PREFACE
Et comme d’entre les hommes, il yen a qui meurent dans l’enfaneed’autres dans la Jeunesse, d’autres dans l’âge viril, & que l’on nenvoit qu’un petit nombre qui parviennent à un âge avancé, par l’ex-cellence de leur tempérament,- ainsi entre les Livres il y en a quitombent bientôt dans l’oubli- d’autres font à la mode, St se soutien-nent durant quelque terns; mais enfin le goût du public change &avec le goût la mode, & ils sont aussi mis au billon. 11 n'y a qú’unpetit nombre d’excellens Livres, dont futilité, étant une sois recon*?nue, les fait passer heureusement de Siécle en Siécle, 8c leur con-serve toujours l’estime & Rattachement des gens de bon goût. 11 ya des Auteurs qui feroient reparoitre dans le Monde les Siécles de-vant le Déluge, s’ils vivoient autant que leurs Ouvrages. Mais qu’iíy en a d’autres qui feroient à plaindre, s’ils meuroient avec leursLivres ! Combien d’Ecrivains orgueilleux qui promettoient l’immor-talíté à leurs ouvrages, & qui ontû la douleur de les voir passer dela boutique de l’Imprimeur à celles des Epiciers? 11 me vient encoredans l’eíprit une nouvelle raison de la multitude des Livres, qui n’eílpas à mépriser. Cest la multitude des Sectes, qui pa/taoent laChrétienté Car comme plusieurs Chrétiens, animez du zéfe loua-ble de l’Orthodoxie, particulièrement les Catholiques, ne manquent,jamais de décocher dans leurs Ecrits des traits malins & des injurescontre les Adversaires , ces Adversaires n’aiment pas s’entendredire des injures j & c est ce qui fait que dans chaque Secte, l’on estbien aise d’avoir des Ouvrages fur toutes fortes de Sciences, compo-sez par des Ecrivains du parti ; outre que l’on est ordinairement en-clin à tenir pour fusoect ce qui vient d'une main ennemie.
—— Tìmeo Danaos , dona fer ente s.
Si l’on ne rencontroit ces traits injurieux que dans des livres de Ré-ligion & de Controverse, encore pourroit on le supporter, & sondevroit s’y attendre, puis qu’iî n’y a personne qui puisse ignorerquelle est la chaleur du zélé des Controversistes. Mais ce qui cho-
que