,24 HISTOIRE DE POLYBE,
-de íix vingt vaisteaux longs, 8c d’environ huit cens de charge. II don-na la moitié de ceux-ci avec quelques-uns des autres aux Questeurs, a-vec ordre de porter incessamment des provisions au camp, 8c resta àSyracuse pour y attendre les bdtimens qui n’avoient pû le suivre depuisMessine, 8c pour y recevoir les grains que les Alliez du milieu des ter-res dévoient lui fournir.
Vers ce même tems Adherbal, après avoir envoie à Carthage tout<e qu’il avoit gagné d’hommes 8c de vaisteaux par la dernière victoire,forma une escadre de cent vaisteaux, trente des siens, & soixante Sidix que Carthalon qui commandent avec lui avoit amenez, mit cet Of-ficier à la tête, 8c lui donna ordre de cingler vers Lilybée, de fondreà l’improviste fur les vaisteaux ennemis qui y étoient à l’ancre, d’en en-lever tout le plus qu’il pourroit, 8e de mettre le feu au reste. Cartha-lon se charge avec plaisir de cette commission, (a) il part au point du
jour,
(a) Il part au f oint du jour, brûle une partie dela flotte ennemie.'] Touï ce que l’art peut inventerde ruses 8c d’artifices, de grand 8c de profond:enfin, tout ce qu’un homme brave 8c déterminépeut opposer de nouveau 8c de surprenant dansl’attaque 8c la défense des places, on n’a que fairede le chercher autre part que dans se liège de Li-lybée. II renferme tout entier à pur 8c à plein cesdeux parties de la guerre. Ce sont des faits dontil est très-aifé de tirer les préceptes, sens recouriraux raiíònnemens du Commentateur. Ce qu’ontrouvera peut-être de bien surprenant, c’est quetout ce qu’on peut imaginer d’événemens extraor-dinaires qui peuvent entrer dans la compositiond’un siège , ou qui naissent dans le cours d’une dé-fense de plusieurs mois, soit dans le secours, soitdans les sorties, se trouvent dans celui-ci. Nediroit-on pas que notre Auteur, à limitation deXenophon, a voulu traiter de l’attaque 8c de ladéfense des places en titre d’Histoire , ou de Ro-man militaire, comme bien des gens 1e préten-dent à l’égard du dernier dans se Cyropedie, quoi-qu’il semble qu'il n’y ait rien de romanesque dansla conduite, dans la sagesse 8c les autres vertus mi-litaires de son Héros: car tout ce qu’il en dit n’arien de surprenant, ni rien qui soit au dessus desforces humaines. Un Roman bâti de la sorte amu-se , plaît & instruit, 8c nous porte aux grandespensees comme à la vertu. Ce siège, que notreAuteur décrit, n’est pas un Roman fait a plaisir,mais un des plus beaux morceaux de son Histoi-re : c'est dommage qu’il ne se soit pas donné car-rière dans ce qu’il rapporte de l’incendie de la flot-te Romaine, qui bloquoit Lilybée du côté de laJ? e , r - U décrit ce fait d’une maniéré si coupée 8csi étranglée, que j’ai lieu d’en être étonné, à cau-se de la rareté de l’entreprise. Je l’appelle rareté,parce que les Anciens n’étoient pas à beaucoupprés si incendiaires que nos Modernes, ausouelsí>n attribue 1 invention diabolique de ces sortes de
bâtimens qu’on appelle brûlots, si peu en usegedans ses Anciens: je ne trouve qu’un seul exem-ple dans l’Histoire où il soit parlé de brûlot. C'estAppien qui me 1e fournit dans fa description dasiégé de Carthage par les Romains.
Censorinus le trouvant à l’ancre avec se flottedans l’étang qui étoit tout auprès du Môle, 8Cne pouvant y tenir à cause de ,Ia puanteur de seseaux, qui n’avoient aucun cours, outre qu’on é-toit alors dans les plus grandes ardeurs de la Cani-cule: Censorinus, dis-je, se résolut de jetterl’an-cre plus ayant dans la pleine mer. Les Carthagi-nois s’en étant apperçûs, pensèrent que s’ils poU-voient brûler se flotte, ils feroient lever le siège,ou que du moins ils le retarderoient de plusieursjours. Us s’avifërent de remplir plusieurs de leursvaisseaux de matières faciles à s’enflammer , 2 eaiant attendu le tems propre pour cette entre-prise, ils sortirent du port, 8c voguèrent droita Censorinus, qui les volant arriver sor lui, lévCl’ancre 8c leur vient au devant. La ruse étoit d’untour trop nouveau, pour s'imaginer qu’il s’ag'stdans cette affaire de toute autre chose que d’uncombat dans les formes ; il se trompa dans senopinion : car à peine les eut-il approchez, q^les Carthaginois mettent 1e feu à leurs vaisseau* >qui se prit aux autres avec tant de soccez 8c 2 eviolence, à cause du vent qui les chastòit con-tre, que les Romains ne purent s’en garantir-Us y perdirent la plus grande partie de leur flot-te , qui fut entièrement brûlée.
U n’est pas difficile de comprendre qu’on pe utbrûler une flotte à l’ancre dans une rade: maisun Historien qui oublie de ramasser les circons-tances des choies, des lieux 8c des moiens qu eCarthalon avoit de brûler la flotte Romaine, a»nque le Lecteur puisse entendre comment il en c*venu à bout: un Historien, dis-je, qui écartetout cela, est d’autant moins pardonnable, qu'o"ne volt que très-peu d’éxemples dans l’Histoire