LIVRE I. CHAP. XII. 187
bataille, croiant qu’après son premier exploit il n’avoit qu’à paraîtrepour vaincre. D’un autre côté les Corvétes, qui prennent les devans,annoncèrent à l’escadre qui venoit de Syracuse que les ennemis n’é-toient pas loin. Les Romains ne se croiant pas en état de hazarderune bataille, allèrent rendre le bord à une petite ville de leur domina-tion , où il n’y avoit pas à la vérité de port, mais où des rochers s’é-levant de terre formoient tout autour un abri fort commode. Ils y dé-barquèrent, Sc y aiant diípoíe tout ce que la ville put leur fournir decatapultes &de balistes, ils attendirent les Carthaginois. Ceux-ci nefurent pas plutôt arrivez qu’ils pensèrent à les attaquer. Ils s’imagi-noient que dans la fraient où étoient les Romains, ils ne manqueraientpas de se retirer dans cette bicoque, & de leur abandonner leurs vais-seaux. Mais l’affaire ne tournant pas comme ils avoient espéré, & lesRomains se défendant avec vigueur, ils se retirèrent de ce lieu, où «bail-leurs ils étoient fort mal à leur aise , & emmenant avec eux quelquesvaisseaux de charge qu’ils avoient pris, ils allèrent gagner je ne sai quelfleuve, où ils demeurèrent, pour observer quelle route prendraient lesRomains.
Junius aiant fini à Syracuse tout ce qu’il y avoit à faire, doubla le capPachynus, & cingla vers Lilybée, ne sachant rien de ce qui étoit arri-vé à ceux qu’il avoit envoiez devant. Cette nouvelle étant venue à Car-thalon, il mit en diligence à la voile, dans le deísein de donner batail-le au Consul pendant qu’il étoit éloigné des autres vaisseaux. Junius up-percut de loin la flotte nombreuse des Carthaginois. Mais trop foiblepour soutenir un combat, Sc trop proche de l’ennemi pour prendre lafuite, il prit le parti d’aller jetter l’ancre dans des lieux escarpez, & ab-solument inabordables, résolu à tout souffrir plutôt que de livrer son ar-mée à l’ennemi. Carthalon se garda bien de donner bataille aux Ro-mains dans des lieux fl difficiles; il se saisit d’un Promontoire, y mouil-la l’ancre : Sc ainsi placé entre les deux flottes des Romains, il éxami-ftoit ce qui se paísoit dans l’une & dans l’autre.
Une tempête affreuse commençant à menacer, les Pilotes Carthagi-nois, gens habiles dans les routes, Sc experts fur ces sortes de cas,pré-dirent ce qui alloit arriver. Ils en avertirent Carthalon, & lui conseil-lèrent de doubler au plutôt le cap Pachynus, & de se mettre là à l’abride forage. Le Commandant se rendit prudemment à cet avis. II fal-lut beaucoup de peine Sc de travail pour passer jusqu’au-delà du cap,mais enfin on y paífa, & on y mit la flotte à couvert. La tempête é-
Sal ‘J es * cinq rangs qui étoient fans défense. Je ha-1 j e ici une conjecture que je tiens très-proba-íu & 9 ui va même au "delà de la probabilité; jels persuadé que le Commandant de la flotte de-ant Lilybée, tomba dans les mêmes défauts quee Ul q u i étoit à la rade de Leptis, & que la plus
grande partie de i’équipage de ses navires étoit àterre, ou au camp ; ce qui causa son malheur, 8cproduisit une bonne sortie de ceux de la place ; cesmomens font trop favorables, 8c uu habile Gou-verneur ne les laisse pas échaper.
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