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Tome I.
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LIVRE I. C H A P. XI.

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observations

Sur la bataille navale de Drépane.

N O us irons plus unis & plus serrez dans nos observations fur cette affaire de Dré-pane, que dans les précédentes. La description que notre Auteur en sait, estIon chef-d’œuvre historique. II nous transporte sur les lieux, il nous expose , il nousfait voir avec tout l’art possible toutes les circonstances, toutes les suites de cette gran-de entreprise, mille fois mieux que ne feroit dans un tableau le Peintre le plus habile.Je ne vois rien de fi beau, de si net, rien de mieux détaillé, il nous conduit commepar la main. Un récit qui remplit si fort notre admiration , qui ne laisse rien à dési-firer, n’a pas besoin d’observations trop réfléchies : elles naissent par l’attention qu’onprête à une lecture qui nous plaît infiniment. Tout autre Historien que le nôtre, dansUne affaire comme celle-ci, ne s’en feroit pas si bien démêlé; il faut être du métier pourécrire avec science les différentes manœuvres des deux armées dans une action générale,les produire avec clarté, & les assortir avec ordre.

Je ne sai si ce grand Historien, dans le récit qu’il fait de cette bataille, n’a pas eudessein d’imiter, & de s’élever même au dessus de Thucydide dans la description qu’il nousdonne d’une affaire à peu près approchante qui se passa dans un des ports de Syracuse,entre l’armée navale des Athéniens & celle des Syracusains. On diroit qùe notre Au-teur l’a pris pour guide dans fa narration.

L'entreprise du Général Romain étoit une de celles qui échouent rarement, lorsqu’onprend bien son tems & ses mesures : elle ne fut malheureuse que pour avoir manqué dansle premier; il ne s’agissoit ici que de surprendre une flotte dans un port , dont on avoirdes avis, que la plus grande partie de l’équipage étoit à terre dans la plus grande sécuri-té du monde.

Tout dépendoit du secret, de la diligence, du tems, & d’une marche bien concer-tée , & telle qu’en se servant des avantages de la nuit on pût tomber fur l'ennemi , &le surprendre avant le jour: c’étoit le point fondamental de l'entreprise, & d’où parconséquent dépendoit tout le succès. On ne risquoit rien en partant plutôt : on ris-quoit tout en partant plus tard.

Le Consul fit un contre-tems. II fut surpris du jour, lorsqu'il étoit encore sortéloigné de l’endroit où il devoir aller ; il fut découvert par ceux de la ville, à une très-grande distance. Adherbal eut tout le tems qui lui étoit nécessaire pour prendre lesprécautions, qu’il devoir, non seulement pour s’empêcher d’être surpris, mais encorepour tourner à son avantage le dessein de son ennemi.

Les Romains, surpris par le jour, & encore fort éloignez de Drépane, durent biens appercevoir que leur dessein avoir échoué, & qu’il ne s’agissoit plus d une surprise,mais de combattre des gens avertis & préparez à les bien recevoir. Rien n empechoit leGeneral Romain de penser à la retraite; il étoit venu dans la vue de surprendre une ar-mée navale, des vaisseaux désarmez & dégarnis de leur chiourme, & non de combattree o bataille rangée, à quoi il n’étoit nullement préparé. Rien n’étoit plus aisé que. dcf e retirer, rien de plus imprudent & de moins sensé que de risquer sans nécessité le salutà son armée & la perte de ses vaisseaux, engagé qu’il étoit d’ailleurs au siège d’une pla-

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