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Lettre dePorto-Car-
RERO.
5 o 4 MEMOIRES
rie que j’aic jamais vue , depuis que je fuis Soldat. II eft estmort cinq cens de la parc de l’Ennemi, Sc entre iceux des Mcf-tre de Camp Sc des personnes de plus grande qualité, beau-coup de Nobleílè Sc grand nombre de blessés : le canon jouade notre part de telle forte qu’il endommagea grandement lesEnnemis, avec peu de perte de notre coté. Toutesfois je laressens beaucoup, pour être forcé de hasarder tant de bonsSoldats : Sc c’est grand dommage que nous perdions un Sol-dat, n’aïant pas (lésait toute cette Armée. L’Ennemi a fi grandpeur, qu’auíli tôt que nous baissons le pont de la Ville, pourquelque chose que ce soit, il quitte incontinent les tranchées ,ou fe met en grande garde. Avec tout cela, il s’approche ciltelle diligence, qu’avecdes pierres nous pouvons nous faire malles uns aux autres.. Et fans doute quand cette Lettre arriveraen vos mains l’ennemi fera logé fur le folié. Et encore que nousne perdions pas courage , cela nous donnera bien de la peine;Cár nous avons affaire à toute la France , aux yeux & à la vuede son Prince : Sc fi nous ne craignons un mauvais succès ,ce feroit plutôt témérité que valeur. Considérez qu’en ce faitil s’agit de la fureté de tout ce Roïaume, de la Couronne ScSceptre d’un Roi , Sc qui plus est , de l’autorité de notre Maî-tre Sc de Votre Altesse ; Sc après tout cela que ce fera pas peude perdre cette Infanterie, & Cavalerie qui est ici. C’est ce quidoit donnera Votre Alceíïe mille gloires , même à cette heureque nous avons espérance fur la venue de Votre Airelle ; Scque nous sommes persuadés que vous avez écrit, qu’encore queBruxelles Sc Anvers fe perdent, Sc tout ce que Sa Majesté tienten Flandres si faut-il néanmoins secourir cette Place, commeje l’ai fait entendre. Hâtez vous donc , Sc ne donnez occasionde perdre courage , maintenant que nous commencerons à dé-couvrir qu’il y a des volontés lâches, lesquelles s’aílureront ,s’ils ont avis de votre venue. Quant à moi , je ne perdrai ja-mais courage, Sc fuis fur que le monde ne m’ôtera jamais tantd’honneur, comme Votre Alteílè m’en a donné. Je mourrai aveccela , Sc me fera un aílèz honorable tombeau ; ce qui arriverafans faute , puisque mes Ennemis font état de ne m’avoir jamaisqu’càforcede canon. Je ne trouve point moïen de bailler des ailesà Votre Altesle : Dieu veuille que ces tiedes conseils ne nousapportent de grands malheurs. La peste est forte, les mortsne ressuscitent point , les bielles en occupent d’autrcs qui
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