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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
agréables ; néanmoins le roi marquait une sigrande envie d’une chemise blanche qu’Ans avaitsur le corps, que celui-ci en envoya quérir uneautre pour la lui donner. En reconnaissance, ildonna aux otages quatre petits pourceaux. Ontraita aussi pour pouvoir l'aire de l’eau, et il futrésolu d’y envoyer deux chaloupes, dont l’uneserait armée pour la défendre du ceux qui iraientà l’aiguade en cas de besoin.
« Malgré la foule des naturels qui se rassem-blèrent autour des matelots, ce qui les gênaitquelquefois dans leur travail, il n’arriva aucunaccident; car le roi laisait exercer une policeactive et rigoureuse par ses officiers. Il paraîtqu’il avait des moyens pour faire respecter sesordres, car les nat urels s’empressaient d’y obéir.Un sauvage ayant volé un sabre dans la cham-bre, comme on ne put le rejoindre, on portaplainte au roi; bien qu’il se fût déjà enfui à uneassez grande distance, le larron fut poursuivi,saisi et amené. Le sabre fut restitué à son maître,et'le voleur châtié à coups de bâton. Après cetexemple , rien ne fut plus dérobé, ni sur le vais-seau ni à terre.
» Ils avaient une frayeur extrême des armesà feu. Une décharge de mousquets les faisaittrembler et fuir de toutes leurs.forces : mais onles épouvanta bien davantage quand on leurfit entendre par signes que ces grosses piècesqu’ilsvoyaient tiraient aussi. Le roi désira qu’on les fittirer une lois devant lui ; mais, quand on le fit, ilsfurent tous saisis d’un si grand effroi, que lesdeux rois mêmes, nonobstant tous les avis ettoutes les assurances qu’on leur avait données,ne purent se contenir, et tous s’enfuirent dansles bois, laissant là les Hollandais. Ils revinrentpourtant quelques heures après ; mais il n’yavait pas moyen de les rassurer et de les re-mettre de leur frayeur.
» Le 26, les commis Le Maire et Aris retour-nèrent sur l’ile, suivis des trompettes et portantun petit miroir et d’autres bagatelles pour leroi. Ils trouvèrent sur le rivage un homme toutcourbé sur les pierres, les mains jointes en-semble, le visage contre terre comme s’il eûtvoulu prier à la turque. C’était le roi qui leur fai-sait ainsi la révérence. Us le relevèrent et allè-rent ensemble dans sa maison ou beluï (sansdoute - matai ) parce qu’il pleuvait. Elle étaitpleine de gens qui étendaient devant eux deuxpetites nattes pour s’asseoir, et le roi s’assit au-près d’eux.
» Les trompettes ayant alors commencé àsonner, il parut autant d’étonnement que defrayeur sur tous les visages, et ils se prirent
tous à crier : .4wo, awo! Cependant le vice-roi ou le second roi entra le visage tourné versles étrangers, quoiqu’il marchât le côté tournévers eux. Quand il fut devant eux, il courut vitederrière, prononçant tout haut et avec rapiditéquelques paroles d’un ton d'autorité. Eu mêmetemps, il fit un grand saut en l’air, et se laissatomber tout d'un coup sur son derrière, lesjambes croisées sous lui, et, comme c’était surdes pierres, les Hollandais s’étonnèrent de cequ’il ne s’était pas cassé les jambes ; mais cesgens-là sont agiles et robustes plus qu’on nepeut se l’imaginer. Après cela il fit une harangueou prière avec beaucoup de gravité, et quandelle fut finie, on commença à manger d’unesorte de fruit dont un domestique fit distributionà tout le monde. C’était une espèce de limon,à peu près du goût des limons d’eau, étant écaillécomme une pomme de pin. Le breuvage étaitfait de feuilles d ’athona bouillies.
» Parmi les honneurs qu’on fit aux étran-gers , on leur étendit partout des nattes pourmarcher dessus. Le roi et le vice - roi leur fi-rent présent de leurs couronnes, qu’ils ôtèrentde dessus leurs tètes, et mirent sur celles de LeMaire et d’Aris. Le Maire leur fil aussi quelquesprésens de très-peu île valeur, qui devinrent deschoses très-précieuses pour eux. Il leur donnasurtout un petit miroir rond ou globe, leur fai-sant entendre que c’était la figure du soleil et dela lune qui étaient ainsi ronds et luisans , et quedans ce miroir on pouvait voir toutes les cho-ses qui lui étaient opposées, de quoi ils témoi-gnèrent beaucoup de surprise. Us firent euten-dre qu’ils le suspendraient à la poutre de leurmaison , et ils le firent bientôt après. Ces cou-ronnes étaient de plumes blanches, longues etétroites, ornées par-dessus et par-dessous dequelques autres petites plumes rouges et vertes,venues de perroquets, y en ayant dans leur île,où il y a aussi une sorte de pigeons qui y sontfort estimés, car chacun des conseillers du roien avait un perché auprès de lui sur un bâton.Ce jour-là, on fit encore beaucoup d’eau, et oneut par troc des noix de cocos avec des racinesd ’ubas ; mais on ne put avoir de pourceaux ,parce qu’il n’y en avait pas trop pour les liabi-tans, qui n’avaient pour nourriture que ces troissortes de vivres et quelques bananes. Us nousfirent entendre, en se serrant le ventre, qu’ilsn’avaient pas de quoi se rassasier eux-mêmes, etque nous leur ferions plaisir de leur donnerdes vivres. Le capitaine Scbouten vint à terreavec les trompettes que le roi prenait beau-coup de plaisir à entendre sonner. Les insulai-