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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUIOUR DU MONDE.

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ne parurent pas médiocrement flattés de cethonneur. Cétait un couple déjà sexagénaire,dune figure bienveillante et sereine , et dont laphysionomie nétait point trompeuse. Les mis-sionnaires ne tarissaient point en éloges sur leurcompte. Je me hasardai à leur demander desnouvelles de leur fils Rangui-Touke, donL le ca-pitaine dUrville a fait mention dans sa relation.Leurs figures se couvrirent de larmes; ils nepurent me répondre. M. Williams me racontaquil avaiuété tué dans un combat peu de tempsaprès lépoque le capitaine dUrville lavaitvu. Du reste , ils avaient été bien malheureuxdans leurs enfans. Dix ou douze années aupara-vant, leur fils aîné, beau jeune homme de laplus belle espérance , quils avaient envoyé àPort-Jackson avec M. Marsden , y fut emportépar une maladie subite. Ce fut M. Marsden,alors de retour à la haie des Iles, qui reçutcette nouvelle. Il envoya chercher Tekoke etlui en fil part. Le pauvre père pleura et demandaà voir la lettre fatale; puis, se faisant indiquer lelieu précis se trouvait cité le nom de sonfils , il y porta les lèvres avec recueillement.Toutes les personnes de la famille en firent au-tant tour à tour. Tekoke essuya ensuite sis lar-mes , et dit à M. Marsden quil était bien sûrquon avait eu de son fils tout le soin possible ;il le supplia de lui envoyer le corps de son en-fant à son retour à Parramatla, pour que la fa-mille pût lui rendre les derniers devoirs, etréunir ses os à ceux de ses ancêtres. M. Marsdenle lui promit.

Nous quittâmes un peu tard le logis hospita-lier des missionnaires : cétait notre jour dadieu.Le lendemain , nous devions appareiller pouraller faire une courte relâche sur lilede Motou-Roua, vaguent beaucoup de cochons sauva-ges , et gisent les ruines de lancien deKoro-Koro. Nous y arrivâmes de bonne heure etprîmes terre devant la petite vallée existèrentjadis lhôpital et le jardin de Marion. Les seulestraces qui en restent aujourdhui, sont les chouxet les raves, qui continuent à sy reproduireeu grande abondance. Le reste de lile estmontueux et couvert darbustes et de fougè-res entrelacées. De la cime de Motou-Roua , onjouit dune vue admirable de toute la baie et desîles qui lui ont valu son nom. Comme les naturelslavaient dit, nous trouvâmes quelques cochonssur Motou-Roua, mais si farouches quil (ut im-possible de les approcher. Nous vîmes ensuitele monticule fut jadis le de Kahou-Wera,quoccupait la tribu de Paroa, tanL queile fut di-rigée par Koro-Koro et Tottai. Les cases y sont

toutes à peu près détruites , et la végétation quipousse avec vigueur sur ce sol engraissé par leséjour de lhomme , aura bientôt couvert leurschétifs débris. Cependant, les fossés profonds etles hautes palissades encore visibles attestent quece lieu fut autrefois bien fortifié (Pl. XLVI1).

Dans un petit vallon situé derrière le etprès de lancienne maison de campagne de Koro-Koro, se trouvait encore debout un tombeauconsistant en un large coffret orné de sculptureseL supporté sur un pieu à trois ou quatre piedsdu sol. Le tapou imposé sur ce petit monumentlavait préservé des profanations de lhomme ,et sa solidité lui avait donné quelques années deplus dexistence quaux fragiles cabanes desvivans.

De retour à bord de lOceanic, nous y trou-vâmes une prêtresse célèbre nommée Waka-Taï.Au don de prophétie, elle joignait lart des sor-tilèges, et les insulaires avaient une grande con-fiance dans ses oracles. Son rang et sa dignitéétant dune nature trop sublime pour permettredes relations intimes entre elle et les hommesde sa tribu, cette prêtresse avait jugé conve-nable de naccorder ses faveurs quà des Euro-péens. Instruit de sa haute dignité, Pendlelonlui fil faire quelques petits présens qui la dispo-sèrent très-favorablement pour nous. Personnetoutefois à bord de l Oce/mic ne se présenta pourprofiler de la bonne grâce de la prêtresse dunemanière aussi complète quelle leût désiré. Il fautdire quelle nétait ni jeune ni jolie. Se voyantainsi délaissée , elle demanda du rum et un ci-garre; après avoir bu un verre de lun et fumélautre, elle se mit à causer dune manière très-communicative. Ayant aperçu notre maître-d-tel, homme dun certain âge et dune tournureun peu grotesque, elle demanda quelles étaientses fonctions. A quoi Pendlelon, voulant plaisan-ter, répondit que cétait notre lohounga (notresorcier, prêtre et médecin), et quen sa qualité deconfrère, il serait enchanté davoir avec elle