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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
que côté à l’aide d’une longue planche d’un piedde large cousue à la carène. La couture estremplie par du chanvre et calfeutrée avec uneespèce de résine. Les pirogues , naviguant d’or-dinaire à la pagaie, ne déploient la voile qu’avecun vent favorable. Leurs voiles triangulairessont en nattes de paille cousues ensemble. Avecces frêles embarcations, souvent des centaines deguerriers entreprennent des courses de cent oudeux cents lieues sur les mers tempétueuses de laNouvelle-Zélande . H est vrai que chaque annéeplus d’une périt à la mer. Quand les naturels dé-barquent, ils tirent leurs pirogues à sec , en lestraînant souvent à de grandes distances du ri-vage, de crainte qu’on ne les vole. Pour enduireleurs maisons et leurs pirogues, les Zélandais ontune peinture composée d’huile et d’ocre, qu’ilsappliquent avec un pinceau de plumes.
Les armes nationales des Zélandais étaientautrefois des lances de différentes grandeurs,depuis cinq jusqu’à trente pieds, des casse-têtesen jade, en obsidienne, en os de baleine, ou sim-plement en bois dur; enfin, des haches d’armesqui avaient cinq pieds, et se terminaient par unquart de cercle tranchant sur les bords. Ces ha-ches portaient le nom de patou-patou , ou sim-plement pat ou.
Le casse-tête nommé mere ( Pl. XLVII—5)est une arme que les chefs ne quittent jamais.Il a dix-huit à vingt pouces de longueur surquatre à cinq de large, et sa forme ordinaire estcelle d’un battoir. Au manche, est un trou pourpasser une corde destinée à le suspendre aupoignet : avec ce petit instrument, les insulairesbrisent la tête d’un homme. Quelques chefs por-tent aussi, comme marques de leur autorité, delongues côtes de baleine bien ciselées sur lesbords , et dont la figure donne l’idée d’un longsceptre. Suivant Nicholas, cet insigne porte lenom de heni; suivant le capitaine d’Urville, il senomme patou-waïroa. Les Zélandais se servaientencore de pierres comme projectiles, et les lan-çaient avec beaucoup de force ; mais ils igno-raient l’usage de la fronde , de l’arc et dubouclier.
Toutes ces armes ont cédé aujourd’hui le pasaux armes à feu, dont les sauvages ont promp-tement reconnu la supériorité. Aussi, tous leursvœux sont ils tournés vers l’acquisition de fusilset de mousquets. La puissance d’une tribu' nese mesure plus au nombre d’hommes , mais aunombre de ses mousquets. Heureux celui quipeut avoir un fusil à deux coups, qu’ils nommentpeu-ctoua tangala , parce qu’il peut tuer deuxhommes à la lois.
C’est avec le chanvre de phormium que lesZélandais fabriquent leurs plus belles nattes. Lemétier qu’ils emploient est tout simplement unchâssis rectangulaire de la dimension de lanatte. Les fils de la chaîne sont fixés aux deuxextrémités du châssis, puis la trame est conduiteà la main , à travers les fils de la chaîne, avecune aiguille qui tient lieu de navette. Il y a deces nattes de divers tissus , de différentes cou-leurs et de dimensions diverses. Les plus grandesont douze ou quinze pieds de long sur cinq onsix de large ; elles coûtent cinq ou six mois detravail.
Les seuls instrumens de musique de ces sau-vages sont des flïHes de deux ou trois espèces,pourvues d’un peLit nombre de trous. Toutes sejouent avec le souffle des narines; mais onn’en tire que des sons sourds et discordans,quoique doux et plaintifs. Ces flûtes sont quel-quefois en bois , d'autres fois en tibias humains,toujours ornées de ciselures. Ils ont encoreune lyre grossière à trois ou quatre cordes, quine rend que des sons disgracieux. La trompettemarine, murex tritonis, leur sert de trompettede combat.
Ces naturels ont diverses sortes de chants,érotiques , satiriques , élégiaques et guerriers.Pour s’accompagner, ils se frappent quelque-fois la poitrine, ce qui produit un effet bizarre ;mais cette musique est bien fatigante pour l’exé-cutant. Quand ils chantent ainsi en chœur, l’und’eux donne le ton, et les autres terminent lecouplet en se frappant la poitrine. D’autres fois,ce chorus a lieu par un refrain commun à tousles couplets.
De tous leurs chants, le plus remarquable sanscontredit est cet hymne solennel nommé Pihe .,qui s’exécute dans les grandes occasions, avantle combat et au milieu des cérémonies funérai-res. Les naturels y apportent un recueille-ment et un enthousiasme qui frappent l’étrangertémoin de cette scène. Ce chant sacré semblefaire vibrer en eux des sensations de la naturela plus extraordinaire. S’il était bien compris ,peut-être fournirait-il quelques documeus suiles opinions religieuses de ces peuples; peutêtre y trouverait-on un symbole, un compen •dium de leurs croyances, un exposé de leursespérances futures. Malheureusement nul Eu-ropéen n’a pu jusqu’à ce jour en donner unetraduction même approximative. Il est utile ce-pendant de reproduire ici ce morceau commeéchantillon de leur poésie et de leur langue.Le voici tel que M. d’Urville l’a recueilli de labouche des chefs Touaï et Shongui, en présence