DE LA LIGUE. n3
se, mais bien perces de biens, d’états, dignités, ruines de mai-sons , incommodités de familles ; choies que les hommes on caccoutumé d’éviter ôc de fuir par mille autres maux, tants’en faut, que de gaieté de cœur ils les attirent fur eux. Par-tant que Sa Majesté pouvoit penser que ceux de la Religion ,qui avoient éprouvé ces malheurs, ne fe jetteroicnt volontiersen une guerre, où ils ne pourroient faillir de les trouver, &que la feule nécessité les y pouvoit faire tomber, de laquelleil loue Dieu de les voir exempts, vu la sainte volonté qu’ilavoit plu à Sa Majesté lui déclarer. Et fur ce point, pour monparticulier, Sire, comme f un de ceux-là , je ne feindrai dedire à votre Majesté , qu’il y a douze ans Sc plus que je tâchepar tous moïens de devenir Catholique, Sc n’y puis jufqu’iciparvenir : j’ai souvent considéré , qu’après la saveur de Dieu ,il n’y a rien de si précieux au monde, que celle de son Prin-ce; j’avois aíîèz de chair pour convoiter les biens Sc les hon-neurs du monde, & non si peu d’efprit, que je ne connuíleque la Religion que je fuis n’étoit pas le chemin pour les ren-contrer. Je n’ignorois point aussi que V. M. auroit toujoursmon service plus agréable, étant Catholique q u'autrement, &£étois peut-être assez présomptueux, pour reslentir en moi quel-que petit moïen de vous en faire : là-dcssus, je me fuis mis àlire tout cc que j’ai pû, à conférer avec personnes doctes par-tout où je me fuis rencontré; rencontrant toujours, pour for-tifier leurs argumens, ma chair & mon esprit, qui nedesiroientrien tant que de fe rendre. Enfin, Sire, il faut que je dise àV. M. que ma conscience a voulu vaincre, encore que pourprix de cette victoire elle ne vît que beaucoup de disgrâces,de pertes, de dangers, qu’il m’a fallu palier depuis. Le Roirépondit, que cela lui étoit advenu, parcequ’il y apportoit dela passion. II est vrai , dit-il, Sire ; mais à la vérité une passionqui combattoit contre ma Religion , un désir de m’avancer ,d’autant plus ardent que j’étois alors plus jeune , nonobstantlequel toutefois la vive persécution de la vérité m’a vaincu.Sur ce propos, il lui dit avec une façon fort douce, qu’il nevouloir pas disputer avec lui; Sc après lui avoir renouvelle lesprotestations de paix , l’exhortant à en assurer , selon la créancequ’il y avoit, toutes les Eglises de la Religion , & pour la tiercefois, 'répéter le contentement qu’il avoit du Roi de Navarre, luidonna congé. Ces propos durerent près de deux heures : & dece pas repnt la poste , pour revenir trouver le Roi de Navarre.Tome I. A a a a
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Négociât.DE M. D II-
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