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Tome I.
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L I V R E I. CHAP. V. 85

leur droite , Sc doublant le cap Pachynus , ils cinglent vers Ecnome,parce que l’armée de terre étoit aux environs. Pour les Carthaginois,ils allèrent prendre terre à Lilybée avec trois cens cinquante vaisseauxpontez. De Lilybée ils furent à Heraclée de Minos. Le but des pre-miers étoit de passer en Afrique, d’en faire le théâtre de la guerre , &de réduire par là les Carthaginois à défendre, non la Sicile , maisleur propre patrie. Les Carthaginois au contraire, sachant qu’il étoitaisé d’entrer dans l’Afrique , & de la subjuguer , ne craignoient rientant que cette diversion , & vouloient l’empêcher par une bataille.

Comme ces vûes opposées annonçoient un combat prochain , le§Romains se tinrent prêts , &: à accepter le combat, fi on le leur pré-sentoir , & à faire irruption dans le pais ennemi, fi l’on n’y mettoitpas obstacle. 11s choisissent dans leurs troupes de terre ce qu’il y avoitde meilleur, & divisent toute leur armée en quatre parties , dont cha-cune avoit deux noms : la première s’appelloit la première légion, & lapremière flotte , & ainsi des autres. II n’y avoit que la quatrième quin’en eut pas. On l’appelloit les Triaires , comme on a coutume deles appelîer dans les armées de terre. Toute cette armée navale étoitcompoíee de cent quarante mille hommes , chaque vaistèau portanttrois cens rameurs & six vingt soldats. Les Carthaginois , de leurcôté , mirent aussi tous leurs foins à se disposer à un combat na-val. Si l’on considère le nombre de vaisseaux qu’ils avoient , il falloitqu’ils fussent plus de cent cinquante mille hommes. Qui peut, je nedis pas voir , mais entendre seulement parler d’un si grand nombred’hommes & de vaisseaux , fans être frappé , & de l’importance

de l’astaire qui se va décider , 8c de la puiíîance de ces deux Ré-publiques ?

Les Romains faisant réfléxion qu’ils dévoient voguer obliquement, oà-6c que la force des ennemis consistoit dans la légèreté de leurs vais- des Roseaux, songèrent à prendre une ordonnance qui fût sûre , & qu’on eût mams “-

peine

y a de bien surprenant, c’est le peu de tems qu ilsemploiérent à un si grand armement. L’Auteurdit qu’ìls pouvoient mettre alors de plus grandesarmees sor mer que quand ils íë trouvèrent dansle plus haut point de leur grandeur 8c de leuropulence. J’aurois souhaité qu il nous en eût don-né les raisons, u so s remet à un autre endroit,il faut que cela soit perdu.

Plusieurs siécles après , & vers la décadence deleurs affaires , on voit sous l’empire d’Ho no r lus-w* Heraclien , Comte d’Afrique , qui se mit enîête de détrôner son Empereur > ut> rebelle , en°n mot , qui part de ce païs-là avec une flottede sopt eens voiles , ou plutôt , dit Tillenront,^ trois mille lëpt cens vaisseaux de toute elpece.°rose la mec un peu au rabais , car il ne l’a fait«tenter qu’à trois mi.lle deux cens navires, c’est;

toujours plus que Xerxès n’en. avoit , puilqu’He-rodote la borne à 1107. de combat. Supposonsque ceux d’Hcraclien fussent plus petits , & quece nombre de vaisseaux soit confondu avec ceuxde transport , il y auroit au moins une moitié decombat. Cela n’est-il pas surprenant ? II y eutune bataille à Otticoli, dans l'Ombriedit Òroíè,où cinquante mille hommes demeurèrent sor laplace, sûrement on ne tua pas tout , 8c la pertefut si grande qu’Heraclien fut réduit à un seulvaisseau sor lequel il porta la nouvelle en Afrique..Charles VI. Roi de France , en 1386. voulantporter la guerre en Angleterre , dressa une flottede douze ou de treize cens voiles ; mais la jalou-sie du Duc de Berri, oncle du Roi , renversa unesi grande entreprise avec toute la malice 8c la lâ-cheté dout cette passion eft capable

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