Band 
Tome cinquième.
Seite
72
JPEG-Download
 

MEMOIRES

!

7 -

ABOLITION DV DUC DE MAYENNE ,

Sur ce qui s’esl fait à Paris fur la mort ignominieuse du P rési-dent Brijfon , les Conseillers Larcher & Tardif.

En Décembre, 1591.

0-1 Harles de Lorraine, Duc de Mayenne, LieutenantGénéral de l’Etat 8c Couronne de France, à tous présents 8í àvenir; Salut. Comme en la capture 8c emprisonnement inju-rieux , meurtres 8c a lia dinars commis en cette Ville de Paris,ès personnes des défunts, les Sieurs Briílon , Président en laCour de Parlement, l’Archer , Conseiller en icelle , & Tardif,Conseiller au C batelet ( 1 ), le quinzième jour de Novembredernier passé, 8c exposition ignominieuse de leurs corps faite

(1) Les trois Magistrats qui furent la vic-time de la fureur des Seize > furent, commeon le dit ici, MM. BriJJ'on , Larcher & Tar-dif. Barnabé Brisson étoit premier Présidentdu Parlement de Paris. II auroit pu éviter cemalheur, s'il eût imité ses confrères quiavoient pris la fuite. Mais fans considérerque quelques autres étoient emprisonnés, &que le Parlement d’ailleurs étoit fans auto-rité , en aiant été privé par le feu RoiHenri III, en punition de la révolte desParisiens, glorieux de fe voir à la tête de ceCorps , il n'eut pas de peine à consentira de-meurer à Paris , & il fut la victime de sonambition , & de la persuasion où il étoit,qu’il manieroit l’esprit d'une populace fu-rieuse, aussi aisément qu'il expédient les af-faires. Les plus mutins d’entre les Ligueursvoïant qu’il dissimuloit les entreprises desSeize , qu’il s'accommodoit au temps , Stqu’il panchoit vers la paix , crurent qu’ilfalloit commencer par lui, pour faire fessaide la patience du Peuple & du Duc deMayenne. Ils fe saisirent donc de ce Ma-gistrat dans le temps qu’il étoit en routepour fe rendre au Parlement, le traînèrentdans le petit Châtelet, & fans aucune formede procès, il y fut pendu à une échelle At-tachée à une poutre. C’étoit le ij Novem-bre ijji. M. Brisson étoit un homme trèssavant, comme on peut le voir par les Ou-vrages qu’il nous a laissés , & dont on trou-vs un Catalogue à la fuite de l’abregé de f»

vie, dans les Mémoires du Pere Niceron .tome ix. page 197. Sc fuiv. On peut aulsiconsulter l'Histoire de M. de Thou, Livre101.

Le second Magistrat, dont on parle iciétoit Claude Larcher , Président au mêmeParlement. Arrêté pareillement par la factiondes Seize , 8 c conduit par elle au petit Châte-let , il eut le même sort que M. Brisson. Se Smœurs pures St innocentes ne purent le ga-rantir de la fureur des Conjurés.

Le troisième étoit Jean Tardifdu Ru, Con-seiller au Châtelet, homme simple & pleinde candeur, dont tout le crime prétenduétoit d’avoir parlé un peu librement desSeize dans une assemblée publique , & d’a-voir répandu dans Paris un écrit fur l’originedes troubles de France , rempli d’amertumecontre les Princes de la Maison de Lorraine8 t contre les Ligueurs. Cet écrit avoit étéadressé au Pape Sixte V, par Louis de Con»zague , Duc de Nevers , dans la maison du-quel Tardif Sc sa famille avoient commencéleur fortune. C’est ce que dit M. de Thoudans son Histoire , Livre roi. On ne sécontenta pas de faire mourir ignominieuse-ment ces trois Magistrats, leurs corps fu-rent ensuite attachés à trois gibets devantl’Hôtel de-Ville de Paris, avec des écriteauxpleins de faussetés. Quelques amis les enle-vèrent pendant la nuit, 8 c leur donnerent lasépulture.