premières cases de Kawa-Kawa. Là se trouvaientdes naturels, et à leur tète quelques ranga-lirasqui vinrent nous recevoir. Le ranga-tira, chefdu village, était avec eux.
Notre première excursion eut lieu vers laforêt, où Pendlelon voulait voir le koui/i, ce beaupin dont les insulaires fabriquent leurs plusgrandes pirogues, et que les Anglais ont ex-ploité avec succès comme bois de construc-tion. Pour y arriver, nous fûmes obligés de tra-verser le village do Kawa-Kawa, composé deenviron , situées au milieu, d uneriante vallée. Parmi ces cases, on en remarqueplusieurs qui sont fort bien construites en bellesplanches et ornées de sculptures à l’extérieur.Cinq ou six ont déjà l’aspect d'habitations euro-péennes. Le sol est arrosé par les eaux de deuxtorrens et divisé en champs de pommes de terre,patates, maïs, citrouilles , etc.
Les plantations de koumaras ou patates dou-ces sont protégées pendant un certain temps parun tapou. rigoureux. Pendant tout ce temps, leterrain est taboue, aussi bien que les individuschargés de la culture. On construit alors surle lieu meme des cases temporaires, et les hom-mes employés à cette culture sont astreints à ré-sidence jusqu’à ce que les travaux soient ter-minés ÎPl. XLIX — 2). La récolte des koumarasest aussi une grande époque qui marque le re-tour de l’année. Elle ne s’opère qu’à la suite dela bénédiction du prêtre, et on la termine parun lapon imposé sur les magasins où se déposécet aliment sacré. Tandis que tous les autresobjets sont livrés au pillage, on respecte, durantles plus rudes guerres, les endroits où leskoumaras ont été empilées.
Quelque désir que nous eussions d’abrégernotre chemin , il fallut nous défendre de foulerles terrains plantés de patates et faire plus d’unefois de longs circuits pour les éviter. Peut-êtreeût-on accordé le passage dans ces champs àM. Williams seul; mais l.e chef prétendit quel’accorder à Pendlelon et à moi, c’était s’ex-poser à la colère de l’atoua. Que répondre à cela ?il fallait bien s’y soumettre. Enfin, après unelongue course, nous arrivâmes sur un plateauenfoncé qui doit être entièrement couvert d’eauà l’époque des pluies. Ce terrain est presqueuniquement occupé par d’énormes kaï-kateas,bel arbre du genre podocarpus. Son aspect rap-pelle celui du cyprès sur une échelle bien plusgrande, mais son bois lourd et cassant olfic peud’utilité. Un peu plus loin, et sur le penchantd’un coteau, nous trouvâmes des koudis auxtiges colossales, arltre qui fournit le bois le plus
estimé de la Nouvelle-Zélande . C’est un végétalmagnifique, présentant une forme pyramidale ,et s’élançant quelquefois jusqu’à 160 et 180 piedsde hauteur, taudis que son tronc s’élève jusqu’à100 pieds, sans pousser do branches. JI. d’Ur-ville pense qu’il appartient au genre braacarin ,mais M. Richard en a fait un podocarpus qu’il anommé îamiœjotius. Dans ces mêmes forêts ,croissent d’autres arbres d’un port admirable,au-dessus desquels vivent plusieurs arbustesde formes élégantes et des fougères variées. Unjoli torrent coule au pied du cdteau et v entre-lient une fraîcheur délicieuse. On nous dit quece fut aux environs de cette forêt que Marion fitjadis couper les mâtures dont il avait besoin.Les naturels de ce district ne parlaient qu’avecaffection et respect du capitaine Marion , l’undes Européens qui ont le pins longuement fré-quenté les naturels; ils disaient que c’était unfort brave homme, et ajoutaient que la fu-neste querelle qui causa sa. mort provenait desnaturels de Wangaroa qui voulurent se vengerde l’enlèvement do Nagui-Nouï par Surville.Depuis lors les Français sont tous devenus desMarion aux yeux des Nouveaux-Zéiandais, etquand on sut que j’appartenais à celte nation,on s’empressa de me dire que naguère un capi-taine Marion était encore débarqué et qu’il avaitfait des cadeaux aux indigènes ; qu’il faisaitramasser beaucoup d’herbes de la Nouvelle- Zélande , même de celles que les cochons nevoulaient, point, manger, ce qui avait été poureux l’occasion d’un grand étonnement. Ce nou-veau capitaine Marion n’était autre que le capi-taine d’Urvillc.
Après cette longue reconnaissance, nous re-vînmes vers le canot. Comme la marée commen-çait à baisser, nous touchâmes plus d’une fois,et ne regagnâmes ies grandes eaux que vers lesquatre heures. JL Williams voulut à toute fqrcenous retenir à un dîner où rien ne manquait: ,ni chair de porc, ni gibier, ni volaille , ni légu-mes, ni pâtisseries et confitures, le tout parfai-tement apprêté par les dames du logis. Ce repaseuropéen, ces femmes vêtues comme à Londres ,ces jolis cufaiiB jouant dans une salle bien meu-blée, tout cela, ce n’était plus un tableau sau-vage ; ce n’était plus la Nouvelle-Zélande . De-hors seulement, on trouvait des hommes àdemi-nus, couverts de nattes et de chanvre,au milieu desquels paraissaient pourtant quel-ques individus qui poussaient le luxe jusqu’ aupantalon.
Tekoke, chef de Paï-ÎIia et de Kawa-Kawa, et,sa femme Tapa-Tapa, furent admis au dessert, et,