OCÉANIE. — ILE ROTOUMA.
'433
detrx tresses aux deux côtés. En général toutétait nu, hommes et femmes, rois et sujets,hormis le peu de couverture qui cachait leursparties naturelles.
» Les femmes étaient fort laides de visage,mal faites de corps, de petite taille, et avaientles cheveux courts, comme les hommes les por-tent en Hollande. Elles avaient de longues ma-melles qui leur pendaient comme des sacs decuir jusque sur le ventre, étaient fort luxurieuseset se mêlaient sans honte avec les hommes pu-bliquement, meme tout proche du roi.
» On ne put remarquer s’ils adoraient undieu ou des dieux , et s’ils pratiquaient quel-que autre culte que la prière qu’on leur avait vufaire; mais on remarqua bien qu’ils vivaientsans souci, comme des oiseaux dans un bois. Ilsne savaient ce que c’était que de commercer, devendre et d’acheter. Ce qu’ils donnèrent auxHollandais ne fut point par forme de trafic et detroc; cela se fit par boutades et par saillies,selon qu’il leur venait dans l’esprit de donner,et les Hollandais réglaient leurs présens à pro-portion de ceux qu’ils recevaient.
» Ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne fontaucun ouvrage ; ils recueillent ce que la terreproduit d’elle-même pour l’entretien de leur vie,et qui ne consiste presque qu’en noix de cocosou ubas, en bananes et en un petit nombre d’au-tres fruits. Lorsque la mer se retire, les femmesvont quelquefois chercher sur le rivage, dansdes creux, de petits poissons qui y demeurent ;ou bien, lorsqu’elles ont grande envie d’enmanger, elles vont pêcher avec de petits hame-çons , et les mangent tout crus ; de sorte quel’on vit là comme dans le premier âge dont lespoètes ont tant parlé ; car on peut dire, en vé-rité , que l’on trouve encore ici les prémices del’homme tout simple et tout brut, tel qu’il estsorti des mains de la nature. En partant, onnomma ces îles les îles de Hoorn, du nom de laville où le vaisseau avait été équipé, la patriede la plupart des gens de l’équipage. La baie futnommée Concordia, du nom du navire. »
< D’après tous ces détails, il est évident que lesf naturels d’Allou-Fatou appartiennent à la racepolynésienne , et que même ils se rapprochentbeaucoup des peuples de Tonga par leurs habi-tudes. La carte d’Arrowsmith porte les nomsd’Allou-Fatou et de Podou-Natou pour ces deuxîles, sans que l’on sache bien d’après quelle auto-rité figurent ces désignations. Sans doute, ellesauront été recueillies de la bouche des insulairespar quelque navigateur. On présume que cesîles sont identiques avec celle que BougainvilleT. II.
aperçut le 11 mai 1768, et qu’il nomma VEnfant-Perdu. On crut d’abord y distinguer deux îlesséparées ; mais, le jour suivant, on reconnut quece n’était qu’une seule et même terre, dont lesdeux parties élevées étaient jointes par une terrebasse qui semblait se courber en arc, et formerau N. E. une baie ouverte. Pourtant, commeBougainville ajoute , immédiatement après, quele vent l’empêcha d’approcher cette île de plusde six à sept lieues, on doit se tenir en gardecontre l’observation précédente. On doit aussiregarder comme des à-peu-près les données sui-vantes : lat. S. 14° 20’ ; long. E. 179° 40’.
Tandis que Pendleton complétait ainsi mesnotions sur les îles polynésiennes, l’Oceanicquittait les mers de la Mélanésie , et filait rapide-ment vers Rotouma. Pour neutraliser l’actionperfide des courans, notre prudent capitaineavait été obligé de courir plus loin à l’E. qu’iln’eût été nécessaire sans cela, et ce fut seulementle 21 avril au point du jour que nous aperçûmes,à quatre lieues devant nous , les terres de cetteîle. Elles sont médiocrement élevées; mais,quand on s’en approche, elles se présentent sousla forme d’un vaste lapis de verdure, doucementaccidenté, parsemé de riantes plantations et decabanes, depuis les plages maritimes jusqu’ausommet des collines. Sur les bords de la mer, degrandes cases élèvent çà et là leurs toits à traversdes bocages de cocotiers, d’arbres à pain et d’i-nocarpus.
A une lieue de terre, une multitude de piro-gues entourèrent l’Oceanic; les unes grandes, lesautres petites, toutes montées par des naturelsqui nous accueillirent avec des témoignages nonéquivoques de bienveillance et de joie. Il n’vavait pas à s’y méprendre : c’était là mes Poly nésiens , mes naturels de Tonga et de Taïti , maisavec plus de bonté, plus de candeur et plus desimplicité. Cependant, je fus étonné de la diffé-rence qui existait entre leur langage et celui detoutes les familles polynésiennes que j’avais déjàvisitées ; aussi mes études linguistiques me firent-elles défaut, et je fus obligé de me contenter dequelques mots décousus, communs à la languetonga et à celle de Rotouma. Heureusement, surl’une des grandes pirogues, se trouvait, à côtéd’un des principaux chefs de l’île, un Anglais ,nommé Young, fixé depuis long-temps dans lepays : ce fut un interprète tout trouvé.
La première question de Pendleton fut celle-ci : « Pouvons-nous obtenir des légumes et descochons ? ■— Quant aux légumes et aux fruits ,répliqua Young, rien de plus aisé : vous en au.
55