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Tome I.
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i 5 4 HISTOIRE DE POLYBE,

„ que le tems d’en venir aux mains seroit venu, que la cavalerie des ennemis s’ébranle-„ roit, & que la phalange s’ouvrant donnerait passage aux chariots, de lâcher quatre„ de ces animaux audevant de chaque aile de la cavalerie, & de pousser les huit autres„ contre les conducteurs des chariots. De cette maniéré, dit-il, les chevaux épou-„ vantez prendront la fuite, & rebrousseront fur les Galates mêmes. Cela ne manqua,, pas d’arriver. Les Galates , aussi-bien que leurs chevaux , voioient alors des élé-„ phans pour la première fois : ils en surent si essraiez, que quoique ces animaux fus-„ sent encore loin, if n’eurent pas plutôt entendu leurs cris, vû la blancheur de leurs„ dents, d’autant plus éclatante que tout le reste de leurs corps étoit noir, & apperçú„ leurs trompes élevées comme pour les emporter, qu'ils tournèrent le dos, fans tirer„ un seul trait. Les gens de pied fe percèrent les uns les autres de leurs javelines, &„ surent foulez aux pieds par les chevaux : les chariots retournant fur leurs troupes, les„ couvrirent de blessures, & fe renversèrent les uns sur les autres : les chevaux une fois„ hors du droit chemin par la fraieur que leur donnoient les éléphans, jettoient bas les„ cavaliers, on n’entendoit que le bruit des chariots, qui de leurs faux tailloient en„ pièces tous ceux de leurs gens qu’ils rencontraient fur leur chemin. Dans cette con-„ fusion, tous ceux qui tomboient par terre étoient écrasez par les éléphans, ou enle-„ vez avec leurs trompes, & déchirez à belles dents. Enfin la victoire fut complette.„ Des ennemis, les uns en grand nombre restèrent fur le champ de bataille: les autres„ surent pris prisonniers, hors quelques-uns qui fe sauvèrent fur les montagnes. Auflì-,, tôt les Macédoniens crièrent victoire, & accourant de tous cotez à Antiochus, lui„ mirent une couronne fur la tête. Lucien dit qu’// n'y eut que ce Prince qui répandit„ des larmes. J’en fuis surpris, il eût dû bien plutôt crever de rire, & ce qu’il dit àses soldats en valloit assez la peine: A Tous devrions rougir de honte, leur dit-il, de fai-re les vains A'une vitloïre dont feiz>e bêtes ont tout l'honneur. Sans la nouveauté de cefpeílacle , qui a jette Li fraieur. parmi les Galates , quelle réfflance auriez>-vous pû faire?De forte qu il fit élever pour trophée un éléphant. Ce Prince, à qui Lucien fait répan-dre des larmes fans aucune raison, eût pû lui fournir un sujet de dialogue très-divertis-sant & très-instructif, pour apprendre aux Pompées de son tems, comme à ceux du nô-tre, qui s’attribuent bassement & fans scrupule les actions & la gloire d’autrui , & quis’érigent d’orgueilleux trophées des victoires dont ils ne sont pas les auteurs, qu'il fautrendre à chacun l'honneur qui lui appartient, fans acception de personnes. Mais , di-ra-t-on , les éléphans font de grosses bêtes : pourquoi leur ériger un trophée ? Pourquoinon, leur répondrar-t-on, s’ils ont eux seuls remporté la victoire? Sont-ils les seuls ani-maux qui aient mérité qu'on leur érigeât des trophées? Les ânes, au rapport du persde l’Histoire, ne íàuvérent-ils pas Darius & toute son armée d’une ruine totale ? LesScythes ne l’eussent-ils pas défait, fans le braiement des ânes, qui sont bien plus bêtesque les éléphans? Ecoutons Hérodote: Mais il y avoìt une chose qui favorisait les Per-ses, fir qui nuisit aux Scythes quand ils allaient attaquer Darius, c’étoit le cri des dnes& la forme des mulets. Combien d’autres bêtes, fans être ânes ni éléphans, ont gagnédes batailles, & fait chanter des hymnes & des actions dc grâces? Les Histoires ancien-nes & modernes en sont toutes remplies.

§. IV.

Réfléxions fur les fautes des Romains.

J E l’ai déja dit plus haut, & il n’y a pas grand mal de le répéter , Tordre de bataillede Regulus à son infanterie, aux distances des colonnes près, est digne de remarque»

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