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Tome I.
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LIVRE i. CHAP. XII. 185

jour, brûle une partie de la flotte ennemie, & disperse l’autre. La ter-reur se répand dans le camp des Romains. Ils accourent avec de grandscris à leurs vaiflèaux ; mais pendant qu’ils portent là du secours, ímil ,con qui s’étoit apperçû le matin de ce qui se paflòit, tombe lureux d’un autre côté avec íès soldats étrangers. On peut juger quel-le fut la consternation des Romains , lorsqu’ils se virent ainsi en-velopez.

Car-

te tems-là de ces sortes d’entreprises. Qu’on re-monte encore plus haut, ils sont encore plus ra-res: on n’en voit même aucun. L’imaginationdes Lecteurs n’aura pas beaucoup à travailler, pourdeviner quels purent être les moiens dont le Gé-néral Carthaginois se servit pour brûler cette flotte,là 11s avoir recours à ceux dont nous nous servonsaujourd’hui pour réussir. Végéce nous les apprenddans ion quatrième Livre, ou plutôt dans son cin-quième , où il traite de la guerre navale. Je ne saicomment Stéwéchius a pu confondre l’un avecl’autre. Quoiqu’il en soit, notre Auteur militaireest conforme aux Historiens qui ont écrit des ma-chines dont on se servoit pour brûler les vaisseauxdans les combats de mer. C’étoient les mêmesdont on usoit dans les lièges. On se servoit dedards 8c de flèches enflammées, que les Anciensappelloient Malleoli. Ammien Marcellin en donnela description, qui ne me semble pas assez cuticu-le pour mériter d’avoir place ici. II dit seulementque ces dards 8c ces flèches avoient la figure d’u-®e quenouille dont on se sert pour filer. Je lui pas-se la quenouille, mais non pas toutes les autresmachines qui la composent; les Auteurs préten-dent qu’on envelopoit de l’étoupe trempee , ouPaierie dans une composition de matière propre às ’enflammer, où il 7 entroit, selon Végéce, del'huile , du soulphre & du bithume, Sc pêut-êtredu camphre : on lançoit ces dards 8c ces flèchesContre les tours ambulantes 8c les tortues des as-jsegeans, 8c par le moien des balistes, 8c souventdes pots à feu remplis de ces sortes d’artifices : on5 en servit depuis fur mer, mais fort tard, car a-^ ec ces feux on commença d’user de toutes sortes<se machines de jet dans les affaires de mer. Ceuxde Lilybée se servirent fort heureusement de ces*mte s de dards enflammez, contre les travaux des■dfiégeans > ausquels ils mirent enfin le feu dansj 6 grande sortie, où un vent impétueux quis’é-eva leur fut aussi favorable qu’à Carthalon, qui,euiploia sens doute cet artifice pour brûler unePartie de la flotte des Romains ; car le même vent,^ Ul le menoit à l’ennemi, faisoit voguer ses espè-ces comme ses flèches 8c ses dards dans le va-SUe de l’air, 8c le tems qui ne pouvoit être quequntraire aux Romains rendoit leurs manœuvresd^les 8c presque sens effet.

fout dépendoit du secret 8c de la diligence,■1, ais il dépendoit du Général Romain d’eventerUn > 8c de réduire l’autre à l’absurde, s’il n’eût

Totn. I,

manqué de prévoiance, de prudence 8c de précau-tions. 11 sc laissa surprendre de la manière du mon-de la plus honteuse, 8c c’est l’ordinaire aux arméesqui ont une trop grande opinion de leurs forces8c de leur courage; ce qui arrivoit 'assez, ordinai-rement aux soldats 8c aux Généraux Romains. 11est bon, 8c même c’est une régie de politique mi-litaire , d’inípirer aux soldats un très-grand méprisde l’ennemi : mais c’est un très-grand défaut auGénéral d’armée de penser de même que ses sol-dats ; ceux qui se gouvernent de la sorte sont plussoldats que Capitaines, 8c quelquefois rien de tout

Qu on remarque bien ce que je vais dire : lesRomains ont plus perdu de batailles par la soutede leurs Généraux, que par l’ignorance 8c le peude valeur de leurs soldats. Leur discipline militai-re faisoit souvent un tel effet, qu’ils réparaient parleur courage > 8c plus souvent encore par leurs ma-nœuvres , les bévues de leurs Chefs ; Céser nousle fait assez appercevoir dans la bataille contre ceuxdu Hainaut 8c du Cambraisis. On seit que ce grandCapitaine se trouva surpris, c’étoit le péché origi-nel des Romains. Tous les Historiens convien-nent qu’il s’en fallut bien peu qu’il ne pérît avectoute Ion armée. Si Céser ne le dit pas formelle-ment , il est aise de comprendre par le paísege deses Commentaires, qu’il n’échapa de ce péril quepar la valeur 8c l’experience de ses soldats. César ,dit-il, se trouvait bien empêché, car ilfdloit plan-ter l’étendart, qui étoit le signe du combat, fairesonner la charge, retirer les soldats du travail, rap-peller ceux qui étoient écartez, ranger l’armée enbataille, l’encourager , lui donner le mot -, ce qui nese pouvoit faire tout en un tems, aiant les ennemisfur les bras: mais l’expe’rience nu soldat, ajou-te-t-il, supple’oit a tout. Et en effet sens cetteexpérience il perdoit la bataille, les Gaules 8c seréputation. Voie z ce que c’est que d’être surpris,8c s’il est bien aisé de se tirer des embarras où lessurprises nous jettent. Céser ne nous les représen-te pas tous: il est certain qu’une flotte, qui est àl’ancre, se trouve beaucoup moins embaraflée qu’u-ne armée de terre , loríqu’elle se voit surprise, 8cl’ennemi sor les bras. Une flotte prise au dépour-vû dans son mouillage, coupe ses cables, laisse sesancres, 8c met à la voile: c’est une affaire d’uninstant. Je crois encore que c’est une très-petiteaffaire, aux esprits meme les plus communs, de-'empêcher d’être surpris, 8c plus aisément sor

mer

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