D E L A L I G U E. 309
Ceux qui furent ainsi condamnés , étoient un certain Doc-teur Lope £ ( 1 ) Portugais , de long-temps aïant eu cet honneurd’avoir été retenu pour domestique Lc l’un des Médecins de laReine : les autres étoient aussi Portugais , n’aguerrcs réconci-liés Lc réduits au service du Roi d’Espagne : &c néanmoins , avecquelques couleurs èí prétextes , réíìdans ou frequentans en ceRoïaume. L’un étoit nommé Stephano Ferrera de Gama , aïantjusqu’alors été tenu en Portugal, pour homme de quelque qua-lité , Lc en bonne réputation & estime ; J’autre étoit ManuelLewis Tinoco , lequel avoit accès &C crédit avec les Conseillersdu Roi d’Espagne à Bruxelles.
Or , furent ces trois sollicités Lc amorcés , par promesses degrandes récompenses , d’attentcr un si vilain acte & horrible,d’cn promettre l’esset , &C ce , en la personne d’une Dame,d’une Fille , d’une Reine sacrée , d’une qui a régné avec plusd’honneur <k de félicité par l’espace de trente-six ans entiers »& avec plus de joie &í de contentement de son peuple, qu’aucunautre de ses prédecesiéurs , fans céder à pas un d’entr’eux. Et
F our vérifier comment & par qui ceux-ci furent pratiqués pourexécution d’un fait tant énorme , les preuves que fur cela nousavons maintenant à produire en feront foi suffisante : lesquellesconsistent en un fidel récit des confessions des parties tant parleurs propres bouches , que par les écrits qu’ils en ont faits deleurs mains , csquelles ils ont persisté constamment jufqu’à lamort avec repentance de leurs fautes.
Premierement , le Médecin Lope% , lequel devoit perpétrerce forfait par poison qu’il donneroit à Sa Majesté , a confestëque ces dernieres années , il auroit été induit à faire secrète-ment service au Roi d’Espagne par le moïen d’un certain Ma-nuel Andrada Portugais , homme pour lors fort emploie enFrance par Dom Bernardin Ambasiadeur là résident pour leRoi d’Efpagne. Par celui-là Lope £ reçut un joïau de grand prixgarni d’un grand diamant 8í d’un grand rubis, que ledit Andra-da lui présenta de la part de Chrijloforo de Moto spécial Con-seiller du Roi d’Espagne , duquel aussi , selon qu’il disoit, il re-çut & apporta aumême Docteur de la part du Roi même d’Es-
(z) Rodcric Lopcz, Juif. M. de Rapin beth. Lopez , qui étoit son Médecin , avoîedit que lui Sc ses deux autres complices, aussi promis de 1 empoisonner, selon le mêmePortugais, confessèrent que le Comte de Historien, moïenant la somme de cinquanteïuentes & Dom Diego d’Ibarra les avoient mille écus. Tous ks trois subirent ie demies^orrompus pour attenter à la vie d’Elrsa- supplice,