LjVrE I. C H A P. VII. r
conseï vaut mieux qu’une puissante armée. Un seul homme, un seul a-vis met en déroute une armée courageuse, une armee qui paroât -n-
des yeux d’âutrui, êc les yeux d’autrui sont sou-vent des conseils que le Général débrouille Sc dé-velope.
La plúpart des grandes entreprises 8c des grandsdesseins dépendent de la connoiísence du pais où1 on fait la guerre, ou de la position des forteref.ses. Le conseil de Xantippe au Sénat de Cartha-ge , tire L source de cette connoissance , 8c destantes des Généraux. II conseille de changer toutj ordre de la guerre, par le jugement qu’il fait de® nature des forces de la République ; il trouveencore du défaut dans la tactique Carthaginoise,& le fait fort bien remarquer tout comme le res-te. 11 fait voir par la raison 8c par l’expériencestu’il faut la changer ; tous sentent la force de laVérité, ils l’embralsent, ils prennent plaisir à larecevoir, ils lui rendent la soumission qui lui estdue, loríquson étranger, un petit Officier subal-terne la leur découvre. Cela est admirable : caril faut moins d’élevation d’esprit pour produire laraison, que pour la reconnoîtte dans las autres.
Quoique les Généraux du premier ordre n’as-semblent pas leur Conseil pour le consulter dansleurs desseins, cela ne veut pas dire qu’ils tirenttout de leur tête. II faut bien se garder delecroi-te- Ils ne dédaignent pas les avis 8c les conseilsde mille Officiers de leur armée, qui vont ou qu’ilsenvoient à la guerre, qui leur rendent bon comp-te de ce qu’ils ont vû, ou de ce qu’ils ont apprisdes gens du païs : 8c ceux-ci, comme les espions,ne leur sont pas d’un petit soulagement ; ils se rè-glent là-deflus, souvent on leur propose de bonsCoups à faire, 8c l’éxécution leur est laissée en pro-Pre : de là naissent les marches promptes Sc accé-lérées, pour un poste important, les surprises d’ar-tnées, ou les actions générales. La gloire du fuc-est toute rapportée au Chef, qui est l’ame 8cte premier mobile de sen armée, quoique le plussouvent il ne soit ni Fauteur, ni l’inventeurdebiende grandes entreprises. Le plus difficile n’est pasde les imaginer 8c de les proposer ensuite, mais detrouver'ses moiens de les éxecuter 8c de les faireRéussir. Voilà le fait du Général, le grand 8c lebeau; quoiqu’il n’y ait pas moins de l’un 8c de1 autre dans Fauteur du dessein , on ne rapportetien à celui-ci, on le laisse là,8c presque toujoursc teeompense, pendant que le Général triom-phe 8c s applaudit de se victoire.
En tout il faut de l’aide 8c du conseil. L’auteuru projet de Denain rendit sens doute un grandervice. Cette fameuse entreprise auroit-elle étéVecutee , auroit-elle même réulli en d’autres mains<fUe celles du Maréchal de Villars? Je ne sei’.il latendit assurée 8c très-praticable par les conseils dufearechai de Montesquieu, 8c par se conduite: il' “ telloit beaucoup contre un Antagoniste de laenipe de M. se Prince Eugène. Le Maréchal al-
la même au-delà de tout ce qu’on lui avoir pro-pose pour la feíre réussir. Un autre moins habileque lui, en eût-il connu l’important 8c le pratica-ble? En eût-il fait 1 e moindre cas, ni écouté unhomme de Robe qui la proposent? Ne le croionspas: il est fâcheux à un Officier, qui pense justedans ce qui regarde se profession, de s’adreiser àdes génies, qui ne sont ni de se portée à l’égarddu grand dans le militaire , ni de son courage.Chacun conpoit les affaires selon sa capacité, dit Saint-Evremont, les plus grandes semblent aisées & fa-ciles aux hommes de grand entendement & de grandcœur ; A ceux qui n’ont pas ces qualitex ., trouventd'ordinaire tout difficile. Tels esprits font incapablesde connoît're le pouls de ce qui leur est proposé , &font quelquefois plus de compte de ce qui en effet estde grande importance , & quelquefois atffi beaucoupde cas de ce qui ne mérite pas d’être considéré.
De deux conseils, l’un mauvais 8c souvent ri-dicule, 8c l’autre bon, d’abord la Cour, 8c les Gé-néraux eux-mêmes, considèrent de quelle sorte degens font ceux qui le donnent. Si le conseil seporte au Tribunal d’un Ministre , qui ne sera pasau fait de la guerre, qu’il n’a jamais faite , il pren-dra sombre pour le corps. II ne pèsera pas lesraisons des deux propofans, sen ignorance dans lemétier le dispense de se servir de ces sortes de ba-lances. II fera cas d’abord de celui qui proposeune absurdité, sens pourtant la connoître, s’ií estpins élevé 8c plus puiílànt en crédit que l’autre,qui ne sera peut-être qu’un subalterne. Le pre-mier aura raison, quoiqu’il ne fâche ce qu’il.dit:8c l’autre ne seura ce qu’il dira, quoiqu’ií ait rai-son. Cela s’est vû mille fois, 8c íe verra éternel-lement. Si Xantippe avoir parlé aux GénérauxCarthaginois, 8c proposé tout ce qu’il dit dans kSénat de Carthage, il ne gagnoit rien : peut-êtres’en fussent-ils moqué, parce qu’il eût parlé rai-son à des gens qui en étoient tout-à-fait dépour-vûs. En s’adreflânt au Sénat, il ne fe pouvoit,qu'entre un si grand nombre de Sénateurs, il ne s’entrouvât de très-raifonnables, 8c en effet il s’en trou-va. Us écoutèrent les raisons de cet habile Offi-cier, sens aucun égard à ce qu’il étoit, mais seu-lement à ce qu’il disoit de bon 8c de solide ; ce quifit que tous se réunirent à son avis, 8c l’evene-ment leur fit voir qu'un seul homme , comme ditmon Auteur, un seul bon avis met ■ em déroute u-&e armée qui paroiffoit invincible , rétablit une He-publique dont la chiite fembloit certaine , & rélévtle courage à des troupes qui avaient perdu jusqu'ausentiment de leurs défaites. J’ai oui dire au feuMaréchal de Chamilli , qui le savoir d’un vieuxOfficier Allemand, que dans la guerre de Hollan-de , en 1672. un Lieutenant Colonel François,qui étoit au service de la République, passe pourtrès-foipect, pour avoir avancé qq’il valloit mieux
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