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Tome I.
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,64 HISTOIRE DE POLYBE,

pagnes de Lilybée &c de Selinonte, ils se tinrent toujours à cinq ou sisstades des ennemis, fans oser se présenter à un combat, sans oser mê-me descendre dans les plaines. II est vrai que pendant ce tems-là ilsassié*gèrent Therme & Lipare ; mais ce ne fut qu’en se postant sur des hau-teurs presque inaccessibles. Cette fraient fit - changer de résolution auxRomains, & les fit revenir en faveur des armées navales. Après sélec-tion

Romains ont rarement manqué de ces sortes destratagèmes, 8c de coups de maîtres : les Moder-nes nous en fournissent quelques-uns, mais de loinà loin, parce qu’ils font moins habiles Sc moinsprofonds dans la science des armes. L’on peut di-re qu’-à cet égard les arbres étoient plus gros 8cplus grands il y a deux mille ans qu’ils ne le íbntaujourd'hui, contre le ientiment des dévots de lasecte de °errault, 8c de l’un de ses Prédicants leplus redoutable, dans fa Digression sur les Anciens(fr fur les Modernes -, qui fait un sujet de compa-raison des arbres de l’antiquité avec les nôtres,loríqu’il veut donner la préférence aux dernierssor les premiers, ou du moins les faire courir sorla même parallèle.

Notre Auteur, tout concis 8c serré qu’il est,n’étrangle point la narration du stratagème du Con-seil Romain. Tout y est digne d’un Capitaine très-entendu, 8c nullement hazardeux. II prévoir toutce qui doit arriver par la justefle de ces mesores,Lc ces mesures le conduisent où il fàut aller : s’ilpeut se délivrer des éléphans, 8c les rejetter sorses ennemis, par le moien de son armure légère,Lc de quelques péiâmment armez qu’il mettra àleurs trousses ; il fera une sortie générale, Lc tom-bera sor la gauche de l’armée Carthaginoise, pen-dant que les éléphans comme une masse de fuiards,porteront le trouble 8c la confusion sor tout lefront de. l’infànterie ennemie. Cela arriva commeil l’avoit très-iàgement prévu. II borde les mursde la ville de toutes ses armes de jet, fait sortirtous ses gens de traits (a), Lc les range le long dubord du fossé. Il ordonne en même tems aux gensde métier de la place de porter des traits , (fr de se.tenir en bon ordre au pied du mur en dehors. 11 veutque tout le monde prenne part au danger commeà la gloire. Le fossé qui devoir être sec, est rem-pli de ces gens-là. Les Carthaginois (3), qui voientcette infanterie en dehors, s’avancent en bataillevers la ville, après avoir traversé la rivière. Leséléphans (4) s’en approchent de plus près. Aujp-tôt Cecìl’tus range devant le mur fy devant le fosséquelques soldats armez légèrement , avec ordre fi leséléphans' approchaient , de faire tomber fur eux unegrêle de traits , fy s’ils se voient pressez, de se sau-ver dans le fossé. Ce paíîàge de. notre Auteup mesoggere une conjecture que je m’en vais bazar-der. Je sois presque persuadé que les Ancsehspra-tiquoient des retraites dans les fossez seds, pourse retirer loríqu’on se voioit preste de l’ennemidans une sortie , par le moien d’un double eseaJier

(y) pratiqué d’eípace en espace dans la contrescar-pe , comme nous les faisons aujourd’hui dans nosplaces de guerre; car le moien que ceux qui é-toient dehors pussent se retirer dans le fosse ? lesAnciens les fáisoient à fond de cuve, 8c d’unetrès-grande profondeur.

Polybe disculpe Asdrubal du blâme d’avoir faitavancer les éléphans íì près des murs de la ville,8c des gens de traits postez sor le bord du sosie fil rejette toute la faute sor les conducteurs de cesanimaux, qui furent la cause de l’infortune de ceGénéral. A peine furent-ils à la portée du trait 8edes dards lancez par les machines, .qu’ils en furentaccablez Lc percez de toutes parts : les bêtes, quoi-qu’en dise Descartes, connoiísent les dangers, 8csont très.-capables de faire la différence d’un grandà un moindre : deux ou trois hommes qui pren-nent l’épou.vante 8c qui s’enfoient, en amènentune multitude: il en est ainsi des bêtes. Rienn’estplus sojet à la propagation que la peur, c’est une-traînée de poudre qui se porte rapidement d uneextrémité a 1 autre, ou du centre aux deux bouts.Les éléphans, blessez Lc forcenez de douleur, re-broussent 8c s’enfuient, Lc se jettent sor leurs pro-pres gens. C’est là comme le signal de la sortie.Cecilius, qui s'apperçoit que son stratagème réus-sit au-delà de ses espérances ,8c qui volt toute l’in-fànterie rompue Lc dans une confusion épouvan-table , fort de toutes parts, Lc tombe avec toutesses forces, unies Lc en bon ordre sor la gauche desCarthaginois, & les taille en pièces.

Frontin rapporte cette action, mais un peu dif-féremment : j’y remarque même certaines cir-constances que mon Auteur pourroit bien avoirn égl'gées pour éviter prolixité, puisque ses deuxpremiers Livres ne sont qu’une introduction, à &grande Histoire : car ce que nous apprend Frontinferoit voir que les Romains s’étoient retranchersous les murs de la place ; c’est ce qu’on ne voitpas dans l’Auteur Grec. Citons le pastàge du pre-mier qu’Ablancourt a très-bien traduit.

Metellus faisant la guerre contre Asdrubal en Si-cile , /ê campa sous les murs de Palerme , feignantd appréhender le grand nombre des ennemis , f? leurscent trente éléphans , fy fit tirer un grand retranschement devant lui. Mais voiant paroitre Varrrteed Asdrubal avec les éléphans d la tête , il envolafaire une déchargé fur eux , avec ordre de fe retiresaujf-tot dans le retranchement. Ceux qui conduisaientces animaux , irritez, de cette bravade , pouffèrentjufques-ld , (A> s’y étant engagez, témérairement'