365
des rapports plus doux. Prodigue d’avances,Waka-Taï s’approcha de lui pour lui donner lesalut du pays qui consiste dans le frottementdes nez. Malheureusement, le maitre-d’hôlel, enbaissant la tète pour se prêter à la politesse , filun geste brusque qui dérangea l’économie de saperruque. Ce couvre-chef tomba par terre etlaissa à nu le crâne du pauvre homme. Cen’était là qu’un petit inconvénient, si Waka-Taïn’avait cru y voir un résultat de sortilège. Elles’imagina que cet homme, par un effet de sonart , venait tout-à coup de faire disparaître lapeau de sa tète, et, à cet acte de puissance ma-gique, elle poussa des cris d’effroi. Les femmesde sa suite, non moins épouvantées, s'enfuirentdans toutes les directions en criant : « Un ma-gicien ! un sorcier ! » Quant au niaîlre-d’hôlel,auteur involontaire de tout ce bruit, il ramassatranquillement sa perruque et la remit sur soncrâne nu, ce qui fut un second objet de surprise,quand ces femmes, le regardant de nouveau, levirent dans son état naturel.
Cependant la prêtresse avait triomphé de sesfraveurs ; elle s’était rapprochée de son confrèrele magicien, tout en l’épiant d’un air craintifpour le surveiller dans ses nouveaux sortilèges.<i Pourrait-il enlever sa tète aussi facilement queses cheveux? » demanda-t-elle à Pendleton.Pendielon répondit sans hésiter qu’il croyaittout possible à ce grand sorcier; et comme laprêtresse désirait savoir à combien d’esprits ilcommandait, le capitaine ajouta qu’il serait dif-ficile d’en préciser le nombre.
Cette question et cette réponse inspirèrent ànos officiers l’idée de jouer un nouveau tour àla prêtresse. Ils appelèrent le maître-d’hôtel.C’était ce même Dig dont nous avons racontéles frayeurs à Nouka-Hiva, chez le premierpeuple anthropophage visité dans celte campa-gne. Dig s’était bien aguerri depuis, et quandon lui offrit l’occasion de rendre aux sauvagesles frayeurs que ceux-ci lui avaient causées, illa saisit avec empressement. L’un des officiersmit la tète du maître-d’hôlel à nu , et y peigniten rouge la plus épouvantable figure qu’il pûtimaginer, puis recouvrit le tout par la perru-que. Il ne s’agissait plus alors que d’avoir uneoccasion de découvrir le chef du sorcier Dig.Ce fut la prêtresse qui la fournit elle-même.Pendleton lui avait servi assez de rum pour laguérir de ses craintes ; elle était alors devenueun esprit-fort ; elle pouvait supporter de sang-froid les plus terribles expériences de sorcelle-rie. Elle s’enhardit au point de demander àPendleton d’inviter le docteur à ôter sa tète,
sans quoi ses compagnes et les naturels présensà cette scène auraient peine à croire à un sem-blable pouvoir. Pendleton hésitait déjà , et nesavait comment se tirer de ce mauvais pas,quand le maître-d’hôlel s’avança gravement etdit qu’il allait satisfaire le désir de la prêtresse.Il la salua profondément, puis, par un mouve-ment brusque, il abaissa tout-à-coup sa per-ruque sur son visage, et lui présenta l’horribleeffigie qui ornait son crâne. Pendleton et moi,qui n’étions pas préparés à celle scène, nous enfûmes presque effrayés nous-mêmes; qu’on jugede l’effet qu’elle dut produire sur la prêtresse etsur les femmes qui l’accompagnaient. Le premiermouvement lut la stupeur, le second l’épou-vante. Hommes, femmes, enfans , prêtresse,chef, tout s’enfuit, tout quiLla le pont eupoussant de grands cris. Les uns descendirentdans leurs pirogues, les autres se jetèrent àl’eau. On avait beau les rappeler, ils ne vou-laient plus reparaître à bord. Quant au maître-d’hôtei, il triomphait de l’effet terrible qu’ilavait produit sur les pauvres naturels. Sontriomphe, toutefois, ne fut pas de longue du-rée. M. Williams, qui était venu nous voir, voulutprofiler de cet épisode pour donner une leçonà ces hommes. Il leur fit voir comment ce fait,surnaturel en apparence , s’expliquait par descauses simples et naturelles. A sa voix les sau-vages remontèrent à bord. Alors le maître-d’hô-tel expia à son tour ses malices. Les jeunes filleset les enfans 11 e cessèrent de lui tirer sou cha-peau et sa perruque pour s’assurer que ses sor-tilèges 11 e tenaient pas à des causes surhu-maines.
Le 29 mars, le vent étant devenu favorable,l’Oceanic appareilla; il doubla la pointe Tapeka,sortit de la baie, et le soir, au coucher du soleil,on perdit de vue le cap Olou ou cap Nord dela Nouvelle-Zélande .
CHAPITRE XLI.
NOUVELLE-ZÉLANDE . - DÉCOUVERTE
ET HISTOIRE.
Tasman venait de découvrir les terres deVau-Diemen, quand il accosta, le 13 décem-bre 1642, les côtes de la Nouvelle-Zélande dont les Européens n’avaient avant lui aucuneconnaissance. Après avoir cotoyé la terre pen-dant quelques jours, il entra, le 17 , dans ledétroit de Cook qu’il prit pour une baie pro-fonde , et alla mouiller le jour suivant près dela terre. Deux canots furent sur-le-cliamp expé-diés à la recherche d’une aiguade, et ne revin-