd’un leu récemment éteint, et de gros tas decoquillages d’huîtres et d’/ialioti.i ptgantea semontraient à peu de distance, exhalant, par lacorruption desdébris d’animaux que les coquillespouvaient conserver encore , une odeur putrideet nauséabonde. Sur le bord du rivage , nousaperçûmes trois pirogues formées chacune detrois rouleaux d’écorce grossièrement réunieset maintenues par des lanières de même nature.
» Ces cases, ces feux récemment éLeinls , cesdébris de coquilles et ces pirogues ne nous per-mirent pas de douter que la famille avec la-quelle nous venions d’avoir une entrevue n’ha-bitât cette partie du rivage. Nous ne lardâmespas en effet à voir les mêmes individus qui s’a-vancaient vers nous en prolongeant la grève.Aussitôt qu’ils nous aperçurent, ils poussèrentde grands cris de joie et doublèrent le paspour nous rejoindre. Leur nombre se trouvaitalors augmenté d’une jeune fille de seize à dix-sept ans, de deux petits garçons de quatre àcinq ans et d’une petite fille de trois à quatre.
» Cette famille revenait alors de la pochequi, sans doute, avait été heureuse ; car pres-que tous les individus étaient chargés de coquil-lages appartenant à la grande espèce d’oreille-de-mer particulière à ces rivages. Le vieillard,prenant M. Freycinet par la main, nous lit signede le suivre, et nous conduisit à la pauvre cabaneque nous venions de quitter. Le feu dans un ins-tant fut allumé, et, après nous avoir répété plusd’une fois medi, »««//(assevez-vous, asseyez-vous),
ce que nous fîmes, les sauvages s’accroupirenteux-mêmes sur leurs talons, et chacun se mit endevoir de manger le produit de la pèche. Lacuisine n’élait ni longue ni difficile à faire. Cesgrandes coquilles étaient mises sur le feu, et là,comme dans un plat, l’animal cuisait; on l’ava-lait ensuite sans aucune espèce d’apprêts ni d’as-saisonnement. En goûtant ccs coquillages ainsiaccommodés, nous les trouvâmes très-tendres ettrès-succuiens.
» Tandis que nos bons Diémenois prenaientainsi leur simple repas, il nous vint à l’idée deleur faire de la musique, bien moins sans doutepour les divertir que pour connaître l’effet denos chants sur leur esprit et sur leurs organes.Au premier instant les sauvages parurent troublésencore plus que surpris; mais, après quelquesmomens d’incertitude, ils prêtèrent une oreilleattentive ; le repas fut suspendu, et les témoi-gnages de leur satisfaction se manifestèrent pardes contorsions et des gestes si bizarres, quenous avions peine à contenir l’envie de rire quinous prenait. Pour eux, ils 11’éprouvaient pasmoins d’embarras à étoulfer, pendant le chant,l’expression de leur enthousiasme : mais à peineune strophe était-elle finie que de grands crisd’admiration partaient en même temps de toutesles bouches ; le jeune homme surtout étaitcomme hors de lui-même : il se prenait par lescheveux, il se grattait la tête avec les deux mains,s’agitait de mille manières, et prolongeait sesclameurs à diverses reprises. Après une mu-sique forte et guerrière , nous entonnâmes quel-ques-uns de nos petits airs tendres et légers;les sauvages parurent bien en saisir le véritablesens, mais il nous fut aisé de connaître que lessous de ce genre ébranlaient trop faiblementleurs organes.
» Le repas interrompu par nos chants ayantété terminé, la scène prit tout-à-coup un carac-tère plus intéressant. La jeune fille dont je viensde parler se faisait remarquer à chaque instantdavantage par la douceur de sa physionomie etpar l’expression de ses regards affectueux au-tant que spirituels. Ourc-Oure, comme ses pa-reils, était parfaitement nue, et 11e paraissaitguère soupçonner qu’on pût trouver ailleurs,dans cette absolue nudité, quelque chose d im-modeste et d’indécent ; d’une constitution beau-coup plus faible que sa sœur ou son Itère, elleétait plus vive et plus passionnée qu’eux.M. Freycinet, qui s’était assis à côté d’elle, pa-raissait etre plus particulièrement l’objet de sesagaceries. Oure-Oure nous fit aussi connaître dequelle espèce de fard usaient les femmes du pays.