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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

rez tant que vous voudrez pour quelques verro-teries et quelques instrumens en 1er. Pour les co-chons, ce sera un peu plus difficile. Il y a douzeou treize ans, un affreux ouragan souffla sur Ro-touma, abattit les cocoliers, les bananiers et ra-vagea les plantations. Une horrible famine sen-suivit; dans cette déplorable extrémité, les na-turels tuèrent tous leurs cochons pour assouvirleur faim, et la race entière de ces animaux futanéantie. Ce ne fut que quelque temps après cetévénement, que les naturels obtinrent dun ba-leinier un petit nombre dindividus, à laide des-quels la race sest reproduite. Pour faciliter cettenouvelle propagation, les insulaires simposèrentla loi de ne tuer aucun de ces animaux, et, grâceà cette loi rigoureuse, on en compte déjà trois ouquatre cents dans lile. Depuis cette époque, onne dispose des cochons que dans les grandes oc-casions, et jamais en faveur des étrangers. » Pend-lelon qui manquait de vivres frais ayant parucontrarié de cette nouvelle, Young sapprochade lui et lui dit tout bas : « Calmez-vous ; nousferons un peu de contrebande : mon chef vouscédera dix cochons contre un fusil et dix dentsde cachalot. Est-ce marché fait? Soit, ditPendleton; » et le visage de mon impassible capi-taine retrouva sur-le-champ sa sérénité habituelle.

Rien nétait plus curieux à observer que lemanège des naturels qui nous entouraient. Da-bord ils avaient pris la précaution de demandersi le navire nétait point tabou, et, sur la réponsenégative, ils sétaient décidés à monter sur lepont., ils se promenaient avec un air de joieet de ravissement difficile à décrire. Quandun matelot se rencontrait sur leur passage, ilsle saisissaient à bras-le-corps, frottaient leurnez contre le sien, puis, dun ton doux et cares-sant, ils lui disaient, en montrant le rivage:a Rolouma lailei (Rotouma est bonne). » Commeces démonstrations et ces cajoleries, à chaqueinstant réitérées , ne laissaient pas que de gênerla manœuvre, Pendleton voulut renvoyer lesvisiteurs dans leurs pirogues ; mais ils prirentalors une attitude si soumise et si obéissantequils désarmèrent la sévérité du capitaine. Bien-tôt pourtant il leur devint plus difficile de con-tenir leur joie quand ils virent que le bâtimentgouvernait vers le mouillage. Us gambadaient,sautaient, riaient comme des enfans qui auraientrevu des parens chéris après une longue ab-sence. '

L'Oceanic mouilla par dix-huit brasses sur lacôte septentrionale de lile. Un canot ayant étésur-le-champ envoyé à terre pour acheter desprovisions, je my embarquai. Nous ne devions

pas faire un long séjour à Rotouma ; il fallait doncse hâter de voir. A notre arrivée sur la grève, nousfumes accueillis à bras ouverts par les insulairesqui se précipitaient au-devant de nous en pous-sant des cris de joie. Ce fut à qui nous comble-rait de plus damitiés, à qui nous ferait le plus decaresses. Ceux-ci nous offraient des légumes etdes fruits, ceux- des poissons et des coquillages.Dautres, exagérant les devoirs de lhospitalité,nous amenaient de jeunes fdles, avec des signesqui ne nous permettaient pas de douter du motifqui les guidait. Sans être positivement laides, cesfemmes étaient inférieures à celles de Tonga .Leurs traits nétaient point aussi réguliers; ellesnavaient non plus ni leur propreté, ni leurmaintien décent et réservé. A Rotouma, commedans la plupart des îles polynésiennes , les fillesseules peuvent disposer librement de leurs fa-veurs : les femmes mariées doivent rester chasteset toutes à leurs époux. Ladultère est puni demort.

Nous débarquâmes près dun des plus grandsvillages de lîle ; la demeure du chef en était leprincipal édifice : elle avait quarante pieds delong sur vingt-cinq de hauteur. Les autres casesnont dordinairement que quinze à vingt piedsde long; comme à Tonga , elles sont couvertesde toits en feuilles de cocotier supportés sui-des pieux. Les côtés sont entourés de nattes.Des nattes, des coussinets et quelques vases enbois forment tout le mobilier de ces demeures,tenues dailleurs avec une grande propreté. Lesinsulaires font trois repas ; leurs ressourceshabituelles sont le poisson, les coquillages, lefruit à pain, le taro ou arum esculentum, lesignames, les bananes, etc. Leur manière depréparer les alimens est la même que dans lesautres îles de la Polynésie ; mais ils ne mangentjamais le poisson cru, comme à Tonga .

Tout sur celte grève me rappelait Tonga ,Taïd et Nouka-Iliva. Cétait la même race,les mêmes mœurs , la même végétation, lesmêmes cultures, et sans doute aussi le mêmeordre social et politique. Du premier coup-dœil, il me fut aisé de voir quun plus long sé-jour ne meût servi quà constater des analo-gies et à faire des rapprochemens. Mais lheurepressait; il fallait partir. Quand on vit que lecanot allait quitter la plage, il y eut parmi cetexcellent peuple un sentiment de regret etpresque de douleur. Il nest aucun genre de sé-ductions, de promesses, de caresses, doffres,de protestations, que les naturels ne missent enusage pour nous décider a rester parmi eux.Comme javais paru répondre avec complaisance