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Discours
SUR LïS Aï-T AIRES D£France.
ço MEMOIRES
de lui quitter l’Empire. Alexandre Pape(i) , avant qu’il parvintà ce dégré , étoit intime ami de Frédéric Empereur , duquel puisaprès il fut tant plus grand ennemi. Il lc contraignit d’aller enSurie faire la guerre contre Noradin : auquel Noradin il cn-voïa le portrait de l’Empcreur , l’avertissant que s’il ne pre-noit l’homme duquel il voioit le portrait , il n'auroit jamaisrepos. Et pourcc qu’il ne fe pouvoit saouler de lui mal faire,il troubla toutes les terres Sc affaires dudit Frédéric en son ab-sence. II fit encore pis, car dans le Dôme de Venise , qui étoitplein de Prêtres , il renversa par terre ledit Empereur , qui s’é-toit prosterné devant lui, Sc lui mit le pied fur la gorge. C’étoitbien loin de révérer le Magistrat que Dieu a établi, Sc auquelDieu commande obéir. Jefus-Christ a refusé de juger entredeux freres. II a lavé les pieds de fes Apôtres , Lc déclaré que sonrégné n’est point de ce monde. Il a souffert pour la rédemptiondu peuple , Sc a commandé à fes Disciples de le suivre, Sc por-ter leur croix. Comme fe pourra donc dire ce Pape-là Sc fesimitateurs, serviteur des serviteurs de Dieu ? ou Disciple de Je-sus-Christ ? vû qu’il ensuit les vestiges de Satan , qui dit quetous les Roïaumes du monde lui appartiennent, Sc les donne àqui il veut ? Otbo Empereur d’Allemagne, qui mourut fans en-fans , au lieu d’adoptcr quelque sage Prince qui lui succédât àl’Empire , non feulement par le conseil, mais aussi par l’auto-rité du Pape , qui lors étoit, fit un rcglemcnt par lequel aprèslui feroit élû celui Sc ceux qui déformais pourroient tenir l’Em-pire. Et combien que ledit Pape non feulement étoit Alle-mand , mais aussi de la noble Sc grande Maison de Saxe, Sc avoirplusieurs Princes vaillans fes alliés , lesquels il devoir avancerplutôt, Sc faire que l’Empire d’Allemagne fut perpétué , Sc per-pétuellement florissant, il médita Sc fit tout le contraire, Sc.pour mieux rompre la 11 grande puissance qu’avoit l’Empcreuren Allemagne , il foustrahit aux Empereurs qui feroient puisaprès , l’au'rorité Sc puissance de commander à cent Villes, def-quelles l’état, à chacune spécialement, fut convertie en Répu-
(i) C'est Alexandre III, & l’Emperenrdont on parle étoit Frédéric Barberoulfe. IIest vrai qu’ils eurent ensemble beaucoup dedifférends. Mais le portrait envolé à Nora-din a tout l’air d’une fable. La maniérédont l'Auteur raconte ensuite le prétendurenversement de Frédéric dans le dôme deVenise, est encore rapportée avec bean-
eoup plus de malignité que de vérité. IIfaut voir fur ces faits, & fur les autres quiconcernent les Papes, & qui font ici , oucontrouvés, ou altérés, í’Fîistoire Ecclé-siastique de M. l’Abbé Fleuri. Notre butn’est pas d’entreprendrc une réfutation decet Ecrit anonyme.