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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

Après avoirmis quelques charbons dans sa main,elle les écrasa de manière à les réduire en poudretrès-fine. Alors, conservant celle poussière dansla main gauche, elle en prit avec sa main droite,et, sen frottant dabord le front, puis les deuxjoues, elle se mit dans un instant dun noir àfaire peur. Ce qui nous parut surtout singulier,ce fut la complaisance avec laquelle cette jeunefille semblait nous regarder après celte opéra-tion, et lair de confiance que ce nouvel orne-ment avait répandu sur sa physionomie. Ainsidonc ce sentiment de la coqueLterie, ce goût dela parure, sont des besoins pour ainsi dire innésau cœur de la femme.

» Pendant que ceci se passait, les petits en-fans imitaient les grimaces et les gestes de leurspareils, et rien nétait plus curieux que de voirces petits négrillons trépigner de joie en enten-dant nos chansons : ils sétaient insensiblementfamiliarisés avec nous ; et, sur la fin de lentre-vue, ils en usaient aussi librement à notre égardque sils nous eussent connus depuis long-temps.Chaque petit présent que nous leur faisions lescomblait de plaisir, et redoublait leur empresse-ment pour nous : en général, ils nous parurentvifs, espiègles et malins.

» Les meubles et les outils de la famille étaientaussi simples que peu nombreux ; une feuille defucus palmalus , plissée par les deux bouts aumoyen dune petite broche de bois, servait devase à boire ; un éclat de granit tenait beu decouteau pour détacher les écorces des arbres etpour aiguiser les sagaies; une spatule en boisétait destinée plus particulièrement à enlever lescoquillages de dessus les roches : Oure - Oureseule portait un sac de jonc dune constructionélégante et singulière que je désirais beaucoupobtenir. Comme cette jeune fille me témoignaitaussi quelques distinctions plus amicales, je mehasardai à lui demander ce petit sac. Aussitôt,et sans hésiter, elle me le mit à la main, accom-pagnant ce cadeau dun sourire obligeant et dequelques phrases affectueuses que je regrettaisde ne pouvoir entendre. En retour, je lui offrisun mouchoir et une hache à marteau, dont jemontrai lusage à son frère; ce qui fut, pourtoute la famille, un grand sujet détonnementet dadmiration.

» Enfin nous regagnâmes le rivage, et nousnous rembarquâmes dans nos deux chaloupes.Nos bons Diémenois ne nous quittèrent pas uninstant, et, quand nous poussâmes au large,leur chagrin se manifesta de la manière la plustouchante. Ils nous faisaient signe de revenirles voir, et, comme pour nous indiquer lni-

droit, ils allumèrent un grand feu sur le petitmorne dont jai parlé ; il paraît même quils ypassèrent la nuit, car nous aperçûmes ce feujusquau jour. »

De ce récit tout pastoral du naturaliste Péron,on aurait tort de conclure que les Diémenois semontrèrent toujours aussi prévenans et aussibons pour les Français . Dans la narration de sonvoyage, Péron a usé et abusé de la méthode alorsen vogue, dembellir ces explorations lointaines,et de faire des circumnavigations couleur derose. Il paraît, daprès le journal de ses com-pagnons de route, que des actes de perfidie netardèrent pas à suivre ces premières relationsamicales. Un officier français , sans y avoirdonné lieu par la moindre provocation , reçut àlimproviste un coup de sagaie qui faillit luipercer la gorge ; une autre fois, des officiers fu-rent assaillis à coups de pierres ; ailleurs un des-sinateur de lexpédition eut à lutter contre dessauvages qui voulaient à toute force lui arracherun croquis quil venait de tracer, et une volée deflèches blessa grièvement le capitaine Hamelin.Enfin, une autre entrevue entre les Français etles sauvages sur les bords de la baie aux Huîtres,entrevue amicale à ses débuts, faillit avoir undénouement tragique. Voici ce quen dit Pérou ;

« Je viens de parler de la mobilité du caractèredes hommes sauvages avec lesquels nous noustrouvions en rapport; nous ne tardâmes pas à enacquérir une preuve nouvelle et bien remarqua-ble. Tandis que nous étions le plus occupés,M. Petiletmoi, de nos recherches diverses, nousentendîmes toul-à-coup de grands cris dans lin-térieur de la forêt. A ces cris, les sauvages selèvent précipitamment, saisissent leurs armes,et portent vers la mer des regards de surprise etde férocité. Ils paraissaient très-agités, lorsquenous découvrîmes une embarcation de nos vais-seaux qui longeait la côte à peu de distance.Je 11e doutai pas que ce 11e lût celle embarcationqui, signalée de difiérens points par des espècesde sentinelles et peut èLre par leurs femmes,établies à cet effet sur des roches ou sur des ar-bres élevés, était la cause de leur agitation et deleurs alarmes. Bientôt de nouveaux cris se firententendre, et, comme ils indiquaient sans douteque le canot séloignait du rivage, les naturelsparurent se calmer un peu; je saisis celte occa-sion pour lâcher de leur faire comprendre queles hommes quils avaient vus étaient, commenous, leurs amis; quils 11avaient à en attendreque des bienfaits et des présens. Ils parurentconcevoir mes protestations et mes gestes : ilsse rassirait it déposèrent, de nouveau leurs