Band 
Tome I.
Seite
163
JPEG-Download
 

L I V R E I. C H A P. IX. i6z

frique, (a) s’étoient fait des éléphans une idée fi effraiante, que pen-dant les deux années suivantes qu’ils campèrent souvent dans les cam-pagnes

(a) lis s'étalent fait des éléphans une idée fi ef-fraiante.'] La victoire de Païenne, que les Ro-mains remportèrent sor les Carthaginois, causemoins de joie à Rome que la défaite de leurs élé-phans. Ils s’en étoient tait une idée d’autant plusterrible & plus effraiante, que la défaite de l’arméede Régulus 'en Afrique venoit uniquement de cesanimaux, qui rompirent son infanterie, 8c luipassèrent fur le corps. Dans cette dernière Céci-lius eut l’adresse de les détourner, 8c de les pous-ser contre l’ennemi lui-même, & fit voir à sessoldats que ces animaux n’étoient pas si redouta-bles qu’ils se l’étoient imaginé, 8c qu’il n’étoit pasfi difficile de leur faire changer de parti. Ceciliusne fut pas le premier qui fit voir que les éléphanspouvoient auffi-bien nuire que servir. Les Romainsn’avoient peut-être pas oublié que Pyrrhus avecses éléphans, avoir eu le fort d’Asdrubal, dans laseconde bataille qu’il donna contre le Coníul Fa-bricius : 8c s’ils ne firent pas tant de désordre,c’est qu’il j en avoit beaucoup moins. II y a uneinfinité d’exemples dans l’Histoire, qui font assezVoir qu’il n’y avoit pas trop à se fier a de telles bê-tes; car l’éléphant le mieux instruit, dit César,peut autant nuire aux siens qu’aux autres dans lecombat. Il y avoit bien d’autres moiens que celuide Cecilius, 8c bien plus simples pour les repous-ser; témoin le porc d’Edeíîè, dont nous parlionsil n’y a pas longtems. Dans la bataille donnéeprèsde Canuse entre Annibal 8c Marcellus, les légionsétant estraiées des éléphans qu’Annibal avoit faitranger au front de fa phalange, un Tribun enfon-ça la hampe de son enseigne dans le corps d’un,êc cela suffit pour culbuter les autres.-J'admire dans cette action la conduite du Con-sul Cecilius. II feint d’avoir grand peur de cesanimaux. II étoit campé près de Palerme, il lé-Ve son camp fur l’avis qu’Asdrubal marchoit à luiP°ur le combattre, 8c se jette dans cette place,soit par foiblesse, soit par la crainte des éléphans,dont la multitude l’épouvantoit ; ce qui ne seroitpus incroiable : ou soit enfin qu’il eût prémédité“ ruse dont il se servit, 8c qu’il fallût pour réus-sir dans son dessein qu’il uíìt d’une peur simu-la» pour obliger l’ennemi de paíser la rivière,«c le faire donner dans le piège par ce coup d’im-Prudence; car la rivière couloir tout auprès desnaurs de la ville : je crois qu’il n’étoit pas plus". ) a prudence en ce tems-là de hazarder une«Faire sous les machines, 8c sous les armes deset d’un rempart, qu’en celui-ci sous le feu de*j°s canons 8c de nos fusils. Loríqu’une arméee trouve obligée de s’enfermer dans une ville,on?°it plutôt que c’est par la crainte qu’on a de nossorces que nour tout autre dessein. On marche a-

que pour t

V . ec moins de précaution, on s’en approche sensíletl craindre du désavantage du terrain où l’on se

poste, parce qu’on ne croît pas l’ennemi assez har-;di pour sortir, 8c oser tenter le moindre engage-ment. Et pendant que l’on se croit le plus en iû-reté contre un coup d’éclat, on le volt tout d’uncoup paroître, 8c l’on a affaire à toute une arméeloríqu on ne croit avoir affaire qu’à quelques eí-carmoucheurs. II est rare qu’un Général rempli del’opinion de ses forces, 8c de son courage, netombe dans quelque défaut : 8c cette opinion oùil est que l’ennemi a très-grand peur, se fait allerplus avant. II volt peu de monde au dehors, ilexpose quelques troupes, qu’il fait soutenir par ungrand corps, 8c souvent par toute son armée enbataille, pour donner plus de terreur 8c morguerson ennemi, comme fit Asdrubal. II n’y a rienà gagner là loríqu’on a affaire à des hommes com-me un Cecilius; on fait tuer du monde, 8c aubout du compte tout cela ne nous méne à rien ,s’il ne nous conduit à notre perte. A la guerre ilfaut avoir un but, ne rien hazarder qui n’ait quel-que fin solide. On volt des murailles bordées detoutes sortes d’armes de jet, 8c quelques troupesen dehors qui s’en trouvent protégées, ou toutesprêtes de l’être, si elles sont repoussées , elles ontdifférentes retraites pour s’échaper 8c pour dispa-roître. On ne voit pas tout ce qui se passe dansla ville, ou dans un fossé sec, ou dans un chemincouvert, 8c l’un 8c l’autre peuvent être remplis detroupes, Sc toutes prêtes à sortir par une infinitéd’issues. L’ennemi peut-il s’appercevoir de cela,8c que celui qui fembloit tantôt défaillir de peurreviendra de son épouvante? Car l’occasion est unélixir, très-puiísent pour changer la crainte enaudace, 8c ce changement est de tous le plus re-doutable. Asdrubal arrive devant Palerme, passela rivière, se met en bataille en deçà dans untrès-bon ordre, j’y consens: quelques troupes sortentde la ville, je 1e veux aussi; il les fait attaquer parses éléphans, soutenus de toute la ligne: voilà quiest le mieux du monde; elles sont repoussées, íln’y a pas dequoi s’en faire fête, on ses verra bien-tôt revenir 8c recommencer une même manœu-vre. Voilà un amusement, on ne peut s’imaginerque cela puisse devenir sérieux, le Général 8c tou-te son armée 1e pensent ainsi , l’escarmouche gros-sit, on s’échauffe, on se pique enfin au jeu, 8cl’astàire devient générale sens savoir crû.

Cecilius n’est pas sens doute le premier qui nousfournit un tel exemple, bien d’autres qu’Asdrubaly ont été attrapez : il y a Une infinité de ces sor-tes de bons tours dans l’Histoire; mon Auteurnous en fournit un assez bon nombre; car dèsl’entrée de son ouvrage, il ouvre la scène par unstratagème de cette nature, quoiqu’il ne soit pastout a fait semblable dans ses circonstances; maisseulement dans la fin, qui est une sortie généralede toute une armée enfermée dans une place. Les