, 4 tf HISTOIRE DE POLYBE,
Ça) Une action si brillante & si extraordinaire, dansunpaïs étranger, I’eûtmis en butte aux traits mordans de l’envie & de la calomnie : au lieuque dans son pais, où l’on a des parens & des amis pour aider à les re-pouíìer, ils sont beaucoup moins redoutables. On donne encore une
au-
<3e nous révolter, 8c de nous remplir d’indignation& de fureur contre un peuple, ou un Prince fa-natique, sottement superstitieux, qui condamneau dernier supplice, ou qui se défait des hommesextraordinaires qui lui ont rendu les plus grandsservices , Sc qui sont capables de le tirer des plusgrands embarras : car cette eípéce d’inquisition é-tablie dans les Etats, ou qu’on cherche à établir,est la plus forte machine 8c le moien le plus assu-ré pour causer les plus grandes révolutions, 8c lesconduire à leur perte. L’on peut dire, iàns crain-dre de se tromper, que la superstition perdit A-thénes; car dès qu’on vouloir foire périr un grandhomme, on l’accufoit d’impiété ou d’irréligion.Si les gens de guerre, où les hommes d Etat,eus-sent été éxemts de cette recherche á Athènes, el-le eût été très-longtems debout. On ne rempla-ce pas aisément les bons lujets , lorsqu’on n’uiépas d’indulgence à leur égard . au lieu qu’en leurpardonnant on en peut tirer de grands services.Alcibiade ne fut pas plutôt chaste de son paisqu’on s’apperçut bientôt qu’il ne pouvoir être rem-placé de personne : il est aise de nommer d'autresGénéraux à la place des bons ; mais le titre ne faitpas qu’un homme soit plus habile: 8c pour finirpar une maxime de M. de Turenne, dix mille li-vres de rente accordées de plus à un Officier íànsaucun mérite, ne le rendent pas plus brave , pluséclairé, & plus capable de commander-, ces sor-tes de grâces mal appliquées ne déshonorent passeulement le Prince qui les donne, mais elles pro-duisent encore cet estes , qu’elles abattent le cu ur8c le courage de ceux qui en sont véritablementdignes.
(a) Une acîìon (i brillante & fi extraordinaire ,l’eût mis en butte aux traits mordans de Vernie.]Bayle dit que trois choses empêchent l’envie 8c lajalousie ; la grâce de Dieu, le défout d^s qualitezdignes d’envie , 8c un grand fond de stupidité.S’fl faut que la Divinité intervienne dans la pre-mière par un miracle 8c une merveille de fi tou-te-puiffonce, pour arrêter 8c nous garantir destraits mordans de cette passion , c’est recourir àdes remèdes sornaturels que Dieu s’est refusé àlui-même en ce monde , 8c en attendant l’éxé-cution de sa volonté la vertu aura beaucoup àsouffrir.
A l'égard de la seconde, je la tiens fausse, 8cla derniere encore plus: puisque nous volons tousles jours que les sots de la première classe les plusrenommez les stupides les plus avérez parleursdits 8c par leurs faits, vont plus grand train à lafortune 8c aux plus grands honneurs , que leshommes du premier mérite 8c à grands talens.
E faut conclure de là, que la sottise 8c la stupidi-té font dignes d’envie 8c de jalousie , 8c que cesont deux qualitez très-relpectables dans presquetoutes les Cours des Princes. Gela se remarquedans les gens du monde, 8c dans les gens d'E-glíse, qui sont mille fois plus avides 8c plus am-bitieux que les autres dans leur espèce d’ambi-tion. 11 ne fout ni esprit, ni vertu pour cela. Cesont des sentinelles qui se mettent en factionconstamment 8c perpétuellement, tantôt chezl’un, tantôt chez l’autre, jufqu’à ce que la for-tune en prenne pitié, 8c les relève de sentinellepour en mettre d’autres én leur place, à la por-te ou dans l’antichambre, 8c alors ceux-ci sontenviez tout comme les autres qui ont fait le mê-me métier.
Les Cours des Princes ne sont pas toutes rem-plies de ces sortes d’individus, il y en a qui rai-sonnent d’eux-mêmes, qui parlent, qui agissent,8c qui se remuent avec une vivacité 8c une ardeurextraordinaire ; qui bien loin d’être sots 8c fansesprit, comme les autres, sont au contraire très-fins, très-fùbtils &c très-déliez ; on ne voit chezeux que belles qualitez. Mais la fortune , en lesélevant, fait tomber le masque, 8c c’est alors quel’on voit à découvert 8c ànud les défauts 8c les vi-ces qu’ils tenoient auparavant à la chaîne ; ils nese montrent pas cependant d’un seul coup, maispar degrez selon le besoin. Ils mettent encore encampagne plusieurs passions 8c plusieurs vices qu’ilsavoient eu grand soin de couvrir 8c de cacher a-vant leurs grands fouts de fortune, ou qu’ils nocroioient pas dans eux, ou qui naissent par je nefoi quelle fatalité contagieuse attachée à l’air de laCour. Ils les mettent alors en ufoge, 8c les fontcingler à pleines voiles, pour aller plus loin aupréjudice des autres. Si l’on y prend garde,tou-tes ces passions 8c tous ces vices ont leur principedans l’envie, qui les traîne tous à fo fuite, c’estelle qui régie 8c qui dispose toutes les machinespour ruiner 8c pour renverser la fortune deceux dont ils craignent le mérite 8c la concur-rence.
Ce qu’il y a de bien surprenant, c’est que ceuXqui sont au timon des affaires du Gouvernement,8t qui connoissent parfaitement les ruses 8c les sou-plesses de cette passion, sont toujours plus nou-veaux dans les pièges qu’on leur tend contre lesgens de mérite les plus dignes d’être enviez ; 8cceux-la même, qui ses ont tendus aux autres a-vant leur élévation, s’y trouvent pris ; tant ses hom-mes sont peu en garde dans 1e mal qu’on dit d au-trui , 8c tant au contraire ils sont défians dans lebien : car il faut plus de ruses 8c ^'artifices p°ur
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