DE 1 A L I G U E. 517
Ainsi fut rendue à Sa Majesté la Ville d’Amiens le susdit jourvingt-cinq de Septembre mille cinq cens quatre-vingt-dix-sept.Reddition heureuse pour la France, Lc à jamais recommanda-ble , qui a renversé les desseins de notre Ennemi, qui se pro-mettoit de grandes conquêtes ; qui lui a rendu vains tes projets,&c fait connoître combien peuvent les armes des François. Red-dition , avancement de notre repos , assòupiíïèment de trou-bles , dissipation des complots 8 c mauvais deíïeins des Enne-mis de la France; qui a aíïuré le païs , affermi les volontésébranlées , 8c tiré avec foi une infinité de biens 8c de commodi-tés pour la France, Reddition en laquelle il y a plusieurs chosesà remarquer , & entr’autres une grande prudence 8c singulierssagesse de Sa Majesté , quia bien su choisir 8c prendre f occa-sion de faire un coup d’Etat, 8 c de hâter la reddition d’une Pla-ce si importante , forte d’assiete ôc de remparts , fournie de bonnombre de Soldats, 8c abondante encore en vivres 8 c muni-tions de guerre : avec lesquels m oie n s elle eut pu tenir encorequelque temps , 8c cependant PEnnemi, fort de gens 8c de ca-non , 8c abondant en munitions de guerre , eut pu forcer quel-que Place fur la frontière , 8c l’enlever plutôt qu'elle n’cut pu.être secourue. Joint que pour forcer ladite Ville , il eut fallu rui-ner beaucoup de fortifications , lesquelles font, par le moïende cette reddition , demeurées en leur entier , pour servir kl’avenir à fa défense. II est aussi à considérer ce qui fut ensuivid’un pillage , 8c à quoi eustènt été réduits les pauvres ïíabitanspar un second sac. La perte aussi que l’on eut pu faire de beau-coup de braves 8 c signalés Soldats 8c vaillans Capitaines , la-quelle Sa Majesté a voulu éviter , imitant en cela ce grand Sci-pion l’Africain , qui aimoit mieux sauver un Citoïen , que deperdre dix Ennemis. Sagesse donc grande de Sa Majesté , qui apourvu à tant d’inconvénients , & trés heureuse réduction, qui.a empêché tant de pertes. '
La prise de la Vi le faite par PEnnemi fut étrange , la réduc-tion en est admirable , réduction faite à la barbe de PEnnemi ,& à la vue de son armée. La désolation y fut grande , la restitu-tion a apporté de la consolation 8 c d u contentement. Sa priseébranla le pais, sa réduction Paílure. Vrai est, que la perte qu’yont faite les Habitans a été grande , les pilleries 8c saccagemensexcessifs, qui se font étendus, voire j ufqu’aux choses sacrées,les outrages 8c cruautés indicibles. Je tais les forcemens 8c vio-lemens auxquels s’est portée Pinsolence du Soldat Espagnol, je
1 197 .
Redditioni'Amiens.