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( qui commençoit environ fur les neuf heures ) , deux cens Ma-telots ne fistent autre chose , que mettre le feu & brûler lesdi-tes maisons j qui étoient hors de notre tranchée , tandis que lesSoldats, par même ordre , faifoient la garde pour leur sauveté :toutefois , pour tout cela , nous ne pûmes jamais ruiner la qua-trième partie de la Ville ; &c ainíi à la fin nous fumes contensd’accepter vingt-cinq mille écus pour le rachapt du reste.
Entre autres choses que nous vimes à S. Domingo , nous nedevons paíïèr une marque notable de Porgueil & outrecuidancedu Roi d’Espagne & de fa Nation , que nous trouvâmes au Pa-lais , auquel le Gouverneur de tout le Païs fait ordinairement fi»demeure. Pour entrer à la Salle & autres Chambres du Logis,il faut premierement monter de beaux & larges degrés., aii-def-íus delquels il y a une Place astez spacieuse , semblable à uneGallerie ; en l’un des côtés de laquelle vous voyez un grandEcusson des Armes d’Espagne , au-dessous un grand Globe ,contenant tout le compas de la Mer & de la Terre ; au-des-sus duquel il y a un Cheval fie tenant droit des pieds de der-rière fur le Globe , & dressait ceux de devant, comme pourfauter , avec cette devise en fa gueule, non sufficit Orbis ,cjui vaut autant à dire comme , le Monde ne suffit. Or, ainfique nous eumes demandé aux Principaux d’entre ceux qui fu-rent envoyés en commission pour traiter avec nous de la ran-çon de la Ville , quel étoit le sens de ces mots, ils commen-cèrent à bailler la tête , regardant ailleurs , & de honte, fansnous répondre , changèrent de contenance. II y en eut quelques-luis des nôtres , qui, en cet étonnement, leur donnèrent à en-tendre , si la Reine vouloir se déclarer ouvertement contre leHoi d’Espagne, & lui faire la guerre , il seroit contraint deLister cette vaine gloire, pour avoir astez à faire de garder cequ’il a , comme on le pouvoit appercevoir aisément par la pertequ’il avoit déja faite de cette Ville-là. Maintenant, d’autantstue quelques-uns s’émerveillent grandement, qu’une si grandeCité tant bien peuplée ôc ayant de si grandes commodités ( quitoutes servirent bien à rafraîchir nos Soldats ) n’avoit pas plusde richeíïès que nous y trouvâmes, je toucherai en peu de pa-roles la vérité Sc cause d’icelles. II y a long-temps que les In-diens,naturels Habitans de cette Ifle, quasi autant grande q u’An-gleterre , ont été consumés d u tout &c exterminés par la ty-rannie de l’Espagnol ; 6>C partant, par faute d’hommes qui tra-vaillent ès Mines, celles d’or & d’argent ont été du tout aban-
Q s s ; j
1585.
VOÏAGE DE
Fr. DRAckE,