DE LA L I G U E. , ?9
tout le monde, signées dc votre sacrée main, scellées ducher sang dc vos fìdcles Sujets ? A qui ferez-vous accroire qu’onvous doit croire, si vous n'avez pas cru vous-même ce quevous avez dit? Si vous n’avez plus ni Dieu ni Religion assu-rée en vous-mêmes , si chaque coup de vent vous fait divertirvotre route , quelle assurance , quelle conduite nous promet-trez-vous ? Si vos deílèins ne font que du fable mouvant, furquoi bâtirons-nous ? Que si vous avez jufqu’à présent tenu, Lcmaintenu votre Religion d'une pure & franche volonté fanscontrainte , fans artifice , fans dissimulation ,' quelle dissimula-tion , quel artifice, quelle contrainte, vous pourra démentirvous-même si soudainement, sur le plus beau , le plus grand& le plus célébré théâtre de J’Europe ? Serez-vous à tout votrePeuple, à toute la Chrétienté , aux plus barbares Nations duMonde , l’exemple malheureux de légèreté, fans délibé-ration, lans connoifiance de cause, pour attirer sur vous1 ’indignation des gens dc bien, le mépris des méchans ,le dépit êc le chagrin de vous-mêmes, qui seront les impitoïa-bles bourreaux de votre conscience, quand tout le reste du mon-de vous laiílèroit en repos ? Non pas, Sire , que j’approuve sim-plement non plus l’opiniatreté que l’inconstancc, mais je dcíirequ’en ces matières lérieufcs on y altère sérieusement la forme,voire qu’on entre plutôt en doute, s’il est possible, qu’en dis-pute , &c en dispute plutôt qu’en résolution , ou bien il faut at-tendre quelque miraculeuse vocation, telle que fut celle de SaintPaul : que vous soïez aveuglé plutôt que voir clair dans vos té-nèbres, &: bref qu’ilyait je 11e fais quoi d’extraordinaire mou-vement en ces changemens extraordinaires qu’on requiert devous. On ne faute jamais d’extrêmité en extrémité , que parquelque moïen entredeux, surtout quand il y va dc notre salut,du fait de l’Eternité , de la querelle daCiel, qui ne reçoiventvolontiers loi de la corruption , de l’incertitude & de la terre dece misérable monde. Les meilleures aétions se gâtent volontierspar trop de promptitude, & la mûreté les conserve. Ce qui sefait lentement, est bien de plus longue durée. Et voilà com-ment, Sire , il y va merveilleusement de votre honneur. Repré-sentez-vous que vous êtes aujourd’hui le seul Prince de la Chré-tienté , fur qui tous les autres Princes ont les yeux fichés , pourtirer de ce labyrinthe d’aclions, où vous avez été enveloppé, unlabyrinte d’exemples dc vos vertus, mais surtout de cette indomp-table résolution , qui n’a servi que d’un rocher où tous les flots Ôí
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Avertisstj*.au Roi.