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Tome I.
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livre I. CHAP. VII. 157

f infanterie est imparfaite & foible, dès qu’on la met en regard avec celle que je pro-pose. Tel Général, qui se voit supérieur en infanterie, & foible en cavalerie, s’ils'embarque dans les plaines, muni seulement de ce qu'il a appris de la routine & del’uíâge, ne íâit plus où il en est : la tête lui tourne, il ne trouve aucun remède, &bientôt il porte la peine de fa témérité, ou il cherche au plutôt un azile par un délo-gement précipité. Il aime mieux abandonner les plaines à l’ennemi, & les voir déso-ler à son aise, que de l’y chercher & de l’attaquer dans son avantage. Il reste dans unehonteuse inaction, & dans une défensive toujours ruineuse a la réputation de son Prin-ce, & à la sienne propre. Il abandonne tout un pais, & des Provinces entières , fansoser paraître lorsqu'il le pourrait avec gloire, en se gouvernant par un système différentde celui que nous suivons communément ; car à moins qu’il n’y ait une trop grandedisproportion de forces, rien ne doit nous empêcher de tenter la fortune, persuadez queladresse, le courage, l’intelligence, qui règlent notre maniéré de combattre,suppléenttoujours au défaut du nombre.

II y a diverses manières de ranger une armée en bataille dans un pais de plaine , lors-qu’elle se trouve inférieure à celle de l’ennemi, soit que celui-ci le surpasse par le nom-bre à tous égards, soit par la supériorité d’une arme favorable au terrain, que l’autre n’apas. Ce que l’ennemi a de plus de troupes à ses aîles, est très-dangereux, lorsque lefoible ne voit pas où appuier les siennes pour s’empêcher d'être débordé, en se rangeantselon l’usage d’aujourd’hui, qui n’est que trop foible & trop défectueux. Nos Tac-ticiens de ce tems, nation vraiment moutonnière, puisqu'elle ne connoît qu'une seuleManière de se ranger & de combattre, proposent 1 expérience imitatoire. Nous voilàcertes bien savans. Cette expérience imitatoire est-elle autre chose que ce que nous com-battons & que nous rejetions de toutes nos forces ?

Les uns contre la supériorité extraordinaire de cavalerie , nous proposent de mettreiout ce que l’on en a sur les aîles de la première ligne, les escadrons & les bataillons al-ternativement mêlez, & de composer la seconde du reste de l’infanterie. Cela seraitbon, si ces bataillons combattoient fur plus de profondeur, & qu’avec cela ils fussentfraisez d’un cinquième de piques; mais cela n'étant pas, ils ne sauraient jamais soute-nir contre le choc des escadrons qui leur seront opposez, Sc qui leur passeront aisémentfur le corps. Par conséquent cet ordre ne vaut rien. J’aimerois beaucoup mieux des* pelotons, ou des compagnies de grenadiers fur cinq de hauteur, entre les espaces desescadrons ; parce que ces petits corps font prompts & subits dans leurs mouvemens, ilsse jettent fur les flancs des escadrons ennemis, & se répandent partout. La première mé-thode est la plus ordinaire, l’autre est plus rarement pratiquée, ou pour mieux dire,el-le ne l’est plus depuis plus de soixante ans.

Les autres entrelaflènt alternativement toute leur cavalerie entre les bataillons de leurpremière- ligne, & leur seconde est formée du reste de leur infanterie ; ce qui n’est pasfans de très-grands défauts: mais cette maniéré de fe ranger,aufli-bien que la première,E une chose si commune & si connue, que si l’ennemi en fait autant, on est réduitau même embarras. U se trouve toujours dans le même avantage de supériorité a sa ca-valerie, & en possession du terrain propre à cette arme, qu’on ne saurait lui enlever parces sortes de dispositions mille fois répétées, & toujours les memes, fans qu il en parois-se aucune autre depuis près d’un siécle.

La science de la tactique ne roule pas fur un seul ordre de bataille dans les plaines, Scdans les païs bizarres & mêlez. où l’on met chaque différente forte d’armes en fa place,êc le plus souvent íàns y faire réfléxion , comme je 1 ai mille fois remarqué. S’il n’y a-v °it que cela à apprendre à la guerre, la tactique ne ferait pas une science, ni un art,wais purement une routine. La véritable tactique a ses régies, ses principes, & ses dé-

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