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Tome I.
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3 L HISTOIRE DE PO L Y B R,d’une conduite toute opposée. Fabius au contraire donne toutes cesvertus aux Romains Sc les refuse toutes aux Carthaginois. Dans touteautre circonstance une pareille disposition n’auroit peut-être rien qued’estimable. II est d’un honnête homme d’aimer ses amis Sc fa patrie,de haïr ceux que ses amis haïstènt, Sc d’aimer ceux qu’ils aiment. Maisce caractère est incompatible avec le métier d’Historien. On est alorsobligé de louer ses ennemis , lorsque leurs actions font vraiment loua-bles ; Sc de blâmer fans ménagement ses plus grands amis , lorsqueleurs fautes le méritent. La vérité est à l’Histoire ce que les yeux fontaux animaux.

Si l’on arrache à ceux-ci les yeux , sis deviennent inutiles, & si del’Histoire on ôte la vérité , elle n’est plus bonne à rien. Soit amis,soit ennemis , on ne doit à l’égard des uns Sc des autres consulter quela justice. Tel même a été blâmé pour une chose , qu’il faut louerpour une autre ; n’étant pas possible qu’une même personne vise tou-jours droit au but, ni vraisemblable qu’elle s’en écarte toujours. Enun mot il faut qu’un Historien , fans aucun égard pour les auteurs desactions, ne forme son jugement que fur les actions mêmes.

Quelques exemples feront mieux sentir la solidité de ces maximes.Philinus , entrant en matière au commencement de son second Livre,dit que les Carthaginois & les Syracusains mirent le siège devant Mes-sine , qu’à peine les Romains furent arrivez par mer dans cette villequ’ils firent une sortie sur les Syracusains ; qu’en aiant été repoussezavec perte ils rentrèrent dans Messine , que revenus ensuite sur lesCarthaginois , ils perdirent beaucoup de monde ou tué ou fait prison-nier. II dit de Hiéron, qu’après la bataille la tête lui tourna tellement,que non seulement il mit le feu à son camp Sc s’enfuit de nuit à Syra-cuse, mais encore qu’il abandonna toutes les forteresses qui étoient dansla campagne de Messine. II n’épargne pas davantage les Carthaginois : àl’entendre , ils quittèrent leur retranchement aussitôt après le combat,ils se dispersèrent dans les villes voisines, aucun n’osa se montrer audehors. Les Chefs voiant les troupes saisies de fraïeur, craignirent de«'exposer à une bataille décisive. Selon lui encore les Romains pour-suivant les Carthaginois ne se contentèrent pas de désoler la campagne,ils entreprirent encore d’assiéger Syracuse. Tout cela est à mon sensfort mal assorti Sc ne mérite pas même d’être éxaminé. Ceux qui seloncet Historien assiégeoient Messine, & remportoient des victoires , sontceux-là même qui prennent la fuite , qui se réfugient dans les villes,qui sont assiégez , qui tremblent depeur ; & au contraire ceux qu’ilnous dépeignoit comme vaincus Sc assiégez, st nous les fait voir ensuitepoursuivant les ennemis , se rendant maîtres de tout le païs Sc assié-geant Syracuse. Quel moyen d’accorder ensemble ces contrariétez ? 11faut de nécessité ou que ce qu’il avance d’abord , ou que ce qu’st ditclés événemens qui ont suivi, soit faux. Or ces événemens sont vrais.

II