Band 
Tome cinquième.
Seite
71
JPEG-Download
 

DE LA LIGUE.

7i

E

Avertissement,

S Lettres fus écrites est parlé de la mutinerie de Paris an préjudice dequelques gens de longue robe. Pour intelligence de quoi faut noter , que cer-tains Séditieux, nommés les Seize ( 1 ) , premiers Auteurs de la Ligue entre lePeuple, desquels fera amplement parlé en un discours entier ci-après, nepouvant porter que le Duc de Mayenne fît du maître à l’accoutumée, ferésolurent de la désarçonner, & acheminer plus vîtement les affaires selonl’interuion des Espagnols, en coupant aussi tout d’un coup l’espérance auRoi de venir à bout d’eux. Ils découvrirent que le Président Bnsson & quel-ques autres , marris d’avoir eu si longuement part aux fureurs de la Ligue,,pensoient à quelque remede. Les Séditieux estimèrent avoir trouvé cequ’ils cherchoient ; & après quelques conseils tenus entr’eux , allerent deleur autorité saisir ce Président & deux Conseillers , aufquels en briestemps ils firent le procès, & les firent pendre &c étrangler en plein jourfur la fin de l’an 1591. Ainsi périt Briílbn , homme docte, qui s’étantplongé contre son devoir & savoir en cet abytne de félonie exécrablecontre le Souverain ôc les Loix du Roïaume , reçut de ceux qu’il avoirtrop supportés en leurs crimes, le salaire de ses fautes inexcusables. Aucuns af-ferment que si lui & les deux autres eustènt vécu plus long-temps , les affaires-fe fussent plutôt pacifiées. A ce bruit le Duc de Mayenne accourut à Patis , fitprendre certains de ces Seize, écarta les autres, 6c assura fa Lieutenance ,comme il put, publiant fur ce qui s’étoit passé, la Déclaration que nousavons insérée en cet endroit.

1591.

(1) Espece de Ligue particulière pour Pa-ris seulement , composée de plusieurs hom-mes qui s’étoient distribués dans les feì^equartiers de la Ville, & qui avoient partagéencr’eux ^administration des affaires : Cettefaction furieuse , qui donna à Paris tant defcenes sanglantes , étoit vendue au Duc deGuise, & ennemie jurée de la Roïauté. CesScélérats qui donnoient le nom de zele à lafureur , dit M. de Thou , ne craignaientrien tant que le retour de la paix. Ils persé-cutaient comme des politiques & des fau-teurs d’hérésie ceux qui étaient ennemis destroubles, Sí ne cherchoient fans cesse que

l’occasion de leur enlever , fous quelque pré-texte que ce fût, leurs biens , dont ils bru-loient du désir de s emparer. Ces Fanati-ques aïant usurpé, dans ces temps de trou-bles & de divisions , la souveraine puissancesur les Officiers militaires, fur le Clergé Scfur les Magistrats , s’aflembloient de leurautorité privée en différens endroits , pourmieux dérober la connaissance de leurs com-plots. C’étoit dans ces assemblées sécrétésque se formaient des résolutions funestesl’Etat ; & que l’on conspirait contre lesgens de biens, Sc contre le Duc de Mayennelui même.