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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
leur attribue. Les fonctions de lohounga sonthéréditaires, et les pères y forment de bonneheure leurs enfans. Tolérans, d’ailleurs, cesprêtres montrèrent, dès les premiers temps, lesplus grands égards aux missionnaires, qu’ils ap-pelaient aloiia'langalas ou lohoungas (hommes deDieu oit prêtres). Ils ne demandaient même pasmieux que de reconnaître le dieu des chrétienset de lui rendre les hommages qui lui étaientdus. Mais quand on les pressait de quitter leursatouas, ils refusaient formellement; ils disaient:« Sans doute, le dieu des chrétiens est puissant;ii peut suffire aux chrétiens ; mais nous, il nousfaut encore, avec lui, les atouas de notre pa-trie. Si nous les délaissions, ils feraient fondresur nous mille maux, mille désastres. » Et, àl’appui, ils débitaient des contes absurdes danslesquels ils ont une ferme croyance.
Ces prêtres-médecins se rendent auprès d’unmalade quand son état inspire des inquiétudes ,et ne le quittent que lorsqu’il est guéri ouenterré. Leur rôle au lit du moribond est moinsde le guérir que de surveiller l’observancerigoureuse des lois du tapou. À part cela, lel’este est pure jonglerie. Quant àu traitement,la diète la plus absolue en est la hase; ensuite,au lieu de donner au malade des boissons tièdeset de le tenir dans un lieu fermé, ils l’exposentà l’air et lui font boire de l’eau froide. En cer-taines localités, on fait, apres la mort du ma-lade, une enquête sévère pour juger la conduitedu médecin et pour vérifier si aucune conditiondu tapou n’a été enfreinte. Si l’affirmative étaitprouvée, la tête du docteur servirait à apaiserl’ame du défunt. Mauvais médecins, les tohoun-gas sont des chirurgiens bien plus habiles, et, àl’aide de simples coquilles tranchantes , ils pra-tiquent souvent des opérations délicates qui fe-raient honneur à nos praticiens d’Europe .
Les Zélandais croient à l’existence distincted’une partie intelligente et immatérielle del’homme, qu’ils nomment wnïàoua ; ils ont foiaussi à une vie future et rémunéraloire. A lamort, le waïdoua se sépare du corps par unesorte de déchirement ; il reste trois jours à vol-tiger autour de sa dépouille mortelle, puis il serend au rocher Reinga, extrémité d’Ika-na-Mavvi, où un atoua le saisit, soit pour l’emporterdans le Rangui (ciel ou séjour de la gloire), soitpour le précipiter dans le séjour des ténèbresou Po-nouï ou Po-kino. Cette distinction n’est fon-dée que sur le degré de gloire ou de honte acquisdans ce monde par l’individu défunt, et nulle-ment sur aucune idée positive de bien et de mal,de vertu ou de vice. La gloire acquise dans les
combats ou la honte d’avoir succombé devantl’ennemi sont seules mises en balance danscette épreuve définitive. Une croyance plusétrange encore, est celle qu’en dévorant lecorps de leur ennemi, non-seulement ils anéan-tissent sa substance matérielle , mais qu’enoutre ils s’assimilent son esprit ou waïdoua. Delà cette pensée, que manger sonennemi est faireun acte glorieux, un acte de divinité, les dieuxétant souvent occupés à manger des hommes.
Dans leurs demeures futures,.les waïdouaspassent, ajoutent-ils, leur temps en festins et encombats toujours glorieux pour eux. De là ilsreviennent souvent pour se montrer aux vivanssous la forme d’ombres, de rayons du soleil, desouffles violons, etc. Aussi, les naturels n’ap-prochent-ils jamais de la tombe d’un mort,dans la crainte de voir apparaître son waïdoua.Au dire des indigènes, l’ame- siège dans l’oeilgauche, et cet œil est représenté par une étoile,d’où sont venues diverses allusions entre cetteétoile et l’ame ou waïdoua de chaque chef. L’é-toile suit la destinée du chef; elle acquiert ouperd de son éclat, suivant que celui-ci est plusou moins favorisé par la fortune. D’autres ima-ginent que l’astre ne se montre qu’à la mort duchef et lorsque son waïdoua est allé l’occuper.D’après cette explication, on conçoit pourquoiplus d’un guerrier, après avoir terrassé son en-nemi sur le champ de bataille, lui arrache l’œilpour l’avaler : c’est dans le but d’absorber sonwaïdoua. D’autres boivent aussi son sang en-core chaud pour mieux s’identifier l’esprit dudéfunt et éviter par là les effets de son ressen-timent.
Le tabou polynésien se retrouve dans toute sarigueur à la Nouvelle-Zélande , où ce mot s’arti-cule tapou; Il y est encore le tyran des consciences,le régulateur des actions, l’unique ressort poursoutenir l’autorité des chefs. Toute chose surlaquelle le tapou est imposé se trouve placéesous le pouvoir spécial de la divinité, et doit êtresoustrait à l’usage ordinaire des hommes. Uneinfraction , quelque légère qu’elle soit, encourtles châtimens les plus sévères. Pour les esclavefet les hommes du peuple, il y va de la vie.Quant aux hommes d’un certain rang, la peinese borne à des expiations assez désagréables.La conviction de ces peuples est que, si le vio-Iateur du tapou n’est pas châtié par sa tribu, ladivinité frappera la tribu entière. Le tapou est,à ce qu’il paraît, à la merci des chefs et des prê-tres, qui s’entendent pour en faire un instru-ment d’autorité, si nécessaire parmi ces racesbelliqueuses et indociles. Les plus généraux,