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Tome I.
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, 5 o HISTOIRE DE POLYBE,

te campagne le combloit de gloire & sauvoit l’Italie, parce qu’il eût combattu avec se*forces réunies & en masse, & dans un terrain très-avantageux, comme certaine person-ne lui avoit proposé. Cette occasion manquée, l'ennemi traverse encore le canal Blanc ,autre occasion encore plus favorable. Jamais armée ne se trouva mieux postée pour sefaire battre, que celle du Prince Eugène: là défaite étoit inévitable, nulle ressource dansle terrain, nulle retraite à espérer, entre deux rivières impraticables, & de vastes &profonds marais à dos, comme la même personne lui fit remarquer. Il y avoit au con-traire des avantages infinis pour M. de Vendôme, soit dans le terrain, soit dans l’or-donnance de son armée. Pour avoir manqué une si belle occasion, qui ne s’échapa quetrop vite, & qu’il falloit saisir tout aussi-tôt, nous éprouvâmes, peu de tems après, toutce que la mauvaise fortune peut faire sentir de plus funeste : on entend bien que jeveux parler de l'événement de Turin. Fut-il jamais arrivé fans cette faute? C’est avecregret que je la lui attribue ; mais on ne peut excuser la trop grande complaisance, & ladéférence aveugle qu’il avoit aux conseils timides & pernicieux de deux ou trois per-sonnes qu’ilappelloit ses amis: prétendus amis aussi faux, aussi doubles, & aussi mal-habiles qu’il en fût jamais, qui le jouèrent & le trompèrent toujours, qui lui firentperdre par timidité, ou par malice, ou par d’autres motifs à nous inconnus, une infi-nité de bons momens, dont un seul étoit capable de le mettre au dessus de tous les Ca-pitaines de son siécle, & de terminer une guerre si difficile & si obstinée. Qu’on neme dise pas que ces sortes d’entreprises étoient incertaines & trop hasardeuses, rien deplus simple, & de plus aisé, comme il le reconnut lui-même. Cette négligence impar-donnable , & très-pardonnable à tout autre qu’à lui, fut moins un acte de fa volonté,que l’esset d’une timidité de tempérament, qui lui prenoit quelquefois, & qui ne luipermettoit pas de résister contre les détours de rhétorique de ses faux amis, gens quis’opposoient éternellement à toutes ses entreprises, & qui l’empêchoient, Sc de fai-re triompher ses lumières, Sc de s’aider de celles de ses véritables amis, qu’il ne connutjamais.

Combien de/ne pourrois-je pas citer fur les autres comme j’ai fait fur celui-ci, &qui valoit infiniment plus, si cette digression, qu’on me pardonnera peut-être, par lecurieux qu’elle renferme, n’étoit déja que trop étendue? Revenons à notre sujet.

§. II.

Ordre de bataille des Romains & des Carthaginois.

L E Consul Romain, averti que les ennemis étoient en campagne, quitte les mon-tagnes & se répand dans les plaines : car lorsque deux armées marchent dans les mê-mes intentions, elles sont bientôt en présence.

Celle de Carthage étoit de douze mille hommes d’infanterie, de quatre mille che-vaux, & d’environ cent éléphans. Ceux-ci formèrent une ligne (z) fur tout le frontde l’insanterie (z), disposée en phalange parfaite, selon la méthode des Grecs, dont lesCarthaginois & tous les autres peuples n’étoient pas beaucoup éloignez. La cavaleriefer-moit les ailes de cette phalange.

Le corps de l’infanterie étrangère (4), fut placé entre la cavalerie de la droite (;),& celle de la phalange fur la même ligne. Les armez à la légère étoient à la gauche (6)de la cavalerie, partagez par pelotons (7), entre les distances des escadrons, selon la cou-tume des Grecs, que les Romains ne prirent qu’après la bataille de Cannes : c’est unpeu bien tard pour des hommes si éclairez & si alertes à prendre des autres peuples cequ’il y avoit de bon à imiter. Notre Auteur ne dit pas formellement que cette infante-