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Tome I.
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L I V R E L CHAP. XI, ig®

flexion": fìir le hon & sur le mauvais de la conduite des deux Généraux. Te me borne--rai à un petit nombre, le fait portant assez son instruction.

Le General Carthaginois fe conduisit dans cette action avec toute l’adresse & tourl’art d’un Capitaine habile & expérimenté. Il attendoit le moment qu’une partie de la>flotte ennemie entrât dans le port, pour tomber alors fur fa gauche, pensant bien quesi la droite, avertie que la gauche étoit attaquée, sortoit du. port pour courir au se-cours, elle ne pourroit arriver à tems, ni manœuvrer fans quelque désordre; il pré-voioit que l’entrée en étant fort étroite, les Romains ne pourraient sortir qu'à la file,& qu’étant trop pressez leurs galères s’entrechoqueroient infailliblement par la hâte degagner le large; qu'il falloit promptement attaquer & doubler leur gauche (5), & lurôter par là le pouvoir de l’étendre & de félonger vers la pleine mer, en la fortifiant desgalères (6) qui fortoient du port. 11 attaque donc cette gauche, la tourne & la dou-ble, & par là la droite se trouve hors d’état d’avancer, & se volt acculée vers la côte,où elle est obligée d’échouer. Voilà ce qu’Adherbal avoir pense, prévu & bien médi-té, & tout réussit selon ses mesures : au. lieu que son antagoniste, qui avoit du temsde reste pour fe garantir du piège par des précautions qui n’alloient certainement pas au--delà des limites de l’efprit commun, s y laiíïa prendre. ^

La conduite du Carthaginois n’est pas pourtant éxemte de tout défaut en bien deschoses qui n’ont point rapport au combat. Comment peut-on être aussi peu fur sesgardes au voisinage d’une armée, aussi audacieuse & aussi entreprenante que celle des Ro-mains? Non feulement il laisse ses navires dégarnis d’une partie de l’équipage , commes’il en étoit à cent lieues, mais il néglige encore toutes les régies de précaution & dedéfiance que la guerre enseigne pour sc mettre à couvert des entreprises que Vennemipeut tenter fur nous. Pourquoi ne pas envoier a la découverte, & avoir des batimensen mer pour croiser fur les côtes ennemies? Qui est-ce qui en use autrement? Les Ro-mains, qui s’apperçoivent d’une conduite fi peu prevoiante, pensent a entieprendrefurcette flotte, je le crois bien : car ce qui produit & fait imaginer les grands desseins, estla négligence & le peu de discipline qu’on observe dans les camps & dans les places for-;. sf l’éxecution de l’entreprise. de Claudius eût été conforme au projet, la perte

tes

d’Adherbal étoit infaillible.

; Les Romains sont découverts pour être partis trop tard; c’est la première cause deleur infortune. Cette faute est celle où l’on tombe le plus ordinairement; c’est la pier-re d’achopement des esprits trop fins, comme celle des esprits trop lourds les premiersfe forment des difficultez où'il n’y en a point, & des obstacles qui naissent plutôt de'leur imagination que de la chose même , & aufquels l’ennemi ne pense point; les se-conds voient avorter leurs desseins, pour n’avoir rien dè tout ce que les autres ont detro p : parce qu’ils manquent de cette vivacité si nécessaire à la guerre, & de ce bonsens qui ne Test pas moins, les choses les plus aisées leur paraissent insurmontables : ilss ’arrêtent à celles-ci, & ce qui est le plus difficile leur échape. Ils le négligent faute^'esprit & d'intelligence, & font leur capital & le sujet de leur attention de ce qui enEst le moins digne; mais dès qu’il s’agit de l’éxecution, & qu’ils s y trouvent tout aseit engagez, ils reconnoissent, à-leur honte, qu’ils ont pris de fausses mesures , qu ilsssónt rien entendu, ni à la marche par rapport au païs, ni à l’opportunité du tems, quistoit nous régler pour partir & pour arriver à l’heure marquée y ni aux pieparatifs, niau choix des Officiers capables, oud’txécuter les ordres du Général, ou de les chan-selon le tems & les conjonctures ; enfin qu’ils n ont pas autant songe a attaquer qu’àse défendre. Or quand on pense trop à l’un, comme fit Claudius , on est hors d’état*se tendre aucun, combat, parce qu’on n’a pas prévu qu il arrive souvent tout le con-de notre dessein & de nos espérances.

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