___ 6lr MEMOIRES
1593. toit la reprise de Corbcil, & force Marrans, jouant à I ébahi
Satyre les pieds contrcmont. D’autre part, le Conquércur en conseil,MÉNirrÉE. pour aviser aux moïens de s’en retourner un peu plus vîte qu’iln’étoit venu, à cause du fâcheux chemin. II faisoit trois pas enavant, puis en arriéré , comme s’il eût marché fur la glace , fâ-ché de s’en retourner aïant fi peu fait, & craignant quelquebâtonnade , s’il tardoit plus longuement. Je ne fais pas cc qu’ilsdifoient en ce tableau; bien ai-je ouï conter maintesfois, queplusieurs de ses Conseillers furent de cette opinion , qu’il délo-geât auffi promptement qu’il étoit venu pésantement. Alléguant,pour le consoler de la colique qui le serroit, que ce seroit uneimitation de son prédécesseur Alexandre, lequel jadis contraintpar Ariobarzanes, s’en alla cacher dans les rochers deSuse,ainsi que témoignoit Diodore en sa vie, livre sixième. Et d’a-bondant , s’efforçoient de lui prouver que pour cela il ne déro-geroit aucunement au titre de vaillant, attendu que c’étoitligne infaillible de bon cœur , que d’éviter les coups. Et de ceen avoient, difoient-ils, témoignage dans Pline , chapitrevingt-huiticme, livre septième, où il est écrit, qu’en la célé-bré bataille de Cannes , gagnèrent au pied ; Le que Plutarquc,en la vie d’Alexandre , récitoit aulîì , que Darius fuioit fansmélancolie , monté fur fa jument borgne. Bref, vouloicntmaintenir les nobles fuïards , que les plus braves Capitaines,depuis plusieurs centaines d’années , avoient fui fans aucun in-térêt , Le qu’à leur exemple , il devoir prendre le galop. A quoienfin consentit, par le conseil des Médecins , foutenans queretraite soudaine lui étoit salubre, à cause de son habitudebeaucoup sujette aux frisions Le aux palpitations de cœur,qui venans à augmenter par accidens inopinés, pourroientproduire des spasmes, syncopes Se quelques irrémédiables con-vulsions.
Au huitième tableau, il étoit représenté doublant le pas,pâle, serrant les jambes, la face tournée droit au Nord-Ouest,fans regarder derriere lui ; laisiant par tous les endroits de Pi-cardie où il pasioit, du bagage Le des chevaux avec leursmaîtres. Vous pouvez penser que les brides y demeuroient aussi,non pas à la façon que les laisioit le grand Alexandre aux In-des ; à savoir , plus grandes que ne porte la coutume, Le faitesexprès , pour laiflèr aux Indiens plus grandes opinions de lui ;mais celui-ci les laisioit à faute de loisir d'attendre que ces pau-vres chevaux barrasses se fussent un peu repris ; car il avoir hâte