366 VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
comme si un chat se fût amusé à y prendre sesébats. Un tiers environ était étendu par terre,et ees bâtons désignaient ceux qui devaient suc-comber dans la bataille. On avait aussi plantéun assortiment particulier de bâtons pour moncanot, c’est-à-dire, pour moi et mes jeunesgens; ils élaieut tous demeurés intacts. Quel-ques minutes après , les naturels arrivèrent enfoule et avec grand bruit pour apprendre lesort de l’expédition; chacun faisait des ques-tions touchant son propre sort avec tant d’ins-tance et d’une façon si bruyante, qu’il était im-possible de rien entendre, A la fin un demi-silence s’établit, et le vieillard commença à en-trer dans des détails. Il n’alla pas loin sanss’embrouiller, et l’on fut obligé de recom-mencer la cérémonie. Le terrain sacré fut,en conséquence, débarrassé de la présence detous les spectateurs , et nous allâmes sur lerivage attendre le bon plaisir de ses inspira-tions. Quelques individus cfemandaient si j’a-vais mangé mon déjeuner, et parurent bienaises d’apprendre que je n’avais encore rienpris. Durant cet intervalle, je conversai avectous ceux qui m’entouraient. Iis semblaient at-tacher tout autant de confiance dans les indica-tions qui allaient résulter des opérations dutohounga, qu’ils en auraient eu sur la direc-tion du vent, d’après la marche des nuages. Jeleur assurai qu’ils abandonneraient bientôt cespratiques, comme avaient fait nos ancêtres, etqu’ils embrasseraient l’Evangile de Notre-Sei-gneur Jésus-Christ. Quelques-uns acquiesçaientà mes paroles; d’autres point. A dix heures,tout étant tranquille, nous sonnâmes la clochepour le service. Elle venait d’être apportée parle navire qui appartenait à Pi, et nous nousen servions pour la première fois. C’était unson bien agréable dans cette contrée sauvage,et au milieu de cette bande plus sauvage en-core. Nous nous réunîmes au nombre de centenviron; Rewa et Te Kohi-Kohi furent les seulschefs de distinction; mais tous les assistons fu-rent attentifs. Après le service, Rewa me ditqu’ils ne tarderaient pas à croire à nos pa-roles. Tous étaient déjà ennuyés de leur expé-dition. Dans l’après-midi, je fis une course aumilieu des groupes pour leur adresser quelquesparoles quand l’occasion s’en présentait. J’eusmême un entretien fort agréable avec Tema-rangaï et plusieurs de ses compagnons.
5 mars 1832. — Nous voilà arrivés à septmilles de Kati-Kati, rivière qui remonte jusqu’àTauranga , que nous avons en vue, ainsi que lesfumées du pà (c’est le nom que les naturels don-
nent à leurs villages). Je flotte entre la crainte etl’espérance; mais dans peu de jours cette impor-tante question sera décidée : plusieurs des nô-tres parlent de se contenter d’emmener desesclaves ; mais ils ne considèrent pas que ceprojet lui-même offre des inconvéniens. A midi,la mer ayant beaucoup monté, nous avançâmesvers l’entrée, mais nous n’y arrivâmes pas avantdeux heures , où la marée était déjà contre nous.C’était le moment le plus critique, attendu queles brisans nous cernaient de toutes parts. Plu-sieurs pirogues allaient en avant pour nousmontrer la roule, et, en les suivant, nous péné-trâmes sans accident, en nous frayant un che-min à travers des récifs. Quand cela fut fait, jefus plus tranquille, et je suis encore à com-prendre comment les naturels avaient osé s’yrisquer. La rivière me parut fort spacieuse encet endroit qui deviendra tôt ou tard une stationtrès-importante. Nous prîmes terre sur un pointdu rivage, où Rewa-Rewa et Ware-Porka setrouvaient quelques jours auparavant. Je montaisur un morne à l’entrée de la rivière pour re-connaître , sur la demande de quelques chefs,le pays à l’aide de ma lunette. J’eus ainsi uneidée complète du pays et des deux pâs ; mais jene pus découvrir Rewa-Rewa. Les pâs sem-blaient environnés de tourbillons de fumée. Lacôte entre ce point et Tauranga forme une îlequi est très-unie, et qui dut être jadis très-pcu-plée, d’après le nombre des pâs abandonnés;mais les ravages de la guerre l’ont réduite àl’état lé plus désastreux.
G mars. — Au point du jour, on remit à flotpour continuer de remonter, et vers dix heureson débarqua à Mala-Kawa, pour la journée.Une vieille femme, appartenant aux Nate-Ma-rous, qui fut prise par les hommes de Tareha,débitade grandes nouvelles. Elle raconta qu’unebrillante victoire avait été remportée par Ware-Rahi et ses guerriers sur les liabitans du Waï-Kato. J’étais sûr que tout ce qu’elle disaitétait faux ; mais il était douloureux d’observeravec quel transport étaient accueillies les hor-reurs qu’elle contait. Du reste elle nous appritque Rewa-Rewa ne se trouvait qu’à quelquesmilles de distance de l’autre côté de la rivière.En peu de temps, cinq pirogues l’eurent tra-versée pour avoir de ses nouvelles. Nous ap-prîmes bientôt que les Nate-Awas avaient euquatre ou cinq rencontres avec Rewa-Rewa, etque des engageincns sérieux avaient eu lieu ;mais je fus bien content d’apprendre que per-sonne n’avait été tué ni blessé de part et d’au-tre. Vers minuit, comme tout le inonde dormait,