OCEANIE. — ILES ALLOU-FATOU.
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seaux. Dès que les Anglais furent près de la côte,plusieurs pirogues se détachèrent, portant cha-cune cinq ou six hommes , et accosièrent les ca-nots. Ces Indiens, robustes et actifs, n'avaientpour tout vêtement qu’une sorte de natte qui leurceignait les reins. Ils portaient de grandes mas-sues semblables à celles qu’on donne à Hercule dans les tableaux ; ils consentirent à en céderdeux au maître pour un ou deux clous et quel-ques colifichets. »
Les Anglais tentèrent de s’informer si l’îlenourrissait quelques volailles, mais ils ne purentse faire comprendre des naturels. Pendant cespourparlers, les sauvages conçurent tout-à-couple projet de se saisir du bateau qui portait lesétrangers, et l’un d’eux se mit sérieusement endevoir de l’entraîner vers les rochers. Ou tiraalors un coup de fusil, qui ne fit de mal à per-sonne, mais qui les mit tous eu fuite. Alors lecanot voulut regagner le bord ; mais la meravait tellement baissé que les marins eurenttoutes les peines du monde à trouver unepasse. Wallis demeura en panne toute la nuit,afin de revoir et de relever l’île le jour suivant;mais avant été affalé sous le veut, et loin de lacôte, il fallut renoncer à celte reconnaissance.Son texte donne peu de renseignemens sur laconfiguration de l’île; mais, d’après la carte quil’accompagne, ce serait un groupe de six à huitmilles de circuit environ, composé de deux pe-tites îles et de six ou huit îlots.
Maurelle revit ce groupe en 1781 , et luidonna son nom. Deux pirogues qui voulaientaccoster le navire en furent empêchées par ladistance et la nuit qui s’approchait. Edwardsle reconnut en 1791 ; mais depuis cette époqueaucun navigateur n’eu a parlé, de sorte qu’il fautregarder comme douteuse' sa position de 13°26’ lat. S. et 178° 20’ long. O.
Les îles Allou-Fatou semblent être les îlesde Horn, découvertes par Sehoulen en 1616. Cenavigateur, dont nous suivons le récit naïf, setrouva à la hauteur de ce groupe le 19 mai. Apeine était-il en vue de terre, qu’une vingtainede pirogues entourèrent le navire; ceux qui lesmontaient avaient un certaiu air de douceuret de cordialité. Cependant l’un d’eux ayantlevé une massue sur un Européen, pendantque les autres poussaient un grand cri, Schou-ten prit cette démonstration pour un signal deguerre, et fit tirer sur la flottille deux coupsde petits canons et. quelques coups de mous-quets. Deux sauvages tombèrent blessés ; lesautres s’enfuirent à la nage en rejetant une che-mise qu’ils avaient volée. Quand la mer pa-
rut libre, on envoya une chaloupe pour sonder.Enveloppée, à son retour, par sept pirogues,elle fut obligée de faire feu encore sur des sau-vages qui tentèrent de désarmer les matelots.Un bon nombre d’insulaires fut blessé de nou-veau.
Le lendemain, on mouilla dans une petite anseoffrant un ancrage sûr vis-à-vis d’un petit ruis-seau qui descendait de la montagne. Le navirefut affourché de manière à ce que les canons dubord pouvaient à toute heure protéger les ca-nots qui iraient à terre. Cependant les naturelsne se rebutaient pas. Des pirogues apportèrentà bord des noix de cocos, des racines d’ignames,un cochon vivant et deux rôtis, et, en échangede ces objets, les sauvages reçurent des clous,des couteaux et de la verroterie. Les insulairesmontraient un grand penchant au larcin; ils na-geaient et plongeaient avec habileté. Leurs ca-banes situées près de la plage, revêtues et cou-vertes de feuilles, étaient arrondies et terminéesen pointe. Elles avaient environ vingt-cinqpieds de tour, sur dix ou douze de hauteur;pour porte elles n’avaient qu’une seule issuepar où l’on ne pouvait guère pénétrer qu’enrampant. Il n’y avait aucune espèce de meu-bles, et l’on n’y voyait que des hameçons etdes casse-têtes.
Le 22, les pirogues revinrent apporter descocos ; mais sur la grève s’attroupaient une multi-tude de sauvages armés de lances et de bâtons,qui semblaient tenir conseil pour une attaque.Une cinquantaine de pirogues, munies de pierreset de lances, étaient réunies près d’eux. Il pa-raît cependant que la paix fut conclue ; car onéchangea des otages. Six insulaires restèrent àbord en cette qualité, tandis que trois Hollan-dais, parmi lesquels était un personnage impor-tant du navire, nommé Aris Claesz, se rendirentà terre. L’hospitalité fut noblement exercée depart et d’autre.
« Le roi, dit la relation, fit beaucoup d’hon-neur aux trois étrangers; il tint près de demi-heure ses deux mains l’une contre l’autre et sonvisage dessus, se baissant presque jusqu’à terre,et demeurant dans cette posture jusqu’à cequ’Aris lui fît une pareille révérence. Alors il sereleva et baisa les pieds et les mains d’Aris. Unautre homme assis près du roi pleurait commeun enfant et disait beaucoup de choses à Arisqui n’en entendait rien. Enfin il retira ses piedsde dessous son derrière, sur quoi il était assis,et se les mit sur le cou, s’humiliant et se roulantcomme un ver de terre.
» Les présens qu’on leur fit leur furent fort