LIVRE I. CHAP. VII. r 47
autre raison de la retraite de Xantippe. Nous aurons ailleurs une occa-sion plus propre de dire ce que nous en pensons.
Les affaires d’Afrique aiant pris un autre tour que les Romains n’a-voient espéré, on pensa tout de bon à Rome à remetrre la flotte surpied, & à tirer de danger le peu de troupes qui s’étoient échapées dunaufrage. Les Carthaginois, au contraire, pour se soumettre ces trou-pes
fàire palier celui-ci , que l'autre. Combien s’entrouve-t-il peu du caractère de ceux dont parle laMotte le Vayer. qui mesurent les -vertus au pied del’envie, comme ceux qui prennent les dimensons descorps par leur ombre. J’ai iû quelque paît dansVoiture, que c’étoit íùr cepied-là que le premierMinistre du Roi d’Efpagne en usoit, Sc qu'il luiLvoit dit qu’il ne jugeoit jamais plus avantageuse-ment d un sujet, que par le mal qu’on lui en di-soit avec peu de certitude, 8e qu’à mesure que lenombre des calomniateurs grossissoit, pour le per-dre , il avoit plus d’estime pour lui, Sc plus de cu-riosité pour le bien connoître; qu’il n’y avoit riende plus íïïr pour déterrer la vertu > 8c la distinguerde la foule , 8c que c’étoit là là baguette devi-natoire, 8c íà lanterne pour trouver le mérite ca-ché.
Combien de fourbes 8c d’envieux les Princes ouleurs Ministres ne découvriroient-ils pas par lepoien de cette lanterne ? Celle de Diogéne ne va-lut jamais rien; il ne trouva jamais un homme debien, au lieu que l’autre en rencontroit toujours*vec la sienne, 8c l’envie qui le cache, quilecou-Vr Ç, 8c qui l’obícurcit de iès vapeurs les plusnoires, lui servait elle-même de guide iàns lesavoir.
Ce fige Ministre ne se servoit jamais mieux deû lanterne, que lorsque les ténèbres étoient bienépaisses, 8c la cabale grosse 8c bien ameutée con-tre ceux qu’elle vouloit perdre. Ces fortes decomplots, que l’envie forme, font fort ordinairesdans les Cours 8c chez les Grands du monde. C'estde toutes les batteries des envieux la plus redou-■ table, 8c contre laquelle la prudence la plus rafi-née n’a point de précaution à prendre , tant l’en-v 'e est ingénieuse contre la vertu qui nous pèse 8cnous incommode.
Le même Auteur , que nous avons déja cité,avance une chose qui a tout l’air d’un sophisme :lant s'en faut , dit-il, que Venvie soit un vice :qu’au contraire elle efi tres-familiére de la vertu. Jene vois rien de plus faux que cela, l’envie est untres-grand vice, 8c très-oppoië à la vertu, à moinsqn il ne veuille dire que les envieux font à la fui-te de cette vertu, comme les Archers à celle d’uninnocent qu’on va pendre fur leur témoignage. A°ÇOx pas de là l’Auteur ne laisiè pas de lé contre-, car il nous dépeint cette envie comme une*s e gére qui nous fait voir l e champ d’autrui tou-J°ur s pl Us f ert il e , & qui feroìt capable , dit un Pé-r *> de rendre le Paradis £ user k cause de la
gloire commune , ft on y pouvoit entrer avec cettefurieuse passion. Voilà son envie, tres-familieredela vertu > une passion 8c un vice très-furieux plu-tôt qu’une vertu. Ne voit-on pas tous les joursune infinité de gens de mérite, dont on ne làu-roit craindre ni redouter la concurrence , 8c quiluttent au contraire fans cesse contre la mauvaisefortune: ne voit-on pas, dis-je, ces gens-là né-gligez 8c persécutez » par pure haine contre les ta-lens 8c les quaiitez dignes d'estime? Mais c’est bienpis loríqu’on lé ligue contre les hommes extraor-dinaires qui ont rendu des services importans àleur patrie , ou qui font capables de leur en ren-dre. Ces fortes de complots font très-redoutableslorsque le parti est puissant, 8c que les femmes s’yfourrent. Les moiens dont on se sert font sou-vent très-ridicules 8c très-groffiers, 8c ne laissentpourtant pas de réussir. Quoi de plus mal ima-giné que ceux qu’on emploia contre le feu Maré-chal de Catinat? On se mit en tête de le faire pas-ser pour fou, c’étoit cependant le plus sage de tousles hommes. N’étoit-ce pas l’atiaquer par le cô-té le moins abordable ? Et cependant cette extra-vagante machine fit le coup contre ce grand hom-me.
La disgrâce du feu Marquis de Feuquiéres eutune cause moins ridicule , quoique iàns fonde-'ment ; il n’alla pas si loin que l’autre dans les hon-neurs de la guerre, mais j’oserois presque assurerqu’il eût égalé, 8c peut-être surpasse le Maréchalen grandes actions, si une cabale u eût conjuré laperte de cet excellent Officier, l’homme du mon-de le plus capable de commander nos armées. Jen en aí guéres vù de plus habile, de plus appliqué,8c d’une valeur plus épurée. L’envie se mit encampagne, armée de toutes les calomnies qu’onpuisse ranger en bataille contre un mérite de cetteforce. 11 succomba, 8c lé retira très-figeaient;s’il eût dépendu de ses envieux, ils l’eu fient faitnoier comme Xantippe. J'ai un exemple qui vienttout à propos, que nous n’enverrons point à uneautre occaíion. 11 roule fur ces fortes de machi-nations , je l’ai trouvé dans la vie de l’EmpereurSévére Aléxandre. L/Auteur dit que divers mé-chans, qui s'étoient liguez, ensemble pour tromperAlexandre , eurent d'abord l'ailrcjfe de surprendrepar leurs intrigues l’esprit du jeune Prince, jusqu’klui faire éloigner les personnes qu’on avoit mis au-près de lui j mais il eut assez de prudence pour recon-noítre aujfi-tot leur malice: il :e S ci assa, les fit mê-me mourir du dernier supplice par le jugement du
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