LIVRE I. CHAP. VII. IJ r
de la mierre Celui-ci informé en détail de la défaite des Carthagi-nois & considérant les-préparatifs qui leur restoient, le nombre de
traduit cet endroit de Polybe , m’avoit mis demauvaise humeur : sens sevoir le Grec, je ne pou-vois me mettre dans la tête qu’un Historien aussijudicieux que Polybe, eût encensé si mesquine-ment un homme aussi extraordinaire que Xantip-pe. Je dis extraordinaire, car le grand 8c le beaune consistent pas dans ce que l’on est ou dans lerang que l’on occupe, qui n’est le plus souventque l’ouvrage de la fortune, mais dans les actions.Or est-ce faire des actions de Xantippe l’élogepelles méritent, que de dire avec Caseubon quete Lacédémonien , Rei mìlitaris ustim mediacremhabebat , ou avec du Ryer , qu'il ne manquaitt*s d'expérience dant le métier de la guerre ? Il nefout pas être un génie médiocre dans la sciencemilitaire; mais un homme de la première voléePour changer l’ordre 8c toute la façon de faire laguerre. Exercer, discipliner 8c aguerrir des trou-pes , composées presque toutes de nouveaux] sol-dats , relever les courages abattus 8c pleins du sou-venir incommode des disgrâces passées, 8c les me-ner fièrement contre un ennemi supérieur, re-doutable, brave, aguerri 8c victorieux ; encore u-ne fois, il me semble qu’il faut pour cela êtrestuelque chose de plus qu’w» homme qui ne man-V*e pas d’expérience dans le métier de la guerre.O’est tout ce que l’on auroit à dire de lui., s’ildevoit la, gloire d’une action si mémorable au ha-Xar d ou à la fortune. Mais Xantippe la doit uni-quement à lui-même, à se capacité , 8c à la gran-deur de son courage. 11 forme son projet detampagne sor la nature de ses forces, sor cellesde l’ennemi, 8c sor le pais où il vouloir porter seguerre. Un Général qui se conduit par des voiesli profondes , est-il un homme médiocre dans&n art? 11 prévit ce qui devoit arriver par ce<ju’il avoir prémédité de faire , Sc répondit duseccès par la grandeur de ses connoiflànces 8c l’i-gnorance des autres , qui ne connurent jamaisleurs forces, 8c les moiens de les faire agir pourse victoire. Xantippe observa une conduite tou-te différente, 8c se mit en état de ne rien crain-dre d un ennemi, dont l’ardeur le porteroit àquelque imprudence , 8c l’engageroit infaillible-ment dans les plaines.
Un Général qui forme un tel système de cam-pagne , ne peut être qu’un grand Capitaine , àmoins qu on ne veuille juger des hommes com-me on tait ordinairement dans les Cours > parœs dehois 8c a l’apparence , qui est presque laseule lettre de recommandation pour taira for-tune , 8c dont Xantippe n’étoit pas pourvû. Cara u jugement d’un Ancien, & même de Polybe',semble 1 insinuer, le Grec ctoit de petite it3.seturc 8c de petite apparence dans la mine com-me dans le reste ; ce qui augmentait l'admirationavait pour fan carnage , A qui cachait en
lui me vertu tres-grande. C’étoit un autre Age-filas.
En vérité mon Auteur n’auroit pas été équita-ble , si sor une si pauvre raison il eût loué si mai-grement un homme qui fait tant d’honneur à sonpais. D’ailleurs il avoit trop d’efprit £t trop debon sens pour « imaginer, que les grandes pen-sées 8c les entreprises les plus difficiles de la guer-re ne peuvent entrer dans i’eíprit d’un simule Of-ficier , 8c d’un soldat de petite apparence commesi on n’avançoit en capacité qu’à mesore qu’ons’éléve aux grands honneurs de la guerre , Sc qu’oupaie de mine. Qui pourroit s’imaginer qu’on fûtdans cette opinion dans toutes les Cours du mon-de? On a vû des hommes très-lourds, très-sots,8c sens esprit, 8c qu’on n’auroit daigné consultersens se faire moquer, parvenir tout d’un coup,sens sevoir pourquoi, parce qu’ils étoient grands,bien faits & de riche mine : comme si la gran-deur 8c l’étendue de l’efprit se régloit par celle ducorps, que l’eíprit fût corps lui-même, 8c quel’on jugeât du plus ou du moins, comme on té-roit d’un coffre fort rempli de pistoles, qu’on ad-mireroit plus ou moins selon se grandeur ou sepetitesse. Rarement juge-t-on autrement deshommes dans les Cours des Princes, on y est toutaussi jpeuple à bien des égards quepar-tout ailleurs.Agelilas n’eut pas plutôt débarqué en Egypte ,qu’on vit une foule de peuple accourir fur le riva-ge pour voir 8c admirer ce Héros ; mais quel futleur étonnement, lorsou’ils virent un petit hom-me, sens apparence, & par sorcroit boiteux? 11n’est pas possible, disoient-ils, que dans un si pe-tit corps, 8c si mal bâti, il puisse loger tant d’ef-prit, tant de bon sens 8c tant de courage; aprèscela ils n’eurent qu’un pas à foire pour s’en mo-quer, ils n’y manquèrent pas. Tachos leur Roi,qui l’avoit appcllé pour commander ses arméescontre Nectanebos, pense comme Ion peuple, 8cn’en sit que rire. Agelilas lui apprit qu’on ne ju-geoit pas des hommes tel que lui par la mine 8cpar la taille, 8c qu’on ne le mépriíòít pas impu-nément. II se tourna contre lui, 8c s’érant jointà Nectanebos, qui le mit à la tête de ses trou-pes, ib détrôna le railleur , 8c mit l’autre en seplace.
Si cet exemple pouvoit servir de leçon aux gensqui sont à la tête des affaires, nous n’aurions pasperdu notre tems, 8c cela leur apprendroit à ncpoint j uger des hommes sor i’air 8- la mine , ousor ce qu’ils sont plutôt que sor ce qu us diíent.II faut aller un peu bride en main dans ces sortesde choses, 8c ne pas imiter Tachos; car ceux quimanquent de ces vains dehors, & au’on ne dai-gne pas écouter, parce qu’ils ne font rien , secroient méprisez. > cela suffit pour porter de cer-tains couiages, qui sentent bailleurs ce qu’ils va-lent ,