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Tome I.
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iSo HISTOIRE DE POLYBE,

ce, dont la conquête lui importoit plus que le gain d’une bataille, dont la perte pou-voir avoir des suites fâcheuses.

Si ces considérations n’étoient pas capables de lui faire changer de sentiment, il eûtdû tout au moins se gouverner avec plus de jugement & de prévoiance ; mais il fit voirpar fa conduite qu'il manquoit de l’un & de l’autre. II agit en aveugle. Il eût dûfaire ce qu’on appelle la guerre à l'oeil, & les choses aiant changé par ce contre-tems ,•changer les ordres : ce qui étoit bon, en arrivant à l’heure qu’il s’étoit proposée, étoitrtrès-difficile & dangereux dans une autre.

Adherbal, averti que les Romains font en mer, fait rembarquer ses troupes avec tourte forte de diligence; il appareille, & pense bien moins à fe défendre qu’a les attaquereux-mêmes. 11 n’avoit garde de les combattre dans le port, ç’eût été une impruden-ce: il fe hâte d’en sortir, de peur que les Romains n’y entrassent; que le combat sedonnant dans le port même il ne perdit tout l’avantage qu’il pouvoit tirer de ses vais-seaux , sur la légéreté & la finesse désquels il mettoit l’efpérance de la victoire ; & quen’aiant pas la liberté de s’étendre, de doubler, ni d’esquiver, ou couler entre ceux del’ennemi, il ne pût pas éviter l’abordage de ceux des Romains, qu’il craignoit fur tou-tes choses. Il gagne le large, assuré de combattre avec un très-grand avantage contredes navires lourds & pesans, & conduits par une chiourme fans expérience. Toutes cesraisons aiant obligé Adherbal de sortir du port, après avoir fait rembarquer tout sonmonde, il profite d’une file de rochers (r) , qui s’étendoient hors du port, il prit larésolution d’y cacher sa flotte comme dans une embuscade, assuré que les Romainsne peníèroient jamais qu’on pût leur tendre un piège parmi des écueils très-dan-gereux.

Claudius est à peine à la vûe du port, que croiant trouver la bête au gîte, il déta-che une partie de fes vaisseaux, & fuit avec le reste pour entrer dedans. II avoit man-qué l’heure favorable par fa négligence, ou par manque de prévoiance ; il alla ensuitetrop vite dans ce qui éxigeoit une extrême retenue , & beaucoup de circonspection.

Pouvoit-il ignorer que l’ennemi ne fût averti ? J’aurois de la peine à le comprendre, &quand même il en auroit douté, les régies de la guerre éxigeoient qu’il fit reconnoîtrele port & les rochers qui en étoient proche. Pour avoir négligé ces précautions, iltomba dans le piège qu’il vouloit tendre à son ennemi : il fut surpris lui-même , &commit une faute aussi grossière qu’il soit possible d’imaginer d’un Général qui ne man-quoit pas d’expérience.

Adherbal, qui s’apperçoit qu’une partie de la droite des Romains est entrée dans leport, vogue contre leur aîle gauche, & tournant les écueils, derrière lesquels il s’étoitcaché avec fa flotte, il paroît inopinément fur cette aîle, qui étoit encore au large. Clau-dius, surpris & déconcerté d’une chose si imprévue, se met en état de résister aux Car-thaginois ($). II fe range en bataille dans le meilleur ordre qu’il lui fût possible dansun état si pressant, & qui lui laifloit à peine le moment de fe reconnoître. Il étend sagauche (d) , & l’élonge du côté de la pleine mer pour s’empêcher d’être doublé,& au-tant qu’il est en son pouvoir dans une conjoncture si délicate. Il envoie ordre en mê-me tems aux navires de fa droite qui entroient, & qui étoient deja dans le port ,de re-virer de bord pour se joindre au gros qui alloit entrer en action ; mais cet ordre, quoi-que nécessaire, ne servit qu’à hâter sa perte par la confusion qui le suivit, & qu’il é-toit aisé de prévoir.

Le combat commença à la gauche de l’armée Romaine, & s’étendit eníuite fur toutlë reste de la ligne. Les Romains surent totalement défaits, & leur flotte ruinée, & I eprojet de détruire celle des Carthaginois s’évanouit avec son auteur.. Passons aux ré-flexions