LIVRE I. C H A P. v. 8 7 ,
les vaisseaux ennemis, la présence des Généraux qui combattoient à leurtête, Sc fous les yeux desquels ils brûloient de se signaler , ne leur in-spiraient pas moins de confiance qu’en avoient les Carthaginois. Telétoit le choc de ce côté-là.
En même tems Hannon , qui au commencement de la bataille com-mandoit l’aîle droite à quelque distance du reste de l’armée , vienttomber íur les vaisseaux des Triaires , Sc y jette le trouble Sc la confu-sion. Les Carthaginois qui étoient proche de la terre , quittent aussileur poste , se rangent de front opposant leurs proues , Sc fondent furles vaisseaux qui remorquoient, ceux-ci lâchent aussi-tôt les cordes, &en viennent aux mains : de forte que toute cette bataille étoit divisée entrois parties, qui faifoient autant de combats fort éloignez l’un de Pau-*tre. Mais parce que selon le premier arrangement les parties étoientlégales forces , l’avantage fut auísi égal , comme il arrive d’ordinaireloríqu’entre deux partis les forces de Pun ne cèdent en rien aux forcesde Pautre. Enfin le corps que commandoit Amilcar ne pouvant plusrésister, fut mis en fuite , Sc Manlius attacha à ses vaisseaux ceux qu’ilavoit pris. Régulus vient au secours des Triaires Sc des vaisseaux decharge, menant avec lui les bâtimens de la seconde flotte qui n’avoientrien souffert. Pendant qu’il est aux. mains avec la flotte de Hannon,les Triaires qui se rendoient déja reprennent courage , Sc retournent àla charge avec vigueur. Les Carthaginois attaquez devant Sc derrière,embaraísez Sc envelopez par le nouveau secours , plièrent Sc prirent lafuite.
Sur ces entrefaites Manlius revient, Sc apperçoit la troisième flotteaculée contre le rivage par les Carthaginois de l’aîle gauche. Les vais-seaux de charge Sc les Triaires étant en íiireté , ils se joignent RegulusSc lui , pour courir la tirer du danger où elle étoit, car elle ÍoutenoitUne espèce de siège, Sc elle auroit peu résisté , si les Carthaginois parla crainte d’être accrochez, Sc de mettre l’épée à la main, ne se fuísentcontentez de la resserrer contre la terre. Les Consuls arrivent, entou-rent les Carthaginois, & leur enlèvent cinquante vaisseaux Sc leur équi-page. Quelques-uns aiant viré vers la terre, trouvèrent leur salut dans|a fuite. Ainsi finit ce combat en particulier. Mais l’avantage de touteja bataille fut entièrement du côté des Romains. Pour vingt-quatre deleurs vaisseaux qui périrent, il en périt plus de trente du côté des Car-thaginois. Nul vaisseau équipé des Romains ne tomba en la puiflànceUc leurs ennemis, & ceux-ci en perdirent soixante-quatre.
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