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Tome I.
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LIVRE L CHAP. XI,

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CHAPITRE XI.

Audace étonnante d'un Rhodìen , qui est enfin pris par les Romains.Incendie des Ouvrages. Bataille de Drépane.

A Carthage on attendoit avec impatience des nouvelles de ce qui sepaslòit à Lilybée. Mais les assiégez étoient trop reílèrrez, & lesaíliégeans gardoient trop éxactement l’entrée du port, pour que per-sonne pût en sortir. Cependant certain Annibal, surnommé le Rho-dien, homme distingué, Lc qui avoit été témoin oculaire de tout cequi s’étoit fait au siège, osa se charger de cette commission. Ces offresfurent acceptées, quoique l’on se défiât qu’il en vînt à son honneur.(a) II équipe un galère particulière, met à la voile, pasie dans une de

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(a) Il équipe me galère particulière, met a lavoile. ] Si les Anciens font au dessous des Moder-nes dans certains arts 8c certaines sciences, c'eftfins doute dans la marine. 11s y étoient très-igno-rans, St presque au-delà de tout ce qu’on peutimaginer. Le plus mauvais de nos matelots en fi.itmfiniment plus que le plus habile de leurs pilotes.L’inventìon de la boussole ne fait rien à la cons-truction: Sc malgré tout ce que les Antiquairesen disent, ils y étoient très-maíhabiles ; leurs voi-les leur servoient peu, ils les abattoient pour peuHue le vent leur fût contraire, Sc tout vent le leuretoit, à moins qu’ils ne l’eussent en poupe. Onne voit aucun exemple qu’ils louvoiassent , ouqu’ils pinçassent le vent > ces sortes de manœuvresleur étoient tout à fait inconnues. Voici pourtantnn Rhodien qui met en usage toutes les manœu-vres 8c les remûmens des voiles de nos plus habi-les Marins, avec un petit bâtiment qui ne peutetre qu’une maniéré de tartane ou de barque, dont°n se sert en Provence; car je ne vois point debâtiment qui soit plps propre à prendre le vent,& à faire route de quelque côté qu’il souffle, quefeux de cette espèce. Cependant ces Anciens, sitgnorans dans la construction 8c dans l’art de na-Vl ger, ont fait des voiages si longs 8c si périlleux,^’il semble moralement impossible que 1a cons-truction de leurs vaisseaux ne fût semblable à la^otre, ou fort approchante à l’égard du ventre.

Les Marseillois , dit M. Huet. ne tournèrent pasturs navigations a la mer Méditerranée ; ils entré-r J nt dans l’Océan, & firent de longues courses auH d & au Nord . Euthimenés Marseillais s’avançaîy delà la ligne , & en rapporta des singularisez.V 11 passèrent pour fabuleuses. Longtems' avant Pline,lt ~il ailleurs, & même avant Auguste, le chemin

etoit ouvert pour fort fr de la - mer Méditerranée parle détroit de Cadix , sp faire le tour de l 1 Afriquejusqu'a la mer Rouge. Ce que Pline » écrit sur ■ cesujet , mérite une grande attention. Il rapporte, surla foi de C&lius Antidater, célébré Historien , quivécut du tems de la sédition des Gracques ; que des-lors les vaisseaux partis des côtes d‘Espagne allaienttrafiquer en Ethiopie. Ce fut la voie que tinrent cesvaisseaux Espagnols,dont Pline dit que CaiusCésar,fils d'Agrippa, adopté par Auguste, vit les débrisdans la golphe Arabique. Il ajoute que Hannon Car-thaginois > pendant que les affaires de fa nation é-toient florissantes , navigea depuis le détroit de Ca-dix jusqu'à l'extrémité de l'Arabie, & laissa unerelation éxaBe de son volage : comme Himilcon soncompatriote, fut envoie en même temspour reconnoî-tre les côtes de l'Europe, Pline ajoute encore, fousl'autorité de Cornélius , Historien três-estimable &três-fidêle, que de son tems un certain Eudoxus ,fuiant la poursuite de Ptolomée Lathurus Roi d’.E-gypte, s'embarqua fur le golfe Arabique, & abordad Cadix : d'ou il paroit clairement que les Portugaiss’en font bienfait accroire, quand ils se. font attri-buez. la gloire d'avoir découvert les premiers le capde Bonne-Espérance.

On prétend qu’Hérodote a romanifé son His-toire, je ne le vois pas: ne met-il pas un cor-rectif dans ce qu’il croit incroiable 8c miracu-leux ? Je ne fuis pas obligé, dit-il, de tout croi-re, mais je fuis nécessité par les loix de l’Hií-toire de rapporter tout ce qui paroit digne depasser à k postérité. Ce grand Historien rappor-te que Nsecus, Roi d’Egypte, dépêcha sur desvaisseaux quelques Phéniciens, avec ordre de tra-verser au-delà des colonnes d'Hercule jusqu’à la merSeptentrionale, puis de retourner e» Egypte. Les

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