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Tome I.
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L I V R E I. CHAP. VII.. ï45?

c'est, est ùn mot, une affaire toute de conduite, très-bien embarquée, & digne d’unCapitaine habile & expérimenté.

On fera fans doute un autre jugement de la bataille que le même Consul livra con-tre Xantippe, qui sait le sujet de ces observations. II la perdit, & avec elle tout cequ’il s’écoit acquis de gloire & de réputation dans les précédentes : mais fa vertu restatoujours ferme & inébranlable, parmi cette multitude de malheurs qui suivirent la pertede sa liberté. On ne vit jamais un si grand courage dans un Romain. Jamais Citoienne fit paroître un si grand zélé, ni tant d’amour pour le bien & la gloire de fà patrie,& je doute que Rome ait jamais produit un si honnête homme.

■‘il fût tombé en tout autres mains que celles des Carthaginois, bien loin de mourird’un supplice aussi cruel que celui qu’on lui fit souffrir, s'il faut s’en rapporter à ce queles Historiens nous en disent, on eût respecté ses malheurs par le seul éclat de ses ver-tus; mais que pouvoit-il espérer d’un peuple qui n’en connut jamais aucune, d’unpeu-ple qui étoit en mépris à tous les autres, fourbe, cruel, fans foi, & ingrat au-delà detout ce oison peut dire, d’un peuple en un mot qui ne confervoit fa liberté que par lecourage ót la vertu des autres, & par des forces empruntées, qui faisoit mourir sesGénéraux du dernier supplice, & qui honteux de devoir son salut à un étranger, en-voie noirr ce raerae Xantippe, qui venoit de le lui procurer par sa victoire ? C’est Ar-rien qui nous apprend cette nouvelle. Polybe nous promet de nous l’apprendre, il nenous en dit pourtant pas un mot, non plus que de la fin d’Attilius Régulus; ce quime fait soupçonner qu’il y a quelque lacune dans les endroits où ces deux circonstan-ces auroient dû trouver leur place.

Dans un misérable état nu l’on désespérs de toutes choses, dit Saint-Evremont , on prendconfiance en autrui plus aisément qu'en fii-mème; ainfi les jalousies fatales au mérite desétrangers vinrent céder d la nécessité , gr les Généraux s'abandonnèrent d la capacité dsXantippe. En effet cet Officier leur avoir fait voir leurs bévûes & la cause de leurs dé-faites , en même tems qu’il leur offroir les rrtoiens de les réparer.

Qui ne fera surpris, en lisant ce passage, & plus encore ce que Polybe rapporte dudiscours de cet étranger en plein Sénat. qui 1‘écoute, & qui lui applaudit, de voir desGénéraux ignorans, fans expérience, & par conséquent présomptueux & entêtez de leurmérite, qui l’écoutent & ne lui applaudissent pas moins, & qui (ans envie, fans jalou-sie, & fans honte, s’abandonnent à la capacité de Xantippe, fermant les yeux fur cequ’il est, & ne les ouvrant crue fur ce qu’il fait? Ils fe reconuoissent inférieurs à lui,& par là ils le jugent digne de les commander : cela est certainement admirable - & d’au-tant plus surprenant, que l’Histoire ne nous apprend rien de semblable, ni rien d’ap-prochant.

C’est L’ordínaire des Républiques de recourir avtx hommes vertueux dans leurs-plusgrandes infortunes; mais il est s rès-rare.ou pour mieux dire, il ne s’est jamais vu qu’onaille les prendre dans les emoiois les plu- subalternes de la milice-, que ce choix tombefur un étranger, & que le Sénat, l’armée Sc les Généraux en paroi-Vnr très-conrens Sc^‘'-satisfaits. Encore une fois, je ne voi- rien de plus étonnant. Dans un Etat Monar-chique, cela seroit un prodige. C eux même c , qui seroient les auteurs de tous ìes mauxde la guerre la plus déststreufe, dû ssent.il ■- se sauver eux Sc leur patrie par l’esprit Sc leCourage d un tel homme, se garderobm bien de lui laiiïer prendre une telle volee. Ilscabaleroient, ils iníapneroient, & n’oublieroient rien pour Faccabier & le renverser;■L’Histoire fourmille y éxnmples de cette injustice. En voici un de fraîche date.

Si feu M. de Vendôme qui étoit aussi bon François que grand Capitaine , quoi-stne ses ennemis en disent, eût passé F ôdigé en no:, plutôt que de s’en couvrir con-le.prince Eugène, qui Ì e réduisit à rien, en lui donnant jalousie par tout, cet-

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