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406 VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
La base de la nourriture, dans toute la Nou-velle-Zélande , est la racine de fougère (pferis escu-lenla) légèrement torréfiée, puis ramollie, aprèsavoir été battue quelque temps sur une pierreavec un maillet. Pour lui trouver une saveuragréable, il faut être habitué à son usage. La ra-cine de fougère est la principale provision desZélaudais ; ils en remplissent toujours leurs paspour le cas de guerre. Ils emploient encore lamoelle de la tige inferieure d’une fougère en ar-bre ( ryalhea medullaris), qu’ils font cuire dansdes fours en terre. La patate douce et le laroétaient cultivés dans ces îles dès avant Uarrivéedes Européens : la première est le mets favorides chefs, et le peuple n’en mange guère quedans les grandes occasions. De tous les légumesd’Europe apportés sur les lieux par Cook clMarion, il n'est guère que la pomme de terrequi s’y soit multipliée. Elle foisonne aujourd’huidans toute l’ile du nord.
Parmi les quadrupèdes, le chien et le chatleur offraient seuls jadis une chair mangeable ;celle du chien était surtout fort estimée. Aujour-d’hui, le cochon est commun sur Ika-na-Mawi,quoique sa viande soit encore réservée pour leschefs, et que les hommes du peuple n’en man-gent qu’après l’avoir dérobée à l’ennemi. Na-guère les indigènes prenaient au lacet certainsoiseaux, comme clés colombes, des canards etdes cormorans, pour les faire rôtir. L’introduc-tion des armes à feu leur a rendu cette ressourcemoins précaire. Plusieurs d’entre eux élèventaussi des poules qu’ils nomment kakatouas, dontils aiment beaucoup les œufs. Seulement, leurmanque de respect pour les lieux tabous leurcause souvent de l’inquiétude. Un motif sem-blable leur fait repousser l’introduction desbêtes à corne.
La mer, avec ses poissons exquis et ses co-quillages variés, leur offre une de leurs plusgrandes ressources. A certaines époques, ilspèchent de grandes quantités de poissons, lesvident, puis les font sécher au soleil. Une foispréparés, ils les conservent dans leurs maga-sins pour Phiver. Les sauvages mangent cepoisson avec délices, bien qu’il exhale souventune odeur repoussante et qu’il fourmille devers. C’est encore une bonne fortune pour euxquand une baleine, un marsoin ou quelquedauphin viennent échouer sur leurs côtes. Tousles liabitans de la tribu accourent pour se ré-galer, et la possession du cétacé échoué devientparfois un objet de querelle pour les tribus quise le disputent. L’huile de phoque est aussi poureux un mets exquis.
Mais le principal régal de ces sauvages, c’estla chair de leurs ennemis tués sur le champ deJjataille. Des niotils superstitieux sont, sansdoute, la première cause de ces festins. Cepen-dant la sensualité y entre aussi pour quelquechose. Les missionnaires ont constaté que, plusd’une fois, les chefs ont assommé des esclavessur le plus frivole prétexte, mais, au fond,avec le désir réel de se repaître de leur chair(Pl. LI — 1). De la tète, ils ne mangent ordinai-rement que la cervelle , après quoi ils préparentle reste du corps et le font cuire dans leurs foursen terre, absolument comme ils feraient pour uncochon. Ils établissent une différence très-grande dans le goût de la chair entre linNouveau-Zélandais et un blanc, et donnent lapréférence au premier, celle différence, ils l'at-tribuent à l'habitude qu’ont les Européensd’user de mets salés. Eux-mêmes n’emploientjamais de sel dans leurs alimens , et tandisqu’ils se montrent passionnés pour les légumesgâtés et le biscuit pourri, ils touchent rarementaux viandes salées des marins. Comme beaucoupd’autres sauvages, ils avalent souvent la verminequ’ils trouvent sur leur tète.
Avant l’arrivée des Européens, les Zélandaisne connaissaient aucune espèce de liqueur spiri-lueuse : ils ne buvaient que de l’eau. Nos bois-sons fermentées ne leur inspirent que de la ré-pugnance et du dégoût : en revanche, ils sa-vourent avec plaisir le thé, le café, le chocolatet tout ce qui est sucré.
La cuisine de ces indigènes est de la plusgrande simplicité : elle se réduit à faire cuire lesvivres dans leurs fours en terre, ou bien à lesfaire rôtir à la broche ou sur des charbons ar-dens. Ensuite ils les découpent avec des co-quilles tranchantes. Pour le poisson, ils ont unemanière de le préparer à l’étuvée, en l’enve-loppant de plusieurs feuilles de chou, puis enle plaçant sur une pierre plate chauffée à l’a-vance , et le tournant de temps en temps. Cuitde cette façon, il prend un fort bon goût. Commeen d’autres îles, ils allument le feu en faisanttourner rapidement un morceau de bois dur surun morceau de bois plus mou, puis en lui im-primant un mouvement de rotation semblable àcelui du moussoir à chocolat.
Le vêtement ordinaire des deux sexes se com-pose de deux nattes en phormium, l’une jetéesimplement sur les épaules et rattachée par-devant, l’autre enveloppant les reins, descen-dant jusqu’à mi-jambe, et retenue dans le milieupar une ceinture. D’habitude, la natte de des-sus est d’un tissu grossier, quelquefois même de